Ils sont solides, nous sommes liquides

Un point commun entre #Fauve, #MAVOIX, #NUITDEBOUT, #VpourVendetta, les #DAFTPUNK, les #ANONYMOUS, #MarceloBielsa, les #Camilles des ZAD de France, les personnages de José #Sarramago (l'Aveuglement et la Lucidité) et tant d'inspirations culturelles ? Changer la règle du jeu médiatique, politique, sortir de la personnification, incarner chacun à sa place, une voix égale une voix, horizontalement.

Le visage du sous commandant Marcos © tlaxcalavideo
"Je ne représente pas le mouvement, mais..."
Quand Daniel Schneiderman observe et analyse les raisons de celles et ceux qui décident de rester une voix parmi les autres. Le "je-singularité" dans le "nous-cité".

"Daniel Gerber. Avez-vous entendu parler de Daniel Gerber  ? Normalement, non. Normalement, je ne devrais même pas écrire ce nom. Daniel Gerber est le candidat tiré au sort que vont présenter à la législative partielle des 22 et 29 mai, des Alsaciens du collectif #MaVoix.

On ne sait rien sur lui, sinon qu’il est ex-libraire, et aujourd’hui au RSA. Le collectif #MaVoix se propose de « hacker l’Assemblée nationale en 2017 ». En gros, de tenter de faire élire des citoyen(ne)s tiré(e)s au sort, à travers lesquels les collectifs de citoyens électeurs pourront concourir directement à la discussion et à l’élaboration des lois.

De manière cohérente, les #MaVoix ne recherchent pas les médias, mais ne les rejettent pas non plus :

« Nous ne voulons pas, comme certain.e.s femmes et hommes politiques, courir derrière les caméras, passer notre vie à nous raconter, à nous regarder, et à jauger ceux qui nous regardent.

Nous préférons rester concentrés sur l’immense tâche qui est devant nous et qui nous demande toute notre énergie. Le temps est venu de sortir du dire pour se concentrer sur le faire. De passer de la réaction à la proposition.

Nous avons donc fait un choix  : nous ne donnons pas d’interview, nous n’allons pas sur les plateaux télé, mais les portes de toutes nos réunions sont ouvertes à tous les citoyens quels qu’ils soient, journalistes y compris. »

Défiance envers l’incarnation

Derrière l’initative du collectif #MaVoix, on reconnait la même défiance hérissée à l’égard de toute incarnation du pouvoir, que l’on respire ces jours-ci du côté de la place de la République, et de toutes les places françaises et étrangères où s’est installé « Nuit debout ».

La même défiance, qui rabote à deux minutes toute prise de parole (avec dérogations exceptionnelles à cinq minutes, pour des stars comme Lordon ou Varoufakis), et qui fait débuter toute conversation avec un « nuitdeboutiste » par ce préambule inévitable  :

« Je ne représente pas le mouvement, mais... »

De la défiance à l’égard de la démocratie représentative, on est passé à une défiance plus large, à l’égard de l’incarnation.

En quête désespérée d’un leader

Le combat est rude. Tout pousse à l’incarnation. Les médias, d’abord, bien sûr, toujours en quête désespérée d’un leader, d’un porte-parole, d’une figure identifiable, d’un candidat au rôle de doudou du mouvement. Mais pas seulement eux.

Dans tout groupe humain, certains parlent mieux que d’autres, réfléchissent plus vite que d’autres, sont plus habiles que d’autres à capter l’attention d’un public, à le convaincre. Que faire de cette inégalité fondamentale  ? Faut-il la contrecarrer, et comment  ?

Bref, c’est le vedettariat, l’incarnation, qui sont naturels. Et leur refus, qui est un combat. Un combat pas forcément perdu d’avance. Qui connait le nom du président de la Confédération suisse  ? Personne. Il change chaque année. Et ce n’est pas le seul exemple. D’autres démocraties ont adopté d’autres systèmes, par exemple l’incarnation symbolique déconnectée de tout pouvoir réel. Suivez mon regard." ... fin de la partie concernant #MAVOIX

Nous faisons des pas de géants en ce moment sur la fin de la représentation et de la personnification. 

#MAVOIX ‪#NUITDEBOUT : une culture commune émerge sur le rapport aux médias ?
Oui. Née par des inspirations culturelles, filmographiques, artistiques, musicales, internationales, technologiques.
Et comme le disait le philosophe Vincent Cespedes et la journaliste Charline Vanhoenacker, qui évoquaient #MAVOIX sur France Culture, il y a du Fauve là dedans. J'ajouterai volontiers les Daft Punk, Marcello Bielsa, les Camille, le Sous Commandant Marcos, les Anonymous, V pour Vendetta, les personnages de Sarramago de la lucidité et l'aveuglement, la culture du logiciel libre, les mineurs qui travaillent sur blockchain....
Rester soi même.
Une voix égale une voix.

Le visage du sous commandant Marcos © tlaxcalavideo

Hier c'était une utopie.Nous pouvons le faire aujourd'hui car nous sommes médias.

C'est une tactique politique. Nos expériences ne pourraient émerger si nous personnifions. Chaque être humain propulsé est achetable. Récupérable. La pression est trop forte. Nous divisons à quelques centaines et milliers la pression médiatique et politique, ainsi elle est plus supportable. Si l'un ou l'une échoue, ce qui est possible, humain et anticipé, les autres sont là pour maintenir le cap. Nous ne nous cachons pas, nous incarnons la longue traîne au quotidien, agrégeant nos parts de voix sur la toile et invitant nos contacts à porter une part du projet. Il sera très difficile de contenir un mouvement citoyen qui est décentralisé, non personnifié, horizontal. Comme l'est la blockchain. Compliqué de s'attaquer à une ou des têtes, il n'y en a pas. Tout est pensé pour cela.

Ils sont solides, nous sommes liquides.

Vincent Cespedes présente son dernier ouvrage, Oser la jeunesse, paru chez Flammarion en 2015 et parle de #MAVOIX à la 36ème minute. Retranscription : France Inter Si tu écoutes j’annule tout 19 avril 2016 -

Journaliste, Charline Vanhoenacker : Dans le Bas-Rhin, les abstentionnistes et ceux qui votent blanc sont désormais réunis dans un collectif et même représentés par un candidat tiré au sort. C’est à lire dans Libération, aujourd’hui. Ça se passe dans la 1ère circonscription du Bas Rhin où le député PS a rendu son mandat à l’Assemblée Nationale pour des raisons de santé, et le collectif #MaVoix réunit ceux qui votent blanc ou qui ne votent pas du tout. Au terme d’un processus qui est très sérieux, parce qu’il y a eu une formation civique, une visite de l’Assemblée, des cours en ligne, etc., il y a eu un tirage au sort qui a désigné Daniel Gerber, ancien libraire, désormais au RSA, qui est donc candidat à la députation dans le Bas-Rhin. Est-ce que ça, ça donne un autre visage de l’abstention, parce qu’on peut voir parfois l’abstention comme un désintérêt total, moins qu’une contestation, et là il y a un collectif citoyen qui se crée…

- Vincent Cespedes : Ils prennent la chose politique au sérieux. Donc déjà, ça, moi ça me réjouit. Il y du rire parce ça peut faire rire, donc bon, ça c’est pas mal. Il y a de la formation. Il y a de l’éducation populaire. Il y a de l’implication. Bon. Donc effectivement on peut critiquer le processus, mais on a vraiment besoin de ça. On a besoin de réinventer des formes de démocratie directe, des formes de participation à ce qui nous concerne vraiment. Il y a une immense soif – je parlais de la soif dans Nuit Debout – c’est vraiment une immense soif citoyenne à ce niveau là.

-Charline Vanhoenacker : Mais même si ça n’aboutit pas ? Parce que l’article de Libération résume finalement la chose : c’est qu’il n’y a pas de couleur politique. Bon, pas grave. Pas de promesse. Bon. Mais il n’y pas d’attente. Et il n’y a pas de déçus donc. C’est un peu mi-figue, mi-raisin. -

- Vincent Cespedes : Il n’y a pas d’attente, mais ça brasse des idées. Les gens peuvent dire : voilà mes idées pour changer le monde. Ça brasse des idées, ça brasse du débat. Ça crée des liens à partir de l’idée de se dire : « on s’implique dans la politique ». En fait il faut qu’on arrête d’être obsédé par le résultat. On est vraiment dans la résultocratie. Le processus, c’est ce qui est important. La démocratie est un processus, ça part de la parole vivante, du dialogue et de l’imagination. Dès qu’on a ça, les résultats seront là. Mais il faut qu’on puisse relancer la fabrique à imaginaire, à utopie, à rêves. On manque de rêves et ça peut être une façon d’agiter les rêves. -

- Journaliste 2 : On dirait Jean-Christophe Cambadélis quand vous dites ça : les résultats c’est pas important…

Journaliste 3 : N’insulte pas notre invité quand même… Rires. -

- Vincent Cespedes : Non, non. Les résultats, c’est important. Mais ce qui compte, c’est vraiment - pour nous tous - c’est vraiment qu’on puisse proposer des alternatives. Elles ne vont pas tomber du ciel. Ce ne sont pas les experts qui vont proposer des alternatives : ça fait 20 ans qu’on les écoute, il n’y a pas d’alternatives là. Donc les alternatives vont venir du peuple. Et ce peuple là doit se rencontrer, débattre, imaginer, rêver. -

- Charline Vanhoenacker : Et un peuple qui veut rester aussi anonyme. On a vu dans Nuit Debout, ils ne veulent pas avoir de porte parole. Ici, le collectif #MaVoix ne veut pas s’adresser aux media. Ça m’a fait penser à ce collectif de musique qui s’appelle Fauve, où il n’y a pas de photo et on donne juste les prénoms. C’est aussi une nouvelle forme de néo-résistance ou… -

- Vincent Cespedes : …De non incarnation. Non. Ce n’est pas nouveau. Encore une fois Mai68 avait inventé ça : pas de micro, pas d’orateur. Daniel Cohn Bendit, qui maintenant a trahi complétement Mai68, en étant devant la scène, à l’époque, il était sérieusement encadré par ses camarades. Alors il portait un peu l’irrévérence de 68. Mais c’est fondamental. On est dans un ras le bol total, nausée extrême, de tout ce qui est peopleisation, peopleisation de la politique, représentants, starification de la politique. Donc je pense que c’est plutôt sain. Il y a des leaders qui vont émerger, mais qui seront dans l’humilité de dire « je ne représente que ma propre voix ».

FIN de l'extrait concernant #MaVoix

Sources : Arrêt sur Images et Rue 89

Et France Inter

#MAVOIX ET LES MEDIAS : la note d'intention publiée par le collectif : Sortir de la personnification et de l’égo, incarner collectivement et horizontalement

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