De l'impossible transition du bien matériel au bien numérique ...

Les ayants droits et leurs représentants mènent un combat toujours plus acharné depuis maintenant une dizaine d'années contre les "pirates".

Chaque matin, je suis le même rituel. Je me rends sur mon site favori de torrent. Je clique sur l'onglet Torrents du jour. Sous mes yeux se présentent plusieurs successions de liste thématiques: Films: DVD-Rip, Films: BlueRay, , Ebooks: Audio, Ebooks: BD, Jeux: DS, Jeux: PC, Jeux: , Musique: mp3, Musique: flac, Documentaires ... Chaque liste est plus ou moins longue. A gauche, un léger menu. En haut, une lègère bannière de publicité. Et je fais mes "amplettes". En un clic, j'accède à une page détaillant le "produit", une description, des détails, sa qualité subjective, une série de commentaires, majoritairement inutiles mais dans un format léger. Si je sélectionne une catégorie, je me retrouve avec une page contenant cinquantes voire cent titres. Je peux parcourir la liste rapidement, remarquer un titre qui me plaît, m'intéresse et cliquer dessus. Le chargement de la page dans un nouvel onglet prendra deux secondes. J'ai le sentiment d'être dans un boutique ou j'ère de rayon en rayon, posant un regard rapide sur une liste de produits dont certains vont attirer mon regard plus que d'autres. Je fais mes amplettes. Je télécharge. Et peu de temps après, je dispose d'une série de fichiers relativement bien nommés, sans DRM, dont j'ai la certitude que je pourrais disposer comme bon me semble.

Ce matin, dans un élan de civisme, passant sur le site de la Fnac, je remarque un onglet Ebooks sans DRM. Ni une ni deux, je me me laisse tenter par curiosité à aller voir, me disant que je pourrais peut-être me laisser séduire par l'offre. Il n'en sera rien.

Dès la première page, je suis déçu par la présentation. Dix articles par page, toutes plus chargées les unes que les autres. Un menu fait d'images. A gauche, un léger menu permettant de naviguer par sous catégories, se voulant exhaustives, mais ne correspondent pas du tout à mes attente. La page contient quinze produits, avec la description, des liens vers les commentaires, les notes. Et il n'y a que deux pages de produits. Trente livres en tout et pour tout. Je suis dans la section science-fiction. Il me semble tout de même que c'est un genre littéraire plus riche que cela. Quant à la colonne de droite, des informations quant aux occasions disponibles, avec encore et toujours des images ..

Je me rends dans la section musique. Les genres musicaux ne correspondent encore pas à mes attentes. Le même nombre d'articles par page, mais plus de choix. Je vois le nombre de pages: quinze. A raison de deux secondes de chargement par page, je n'ai pas le courage d'aller jusqu'en page trois.

Je n'irais même pas dans la section vidéo. Je m'attends à y trouver des DRM, une offre pauvre et cette même présentation lourde.

A me lire, il semble évident que je fais partie de cette partie de la population qui télécharge sans vergogne, probablement bien plus que ce que je suis à même de lire, écouter, regarder.

Pourtant, je dispose d'une bibliothèque remplie, de livres, de CD, de jeux vidéos.
Mais les ayants droits me font la guerre. Je paye un abonnement Spotify, qui devrait, en théorie me permette d'écouter ma musique comme je le souhaite. Ca n'est pas tout à fait le cas malheureusement. Je suis obligé d'utiliser une interface qui ne me convient pas, que je dois lancer grâce à de l'émulation parceque je n'utilise pas Windows mais un système d'exploitation alternatif. Et le comble est probablement le fait que régulièrement, des morceaux, des albums voire des groupes disparaissent de ma bibliothèque; j'imagine que c'est lié à des conditions contractuelles entre maisons de disques, ayants droits, producteurs, qui sais-je. J'étais satisfait de cette offre. Je le suis de moins en moins. Et je recommence doucement à lorgner du côté des mp3, qui ont le mérite d'être présents sur mon disque dur définitivement, d'être lisibles par le lecteur que je veux, sous la plateforme que je veux, dont je peux disposer selon mes envies, si j'ai envie de les copier sur un lecteur portatif.

Il en est de même pour la VOD dont je ne peux tout simplement pas profiter parceque j'utilise ce même système d'exploitation pour lequel aucun lecteur n'a été développé.

Le problème de l'offre légale me saute violemment aux yeux. Une offre pauvre, mal présentée, mal organisée, peu utilisable, peu pratique. Une offre qui présente majoritairement tous les défauts que je trouve à la télévision. Une offre dont je me sens prisonnier par des considérations marketing, polluées par la publicité, dans une franche débauche d'artifices graphiques qui rendent le tout lourd et pénible à utiliser.
J'en veux pour preuve tous ces dvd que j'ai achetés qui commencent par trois rappels à la loi, éventuellement suivis de deux bandes annones et qui m'amènent dans des menus pénibles. Si j'ai envie de regarder un sketch de quelques minutes sur un DVD, ais-je vraiment envie de perdre tout autant de temps en menus, sous menus, avertissements ?
J'en veux pour preuve ces jeux videos que j'achète qui sont de plus en plus contraignants à utiliser: Inscription en ligne, nécessité d'être connecté en permanence. Sept vidéos d'introduction pour me montrer tous les composants et licences qui ont été nécessaires à la réalisation de ce jeu, sans compter quelques écrans de rappel du bon sens élémentaire: "Ce jeu vidéo est une oeuvre de fiction, ne faites pas pareil. Attachez votre ceinture. La consommation de drogue et le meurtre sont des délis et des crimes. Le détournement de voiture est criminel. Toute ressemblance ..."

Je ne suis pas bien sûr de savoir ce qui me contrarie le plus dans tout cela. Si ce sont les lois qui en découlent régulièrement, pour un contrôle renforcé d'Internet et des clients.Si ce sont les opérations de sensibilisation, de communication, toutes de plus mauvaise foi que les autres, utilisant un argumentaire dépassé.

Je me rappelle d'un diction qui veuille que le client soit roi.
Il me semble que le client est devenu aujourd'hui l'esclave.

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