Rabia Franoux Moukhlesse
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Billet de blog 3 juin 2019

LA SORTIE DU RAMADAN

Et enfin, il y a les empêcheurs de tourner en rond comme moi. Qui vont pouvoir à nouveau se plaindre du nombre croissant de mosquées en lieu et place des écoles et des hôpitaux, de l’incurie du gouvernement, de la trop grande pauvreté, de la misère intellectuelle du pays et bien sûr de la place et de l’absence des droits des femmes dans ce pays

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Et nous voici à quelques jours de la fin du ramadan. Chacun l’aura vécu de façon différente et personnelle.

Bien que cette épreuve soit censée nous apprendre l’humilité, certains pourront être fiers d’avoir passé l’épreuve de la foi sans faillir mais généralement ce sont des gens simples et authentiques qui ne tirent aucune gloire de leurs actes et se contentent simplement de vivre leur foi en toute quiétude. Ils pourront même regretter les promenades d’avant rupture du jeûne où l’on croise les voisins avec lesquels on prend le temps d’échanger ainsi que les moments de partage en famille, entre amis ou voisins autour d’un repas frugal bien mérité en fin de journée. Certains, n’ayant besoin de rien, auront à cœur de faire encore plus de bien à la communauté après cette période qui leur a rappelé la triste condition de ceux qui ont faim toute l’année. Tous ceux-là vont poursuivre leur chemin normalement dans la vie après cette parenthèse spirituelle.

Il y a également beaucoup de gens qui vont regretter la période du ramadan. On pourra citer tous ceux qui profitent de travailler encore moins que d’habitude au motif de cette épreuve. Les commerçants qui après cette période de surconsommation avec des marges grassement augmentées au mépris de la notion même de partage vont retomber dans la routine. Ceux qui vivent les ftours comme un évènement mondain permettant d’étaler sa richesse à travers des tables dégoulinante de nourritures qui ne seront pas consommées et donc gâchées ou en pratiquant la rupture aux yeux de tous dans les endroits chics moyennant le salaire de plusieurs jours de leur chauffeur par personne. Ceux qui profitent de cette période pour se sentir investis d’un pouvoir quasi divin en sillonnant la ville et en espionnant voisins et inconnus en bons auxiliaires d’une police religieuse autoproclamée pour invectiver tout comportement qu’ils jugeraient non conformes. Ils vont également le regretter ceux qui vont devoir revenir de voyage, quitter les plages espagnoles, de Thaïlande ou de Bali où ils s’étaient réfugiés, pour reprendre le travail et engranger les sommes colossales que leur coûte leur train de vie, leurs villas, leurs maitresses ou je ne sais quoi d’autre. Nos hommes politiques vont également regretter cette période pendant laquelle il existe une espèce de trêve tacite où le silence est en principe de mise et la critique écartée. Toux ceux qui profitent de la prière des tarawih pour s’accaparer tout l’espace public, priant sur les rails du tramway, sur la route enfin n’importe où pour que l’espace d’un instant ils se croient les propriétaires de cette terre. Et pendant ce temps-là, n’oublions pas toutes celles dont l’assiduité à la mosquée n’est justifiée que par leur recherche d’un mari en cette période bénie où elles peuvent côtoyer le plus grand nombre de candidats au mariage sans avoir l’air d’y toucher. Je citerais pour finir car la liste est trop longue, tous ceux qui profitent du ramadan pour exprimer et évacuer toutes leurs frustrations par leur violence sous n’importe quel prétexte, faisant de la rue un ring géant.

Il ne faut pas oublier tous ceux qui sont soulagés par la fin du ramadan. Tous ceux qui suivent le jeûne par peur du quand dira t’on et de la réaction des voisins. Tous ceux qui travaillent dur dans la faim et la soifpour être payer et pouvoir manger. Toux ceux qui s’endettent en voulant mettre un petit plus sur la table qu’ils vont devoir payer tout le reste de l’année. Tous ceux qui suspendent la journée leur traitement médical contre toute raison et qui mettent en péril leur vie. Toutes les victimes d’accident dû à la somnolence et à la faiblesse du corps qui brouille l’esprit et fait faire des erreurs et par ricochet tout le personnel médical qui subit un pic d’activité et tous les assureurs qui vont voir baisser le taux de sinistres. Tous les restaurants qui vont pouvoir ouvrir et présenter la carte des boissons. Tous les fumeurs qui vont pouvoir recommencer à entretenir leur cancer aux yeux de tous. Et de manière générale, tous les gens qui vivent cette période entre parenthèse en sortant au minimum pour éviter la population hagarde qui se raidie à la moindre odeur et à chaque bout de chair féminin croisé dans la rue qui pourrait invalider leur jeûne.

Et enfin, il y a les empêcheurs de tourner en rond comme moi. Qui vont pouvoir à nouveau se plaindre du nombre croissant de mosquées en lieu et place des écoles et des hôpitaux, de l’incurie du gouvernement, de la trop grande pauvreté, de la misère intellectuelle du pays et bien sûr de la place et de l’absence des droits des femmes dans ce pays. Mais comme l’Aîd El Fitr  n’est pas encore là, je vous épargne tout cela en espérant qu’aucune femme violée ou abandonnée n’a eu la mauvaise idée d’accoucher pendant cette période sinon je devrais vous rappeler que la législation sur l’avortement est toujours au point mort.

#saffibaraka

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