Maintenant: trop vite pas assez

Voilà, tout ce temps qui passe, ce sont des femmes qui souffrent, des femmes qui meurent et moi, je trouve qu’on a plus le temps d’attendre.

La notion de temps est vraiment relative. Bien que le temps soit linéaire selon la grande aiguille de sa montre, on se rend bien compte qu’il passe plus ou moins vite. Par exemple quand vous êtes en train de faire la queue pour vous rendre aux toilettes, le temps ne passe pas assez vite. A l’inverse, quand vous êtes en vacances et que vous arrivez au moment du retour, on a tous l’impression que le temps est passé trop vite. Et, hors les moments où l’on ne voit pas le temps passer, cette fluctuation de la notion même du temps est constante.

Ce qui est étrange, c’est que cette fluctuation n‘est pas identique pour chaque personne. Ainsi, lorsque je parle des violences faites aux femmes et que je m’enflamme sur ce qu’il faudrait faire, les Lois à mettre en place, les actions pour dénoncer, les actions pour éduquer et toute la montagne de choses qui me paraissent essentielles à faire de suite pour que cela s’arrête maintenant, je me rends bien compte que mon maintenant est biaisé par le temps. Même si on s’y mettait tous et tout de suite, il faudrait quand même compter un petit temps de latence (genre, deux ou trois jours) pour que cela soit effectif.

Et là, autre bizarrerie, je me rends compte que cette notion de temps urgente n’est pas partagée par tout le monde. Il y a ceux qui n’ont rien à redire à la situation actuelle et verraient bien le temps passer là-dessus. Il y a ceux qui veulent faire les choses lentement car le temps est long pour changer les mentalités, les habitudes, le poids des croyances. Seulement voilà, tout ce temps qui passe, ce sont des femmes qui souffrent, des femmes qui meurent et moi, je trouve qu’on a plus le temps d’attendre.

Impatience féminine ? Caprice enfantin ? Que nenni, simple respect de certains droits élémentaires, des droits de vivre normalement pour les femmes. Mon dada à moi, ma marotte, mon combat : oui ! Mais il devrait être le combat de tous et l’urgence de chacun si nous sommes bien tous membres de la même famille humaine, nous sommes trop peu à nous en préoccuper.

Alors, désolée de nous vous offrir qu’une toute petite chronique mais, tel le lapin d’Alice au Pays des Merveilles, je vais courir après le temps pour essayer de changer au plus vite tout ce bazar en vous fredonnant par-dessus l’épaule : Pas le temps, pas le temps, nous sommes en retard, en retard, stoppons la violence faites aux femmes.

Rabia Moukhlesse Franoux

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