A l’heure où j’écris ces quelques lignes se joue un évènement essentiel de la démocratie occidentale moderne, que les divers commentateurs et médias semblent relayer au second plan, derrière la canicule et les éventuels attentats terroristes et les conséquences pour notre porte-monnaie du fameux vote grec…
Du fait qu’un dirigeant élu par le peuple, face à la pression internationale pour qu’il applique un programme sur lequel il n'a pas été élu, dise « Ok, vous ne voulez pas négocier sur d’autres bases que les vôtres, je laisse donc le choix aux électeurs… », l’utilisation du référendum populaire, semble en effet déranger tous les puissants de ce monde. Comme si le peuple avait quelque chose à dire… Et bien oui, me semble-t-il, il est temps de donner la parole à ceux qui subissent bon sang !
Et je repense à l’état de la démocratie.
Moi qui viens d’un pays dirigé par un Roi, mon autre « moi », celui qui fait que je suis française et vis en France depuis 3 lustres, pense à cette fameuse démocratie.
Lorsque l’on évoque l’idée historique de ce mot, il y a trois pays qui ressortent des livres. La Grèce pour l’avoir inventé, il y a plus de 2000 ans. La France pour l’avoir théorisée et rendue revendicative avec les idées des Lumières puis sa révolution, et les Etats Unis pour avoir été les premiers à le mettre en pratique par les armes, 8 ans avant les français. Et oui, nous étions déjà à l’époque nous les français, de grands bavardeurs et discuteurs de bistrots et avions du mal à nous mettre en action…
Dans l’ordre : La Grèce qui en est l’inventeur et le berceau, a été ballotée dans l’histoire et a tout subi jusqu’aux temps modernes. Après la deuxième guerre mondiale, la démocratie n’est réapparue qu’après une période de dictature et a très vite pris de mauvaises habitudes en favorisant les puissants (armateurs, clergé etc). Une entrée dans la zone Euro et une crise catastrophique pour le petit peuple plus tard, voilà des citoyens qui semblent refuser en bloc le système et souhaitent ardemment que la politique redevienne un outil apportant une évolution positive pour le bien être de la société, plutôt que pour l’intérêt unique des financiers internationaux. Mais voilà, les "terroristes financiers"comme les a affublé à juste titre, l'ex ministre de l'économie grec , Yanis Varoufakis, avec leur communication sectaire (j’ai l’impression de voir les témoins de Jéovah à ma porte), nous expliquent que oui, mais non, le peuple a tort, car eux seuls détiennent la vérité économique. Bon d’accord, vous souffrez et ça ne marche pas, mais il n’y a pas d’autres solutions, car sinon ce sera la fin du monde (du leur ou de celui de la Grèce ?). Bref, voici le pays originel de la démocratie, un pays autonome, à qui l’on reconnait la liberté d’autodétermination de son futur, soumis à toutes sortes de pressions internationales pour le faire changer d’avis…mais pour le profit de qui à la fin?
Les Etats-Unis. Après avoir fait leur révolution pour chasser le roi despote anglais (pourquoi je paierais un impôt pour un type que je ne connais pas), massacré quelques indigènes (plusieurs millions) et quelques mexicains pour des raisons d’expansion de territoire, sont devenus le phare de la liberté et le leader du monde libre et de la libre économie. Le raccourci est brutal et je m’en excuse auprès des profs d’histoires. Et à ce jour, on constate que finalement l’élection de leur sacro saint président américain ne se joue principalement qu’à coups de centaines de millions de dollars et que seules quelques grandes familles peuvent y prétendre. Les Etats Unis mettent d’énormes ressources en œuvres pour la domination économique mondiale qui entraîne l’asservissement de l’ensemble des peuples. Les écoutes illégales, les interventions militaires et diplomatiques n’ont qu’un seul but : imposer leurs idées économiques impliquant la dérégulation du marché. Le TAFTA* en Europe et son équivalent en Asie (pour lequel le Président américain vient de se voir octroyer les pleins pouvoirs de négociations par un Sénat pourtant hostile, sont leurs nouvelles armes de suprématie.
Et enfin la France contemporaine. Ici on constate que le pouvoir politique a été confisqué au fil du temps par de véritables castes qui se basent sur la puissance des réseaux et des amitiés.
Les énarques, tenant d’une ligne quasi unique de pensée économique impliquant l’austérité. Ils noyautent l’ensemble des échelons politiques de droite comme de gauche, en fonction des rencontres, des amitiés et des opportunités.
Les partis politiques, dont la seule obsession est de se maintenir au pouvoir. Pour cela, ils utilisent le clientélisme et l’argent public. Les postes de fonctionnaires sont distribués pour permettre la survie (la très confortable survie quand on voit les rémunérations et les cumuls) de ses futurs cadres attendant la prochaine élection pour participer au festin des indemnités…
Il existe bien des mouvements qui commencent à apparaître au grand jour, pour tenter d’enrayer ce processus nauséabond favorisant la corruption dans notre pays, pour enfin faire de la politique autrement.
Mais sans structure réellement établie, sans moyens financiers (faire de la politique coûte très cher), ces mouvements ont beaucoup de mal à exister.
De plus, ils sont constitués de « libres penseurs », rejetant les fonctionnements des partis traditionnels, et ont du mal à se mettre d’accord sur des lignes claires à proposer aux électeurs. Ils n’acceptent pas que des leaders émergent pour être en tête d’affiche des élections, ce qui est contraire aux attentes des Citoyens.
Alors on veut réinventer la politique. On rêve d’arriver au pouvoir comme Podemos ou Syriza, mais sans la solidarité de groupe au moins temporaire jusqu’à arriver à l’objectif final. Alors on s’agite, on gesticule, on peste...
Et les autres me direz-vous? Ils constatent que ce sont bien les mêmes au pouvoir, et pour les plus pessimistes, et j’espère que ce ne seront pas les plus éclairés, ils attendent l’arrivée de l’extrême droite…
Le tableau est sombre comme les infos en continue distillées chaque jour, chaque heures sur nos multiples écrans, télé, tablettes ou Smartphones, mais je ne prends pas encore d’anxiolytiques pour lutter contre cette schizophrénie qui gagne le monde. En revanche, je ne peux m’empêcher de penser à cette petite phrase énoncée par Montesquieu lorsque la lumière n’était pas encore un produit marchand au XVIIIème siècles ; « …toute personne ayant du pouvoir est tentée d’en abuser ». A méditer…
TAFTA* Le grand marché transatlantique, la Transatlantic Free Trade Area (Tafta).