ENCORE UN RENDEZ-VOUS MANQUE DU ROYAUME AVEC L’HIRAK ?

 

Le dernier volet de la saga de l’Hirak s’est refermé sur les condamnés en même temps que les grilles de la porte de leur prison. Aucune pitié, aucun apaisement. La fermeté avant tout et comme seule réponse à des problèmes plus profonds. Comme si nous voulions préparer le lit d’une future nouvelle commission de la réconciliation une fois que nos dirigeants auront fait amende honorable. Ni les associations internationales de journalistes ou des droits de l’homme, ni les appels de députés étrangers à la clémence n’ont pu influencer la justice implacable et particulièrement aveugle dans ce cas précis. Rien n’y a fait. Le juge est resté inflexible dans ses babouches.

C’est confirmé, ils sont coupables.

Coupables soit, mais sont-ils responsables ?

Car à l’origine, tous ces troubles, les manifestations et les débordements qui ont eu lieu viennent avant tout de la désespérance et du profond sentiment d’injustice que ressentent ces gens du nord. D’ailleurs, si on y regarde de plus près, ces sentiments se retrouvent dans l’ensemble du Royaume et pourraient bien induire le même genre de manifestations et d’atteinte à l’Etat un peu partout. Des villages reculés accessibles uniquement par piste, aux douars où s’entassent des travailleurs pauvres jusqu’aux bidonvilles de nos grandes villes où fourmillent la cohorte  des tacherons mal payés et mal considérés, les gens souffrent.

Ils souffrent d’une absence de perspective d’avenir. Ils souffrent d’une insuffisance de services publics n’ayant pas ou peu accès à l’éducation, la santé. Ils souffrent de mauvaise nutrition. Ils souffrent de leur situation en regardant la télévision et les images de la société occidentale. Ils souffrent de l’injustice en constatant les richesses dégoulinantes qui les côtoient. Les voitures de luxe à un million de dirhams pendant qu’ils s’entassent dans un honda ou un taxi blanc hors d’âge à 8. Les villas de mille mètres carrés pour le maître, madame et ses enfants mal élevés tellement pleins de morgues pendant que l’on vit à 10 dans douze mètres carrés recouverts de tôles, c’est-à-dire dans des conditions pires que les prisons européennes. Ils souffrent de devoir glisser un billet à ceux qui ont du pouvoir sur eux et de voir que ce système pyramidal remonte vers ceux qui n’ont pas besoin de cet argent corrompu.

Alors oui, les troubles peuvent arriver à tout moment. Et quelles réponses apportons-nous à cette misère ?

Nous créons des commissions et des sous-commissions qui étudieront le pourquoi du comment pendant un temps infini avant d’enterrer leurs travaux dans un rapport qui ne sera ni lu, ni appliqué.

Nous laissons partir les forces vives diplômées à l’étranger alors qu’elles pourraient développer le pays en préférant réserver les emplois intéressants aux fils de, forts de leur diplôme acheté dans une boite privée en oubliant l’option compétence.

Nous forçons au repli sur soit en voulant imposer la langue arabe dans le cursus scolaire alors que tous les emplois, les formations, les relations privées ou professionnelles d’un certain niveau se passent essentiellement en français historiquement et en anglais plus récemment. Il faut être sûr que seuls les nantis de ce pays puissent accéder à ce monde.

Nous privatisons les services publics, enseignements et soins, pour que seuls les puissants aient droit à ce qui est essentiel.

Nous laissons partir les riches à l’étranger avec leurs avoirs qui auraient pu servir à l’investissement et qui ont désormais peur de l’impôt sur leur fortune accumulée dans l’économie informelle, libre de tous droits et taxes.

La seule réponse politique, hors un saupoudrage de pure forme pour les journalistes étrangers, est de laisser se développer le nombre de mosquées pour que nos pauvres acceptent leur condition sous humaine par fatalité divine. Cette visions aveugle ne tient d’ailleurs pas compte du fait que cette « islamisation » fleurte avec la radicalisation qui seraient bien capable de balayer nos institutions comme un château de carte en exploitant cette misère plutôt qu’en la contenant comme espéré.

 

Alors, oui. Les gens de l’Hirak sont bien coupables mais, ils sont coupables mais pas responsables!

Nous avons les exemples algériens, tunisiens et tant d’autres qui devraient nous faire réfléchir et rappeler à nos politiques que leur fauteuil doré à des pieds en argiles qui peuvent aisément se dérober sous le poids de l’hogra et faire de notre beau pays, le royaume du chaos et de l’obscurantisme.

#safibaraka

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.