Je veux vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

C’était un temps ou la fonction présidentielle était respectée et respectable. L’on pouvait être pour ou contre mais le respect était de mise. C’était un temps où les politiques étaient discrets sur leur vie privée, qu’ils n’utilisaient pas cette dernière comme un argument marketing à l’instar du show business.

Je veux vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

C’était un temps ou la majorité des gens qui s’impliquaient dans la politique avaient des idées et des convictions. Ils le faisaient par altruisme, par amour des gens, pensant que leurs idées pouvaient faire avancer les choses, notre société. Oh, il y avait bien quelques brebis galeuses qui profitaient voire abusaient de leur situation à des fins personnelles. Mais aujourd’hui on entre en politique comme on entre dans une entreprise. On veut y faire carrière. Aucune indemnité, aucun avantage ne sont oubliés. Il n’y a plus de renoncement pour arriver à ses fins car il n’y a aucune conviction si ce n’est la finalité du poste, de la position. La trajectoire pour arriver et toute désignée et il faut montrer patte blanche, gravir les échelons internes à coup de renoncement, quelquefois se prostituer pour avancer avant d’avoir le fameux sésame de l’intronisation qui ouvrira la voix de l’élection par l’argent qui vous sera alloué. Aucune tête ne doit dépasser, pas de discours dissonant, aucune fronde, aucun vote contre le groupe quel que soit le vote.

C’était un temps où les politiques voulaient maintenir un équilibre entre ce qu’ils pensaient nécessaires et les préoccupations quotidiennes de leur électorat. On amendait par touche. Un peu plus ou un peu moins de social. Un petit coup à gauche, un petit coup à droite. Les choses avançaient lentement et les réformes étaient peu profondes mais la société avait le temps d’encaisser les changements. Aujourd’hui, il faut être efficient. Nos grands penseurs économiques qui ont tous des statuts quasi inamovibles vous parlent de mutations nécessaires. Plus d’argent  pour tel service ou telle catégorie ? Passez-vous en ! Plus d’emploi de ce type ? Changez de compétences ! C’est assez étrange que des gens qui ne sont jamais touchés par leurs réformes impératives et qui ne savent rien faire d’autre que ce qu’ils font nous parlent comme cela.

C’était un temps où la gauche pensait que le prolétariat mérite son attention pour ré-équilibrer les rapports de force et on a appelé cela le socialisme. C’était un temps où la droite pensait que la stabilité et la sécurité de la bourgeoisie permettait la paix sociale et la bonne marche de l’économie et on a appelé cela le centrisme. Il y eu même une droite qui pensait que l’Etat devait maîtriser les secteurs clées de l’économie afin que bourgeois et prolétaires soient protégés et on a appelé cela le gaullisme. Mais aujourd’hui nous ne voyons plus de différences que sur les couleurs des logos des partis. L’ultra libéralisme est la règle absolue. On peut bien le nommer social-démocratie ou libéralisme européen, les conséquences sont les mêmes pour l’immense majorité qui voit son pouvoir d’achat et sa qualité de vie rognés pour que de grandes nébuleuses reversent des dividendes à des actionnaires inconnus en détournant les lois qu’ils ont fait voter à leur avantage. Et pour être sûrs de ne pas revenir en arrière, les termes de prolétaires, bourgeois et autres termes de cette dialectique dépassée sont devenus obscènes et remplacés par des acronymes comme CSP (catégories sociaux professionnelles) ou des termes plus en phase avec la dogmatique et on ne dira plus usager du service public mais client.

C’était un temps ou la fonction présidentielle était respectée et respectable. L’on pouvait être pour ou contre mais le respect était de mise. C’était un temps où les politiques étaient discrets sur leur vie privée, qu’ils n’utilisaient pas cette dernière comme un argument marketing à l’instar du show business. Ils étaient peut être éloignés des gens du commun mais au moins n’en devenaient pas vulgaires, insultants. Leur soit disant proximité actuelle est perçue comme fausse par les citoyens qui voient bien que ces privilégiés, intouchables, in justiciables malgré leurs comportements, se moquent ouvertement d’eux. A ce titre, n’étant plus au-dessus, ils deviennent méprisables et d’aucuns se permettent toutes les insultes sans doute compréhensibles mais indignes de la fonction.

C’était un temps où l’étranger pouvait être regardé avec dédain par habitude de notre colonialisme paternaliste. Mais où il était presque accepté, jamais pointé du doigt comme la source de nos malheurs. Rarement regardé comme un envahisseur voulant manger le pain des français. C’était un temps où nous avions de la compassion pour les autres humains, certainement en souvenir des jours sombres que nous avions subi, pendant lesquels certains ont dû fuir à l’étranger pour leur survie, pendant lesquels beaucoup sont morts d’être restés. C’était un temps où ne nous demandions pas à ce que les réfugiés restent à crever chez eux pour ne pas encombrer notre espace économique soit disant vital.

C’était un temps où la religion était une partie prenante de la vie de tout un chacun. Chacun la vivant essentiellement dans son for intérieur. Respectant ses rites comme une composante sociale et dans l’indifférence des rites des autres. Pas ou peu de revendications, quelques réflexes innés mais avec la possibilité de changer d’avis. Aujourd’hui nous sommes crispés sur les religions alors même que la science et la communication n’ont jamais été aussi présentes dans nos vies. Nous nous refermons sur des croyances non pas réfléchies mais énoncées par de quelconques gourous n’ayant plus le temps d’y réfléchir par nous-même.

C’était un temps où nous prenions le temps de lire, de réfléchir, de parler. Nous prenions la peine d’énoncer une critique constructive et personnalisée par notre culture, nos lectures, notre vécu et en triant les informations. C’était un temps où les jugements hâtifs et définitifs basés sur wikipédia, BFM ou un quelconque religieux étaient considérés comme ridicules et laissés aux imbéciles qui ne changeraient jamais d’avis.

 C’était un temps où la médecine était moins avancée mais non pas réservée aux riches.

C’était un temps où l’on connaissait les saisons avec peu de catastrophes liées au changement climatique ou à la gestion de notre espace de vie.

C’était un temps où la science était extraordinaire et entrait peu dans notre quotidien mais où nous nous parlions.

C’était un temps où les voyages étaient compliqués et réservés à certains mais où nous échangions.

C’était un temps où nous mangions ce qu’il y avait et ce qui poussait en saison sans avoir besoin de recourir à la chimie qui nous empoisonne.

Certains pourront dires que je suis nostalgique et vivant dans le passé.

Mais c’était un temps où nous étions encore humains.

Je vous ai parlé d’un temps que les moins de 20 ans ne pourront plus jamais connaître…

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