LES RAISINS JAUNES DE LA COLERE

Puisque du haut de vos tours d’ivoire, malgré votre ego démesuré et toutes vos grandes études vous ne semblez pas comprendre, il faut bien vous le dire, tous ces gens ne veulent plus de vous car ils vous associent à toutes leurs difficultés !

Et voilà, nous y sommes peut-être au grand soir comme l’appelle de leurs vœux certains. A moins que ce ne soit que la « chienlit » comme diraient d’autres. Toujours est-il que nous sommes dans une situation quasi insurrectionnelle selon les médias mais faut-il leur faire confiance ? Manifestations, envie de tout casser, marre de ce trop et depuis trop longtemps. Il n’est pas aisé de faire le tri tant ce mouvement part dans tous les sens et recouvre des gens, des profils et des objectifs si différents. Le seul point commun est un ras le bol généralisé de gens voulant un véritable changement. Lequel ? Ils ne savent pas trop tant la liste des revendications est longue. Comment y répondre ? Les politiques ne le savent pas trop non plus tant ils sont démunis face à la colère larvée de citoyens sans bannière ou avec tellement de bannières qu’ils ne savent plus ni quoi céder, ni à qui céder pour rétablir la paix sociale et reprendre leur train-train quotidien.

Comme dans toute situation complexe, il faut simplifier un peu et revenir à l’origine du problème. Il se situe dans la théorie économique de l’ultra- libéralisme dont Reagan et Tatcher ont été les chantres dans les années 80 et 90. Ils ont réussi leur objectif premier qui était de faire tomber le communisme qui depuis est regardé comme un modèle économique sans avenir. Soit, la Liberté du monde libre a triomphée mais, car il y a toujours un mais, elle a entraîné un appétit féroce pour le « make money ». Puisque nous sommes désormais dans un monde uniquement capitaliste (Cuba, la Corée du Nord et quelques taches minuscules sur le globe ne comptant pour rien dans cette aire de jeu), les faiseurs (entendaient les puissances financière) ont posé pour règle que l’argent se devait d’avoir un rendement de 15% par an. Sachant que la croissance du PIB mondial qui représente l’accroissement des richesses crées est d’environ 6% par an, la différence que les plus riches exigent doit bien se trouver quelque part et c’est dans l’exploitation des plus pauvres. Que ce soit à travers les matières premières des pays sous-développés, dans la recherche incessante de la baisse du coût du travail nous renvoyant au servage du moyen-âge ou en augmentant la pression fiscale pour se faire payer en intérêt sur  des prêts fait directement aux Etats, tous les moyens sont bons, légaux et approuvés par tous les politiques de tous ces pays. Du dictateur africain affamant son peuple tout en alimentant son compte en Suisse jusqu’au Ministre de la République Française qui gère les deniers publics et les Lois en faisant bien attention de ne pas se fâcher avec ses amis grands industriels et lobbyistes dont on aura toujours besoin pour se recaser en cas de « mauvais » vote. Ils ont tous accepter cette règle non écrite mais inéluctable. Tous les gens soit disant intelligents, issus des grandes écoles d’administration ou de finances ou encore de commerce pourront toujours disserter sur la complexité de l’économie, les législations intra ou extra nationales contraignantes, le bienfait à long terme de telle ou telle mesure. Ils pourront faire toutes les plus belles phrases du monde avec un langage et des termes non compréhensibles de la plupart des gens du commun. Le résultat est bien le même, ils ont tous échoués ! Les Etats se sont endettés, les plus riches ont tirés leur épingle du jeu et ce sont bien les petites gens qui paient l’addition. Or voilà, les délocalisations, les fermetures d’usine, l’obsession du coût du travail, l’impérieuse nécessité d’économiser les derniers publics lorsqu’il s’agit de service public à la population (tout en préservant les avantages de ceux qui vivent sous les ors de la République), l’idée que les plus riches s’ils s’enrichissent encore plus en feront profiter les couches inférieures etc.. De tout cela les gens en ont ras le bol. Et le discours visant la chasse aux parasites sociaux que sont les chômeurs et les fraudeurs aux APL, la nécessité d’équilibrer la dette en prélevant de plus en plus pour ne pas pénaliser nos enfants (mais pas les leurs qui ne sont en rien concernés) ou sauver la planète du réchauffement climatique en vous prenant un peu plus d’argent sous le nouveau prétexte de « qui ne consomme pas, ne pollue pas », tout cela et tout le reste ne marche plus dans l’esprit des gens. Le ressort est cassé. Onze années après la crise de 2007, après la déception de la finance est l’ennemi, les exemples grecs, portugais et espagnols, la pauvreté qui explose et qui se voit dans les rues d’un pays dit riche, les disparités entre les riches et les pauvres qui s’accentuent comme jamais… Tout devient insupportable pour la grande masse qui vit dans la précarité et la peur du lendemain.

On avait bien vu un premier signe lors des dernières élections avec le fameux « dégagisme ». Dehors les anciens qui nous ont mis dans cette situation, n’ont rien réglé voire pire ont aggravés les choses. Les votants de tous bords ont voulu croire au fond d’eux même ou par conviction qu’un nouveau monde allait émerger avec un personnel politique plus proche d’eux, de leurs préoccupations, de leur bien-être. Mais les premiers pas de ce gouvernement n’ont pas été en adéquation avec ce qu’attendaient les français. Une politique tournée sciemment vers les plus riches et les grandes multinationale sous prétexte d’un soit disant ruissellement, le bras de fer inflexible avec les cheminots pour casser les privilèges du personnel par rapport à la masse laborieuse mais sans rapport possible avec les vrais privilégiés, les prélèvements qui s’alourdissent et les services publics qui continuent de se désagréger sous le motif de plus d’argent dans les caisses tout ceci couplé à une communication présidentielle le faisant apparaître comme l’ami des puissants et dépensant l’argent qu’il n’y a plus pour faire briller un peu plus les palais de la République font qu’ils ont réussi à crée la rupture avec les citoyens de base.

Et ils ne comprennent pas ! Comment, comment, vous voulez tout sans tenir compte des réalités des comptes publics, des lois que nous avons votés et des intérêts supérieurs économique de la Nation ? Ils ne savent pas à qui s’adresser car le mouvement est fractionné à l’infini. Aucun leader politique ou syndical que l’on pourrait amener à la raison par quelques promesses ou quelques avantages personnels pour calmer le jeu ! Puisque du haut de vos tours d’ivoire, malgré votre ego démesuré et toutes vos grandes études vous ne semblez pas comprendre, il faut bien vous le dire, tous ces gens ne veulent plus de vous car ils vous associent à toutes leurs difficultés ! Des budgets de fonctionnement et de représentation colossaux, des strates d’élus en surnombre qui touchent de l’argent public, des professionnels de la politique qui n’ont jamais eu de réel emploi et qui se plaignent de ne pouvoir boucler leurs fins de mois avec 5.000 ou 10.000 euros tout en demandant aux retraités de ne manger qu’un jour sur deux  et aux plus modestes de renonce à 5€ d’APL sans jamais faire ressentir un mieux-être à tous ceux qui paient.

Donc messieurs, désolé de vous l’apprendre, mais nous vivons dans un monde impitoyable comme vous aimez à nous le répéter lorsque vous nous imposer de nouveaux efforts, et dans ce monde vous allez devoir essayer de survivre en apportant des réponses que vous êtes incapable d’imaginer car prostrés sur des doctrines économiques et politiques qui, à l’instar du communisme, sont également désuètes et non pertinentes. Le libéralisme économique dont vous êtes les fidèles servants de messe n’est plus adapté à notre monde et puisque vous nous vantez tant l’adaptabilité et la formation continue, remettez le nez dans les nouvelles théories soutenues par des gens sérieux, voire même nobélisés.

Vous pouvez vous serrer les coudes, relancer vos mouvements de soutien de gilets bleu, rouge ou violet, lancer la police et l’armée sur les enfants mais, je vous le dis, la vendage des gilets jaunes est arrivée et il va vous falloir boire jusqu’à la lie vos années d’abus de confiance aux français pour leur avoir vendu un avenir plus radieux sans jamais répondre aux espoirs de la grande masse finalement pas si malléable et corvéable que vous vouliez bien le croire. Même si vous réussissez à sortir de cette crise par une quelconque reculade ou un tour de passe-passe que vous régulariser lorsque le temps de l’oubli sera venu, n’oubliez pas de marcher la tête basse devant les mal-logés, mal payés, mal aimés de cette République afin qu’elle ne tombe pas.

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