AU NOM DE MA LIBERTE CAR C’EST MON DROIT.

Ayatollah de la laïcité ? Non, simplement une citoyenne lassée et énervée par ces conflits sans fin, ces discussions qui n’en sont pas, ces décisions qui ne décident rien, ces Lois qui ne résolvent rien. Donc au nom de ma liberté et de celle de la majorité du pacte social, j’affirme donc haut et fort, que vous n’avez pas le droit individuel et laïc de porter voile, kippa ou croix.

 

La langue française évolue dans le temps en incluant de nouveau mots dans le dictionnaire de façon à tenir compte des apports extérieurs à la langue ou les créations nouvelles. Si un mot nouveau est suffisamment employé dans la vie courante, il a des chances d’être approuvé et adoubé par les immortels. Il n’y a pas que les mots qui évoluent, La perception et la compréhension de ses derniers évoluent également. De la même façon, les discours se modifient avec le temps. Il y en a deux en particuliers qui me fascinent dans leurs évolutions sur ces dernières années. Ce sont les mots droit et devoir.

J’ai vu le mot droit et donc l’interprétation du droit tout court puisque les gens ont tendances à mélanger les deux, évolué sur plusieurs plans et l’histoire du voile en France et l’un des exemples les plus symptomatiques. Il a cristallisé l’interprétation de ce mot par tous ceux qui ont pris parti sur cette problématique.

Nous avons d’un côté ceux qui sont pour le droit de porter le voile.

Ils se basent sur le droit à la liberté individuelle de se vêtir comme l’on veut couplé au droit au respect de chaque croyance religieuse et, si cela ne suffit pas, ils évoquent le droit à la laïcité qu’ils comprennent comme le droit des citoyens à ce que l’Etat ne se mêlent pas de leurs affaires religieuses.

On retrouve dans cette catégorie les « puristes » du droit. Ceux pour qui la liberté est le droit le plus sacré. Qu’importe qu’ils soient athées ou d’une autre religion que l’Islam, le respect de ce droit est plus important que tout car si l’on venait à y toucher  ce serait la porte ouverte à toutes les restrictions au droit. Ils opposent leur intransigeance à ce qu’ils considèrent comme les premiers pas d’un populisme assimilé à du fascisme. On retrouve également les premiers concernés par ce droit au port du voile à savoir les musulmans. Les plus véhéments dans cette défense et cette acceptation de leur droit sont malheureusement à mon sens ceux qui invoquent ce droit afin de pouvoir dérouler derrière toutes les règles édictées par leur religion. Ce n’est que le premier pas dans une prise de pouvoir potentielle du spirituel sur le temporel car le texte s’invite directement dans la vie de tous les Hommes. Il a vocation à s’imposer à tous comme la dernière religion révélée et les lois qu’ils comportent  seront donc tôt ou tard appliquées à l’ensemble de l’humanité. On se retrouve donc dans l’absurdité suivante : au nom de mon droit à la liberté, je vais réussir à imposer mes restrictions à vos droits. Cette modification sociétale est prévue, planifiée. Qu’importe le temps que cela prendra puisque le texte est éternel. Et sous couvert de ces droits individuels reconnus et érigés comme sacrés en Occident on peut décliner toute sorte de droit. Le port du voile, le droit à une nourriture conforme aux rites, le droit à des aménagements de temps ou d’activités à cause des rites, le droit à des lieux réservés par genre… Petit à petit ces « nouveaux droits » se sont mis en place sous couvert de la liberté du droit, de calculs politiciens pour capter les voix d’une communauté ou pour gagner la paix sociale des quartiers n’ayant rien d’autre à leur offrir : ni perspective économique vu le contexte de crise que nous subissons depuis les années 80, ni élévation sociale tant la société française à tendance à se refermer sur ses communautés.

D’un autre côté nous avons des tenants du droit excluant ce fameux droit à porter le voile. Les moins fanatiques estiment que le port du voile en lui-même est une atteinte au droit à la liberté individuelle car imposé par une communauté, une pression sociale voire même une croyance religieuse qu’ils considèrent comme attentatoire à la liberté des femmes et ce n’est qu’en leur imposant cette liberté de ne pas porter le voile que les femmes musulmanes pourront être réellement libres.

Les plus combattifs estiment que ce port du voile est contraire à leur culture, leur histoire et le droit à rester enfermé et entouré par ce contexte culturel ancestral et millénaire afin qu’on ne vienne pas leur imposer une religion qu’ils considèrent comme contraire au droit de par son implication politique dans la vie des hommes.

Tout ceci nous donne donc une société divisée où islamophobes et musulmans radicaux s’affrontent en embarquant dans leur combat les politiques et les intellectuels qui ont le droit pour ne pas dire le devoir de se positionner pour ou contre. Tous les délires sont permis entre les théories complotistes du grand remplacement, de l’invasion pour submersion, de l’implantation terroriste et, à l’opposé, du populisme liberticide, de l’athéisme mécréant et militant et ne l’oublions pas du complot judéo-maçonnique relayé par les institutions obscures de l’Europe.

Tous ces défenseurs du droit n’ont oublié qu’une seule acceptation du droit : le droit de vivre ensemble. Ils rétorqueront que ce n’est pas de leur faute, c’est l’autre qui a commencé et qu’après tout si on les laissait vivre comme ils l’entendent, il n’y aurait pas de problème. Cette réponse de cours d’école pourrait me faire sourire s’ils ne pourrissaient pas autant le quotidien de l’immense majorité des gens qui ne souhaite que ce fameux droit à vivre tranquillement.

Comment y arriver ? Et il y a urgence à se positionner car les différentes positions sont irréconciliables et donc à force de ménager la chèvre et le choux nous ne faisons qu’aggraver les choses.

 

Et bien selon moi en choisissant des acceptations intransigeantes de la compréhension du mot droit. Car contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, tout problème complexe se résout par des solutions simples. Et dans ce sens, il faut bien définir la notion de laïcité comme étant l’exclusion pure et simple de toute religion de la sphère publique. Ainsi, aucun signe distinctif ne doit être accepté dans quelque lieu public que ce soit. La rue, les écoles incluant les universités, les administrations et même les entreprises font entièrement partie du public et à ce titre doivent proscrire tout ce qui pourrait faire penser à une appartenance religieuse. Ni kippa, ni croix, ni voile ou autre déguisement vestimentaire ne doit être toléré. Atteinte à la liberté me direz-vous ? Et bien oui, si vous voulez mais il reste le domaine privé où chacun passe la majorité de son temps et si cela ne convient toujours pas, chacun à la droit de ne pas si conformer en risquant la sanction publique ou le droit de vivre selon ses convictions dans le pays qui lui convient le mieux. Nous sommes bien dans un monde global et consumériste ou les déplacements sont facilités donc chacun peut prendre son bâton de pèlerin et s’installer ou il le souhaite si sa foi jetée en place publique lui semble plus importante que tout. L’Arabie Saoudite est bien assez vaste, l’Etat d’Israël cherche des candidats au retour et la compassion chrétienne trouvera bien quelques places au pied du Vatican pour loger quelques candidats. Je sais que cela semble extrême mais l’immense majorité des gens qui vivent paisiblement leur foi et leurs croyances ne changeront pas grand-chose à leur quotidien. Les autres, ceux qui nous polluent l’esprit et la douceur du vivre ensemble, seront peut-être sacrifiés au nom de la Liberté mais leurs religions à eux, dans le sens et leurs compréhensions de ces dernières, nous ont-elles jamais apporté quelque chose de bien ? A l’aube de l’humanité peut-être lorsqu’il s’agissait d’imposer quelques règles de bien vivre ensemble à des populations frustes tout juste sorties de leur grottes et qui ne connaissait que la violence. Mais depuis ? Combien de millions de morts au nom de ces mêmes religions ? Combien de martyrs ? Combien d’hérétiques massacrés ? Combien de croisades ? Combien de Djihad ? Combien de guerres de religions ? Qui aujourd’hui peut me citer un apport positif au quotidien de la part de ces religions dans la sphère publique ?

Donc cela suffit avec votre droit à ceci, votre droit à cela. Vous avez également le devoir de vous conformer au droit à une vie paisible de l’immense majorité. Vous avez le devoir de garder vos opinions religieuses pour vous-même, sans les afficher ni faire de prosélytisme. Nous avons le droit à une laïcité universelle, intransigeante et sans concession. Nous avons le droit d’avoir des hommes politiques neutres dans ce débat, ayant le devoir d’être sans attache et sans concession avec tel ou tel groupe religieux pour des motifs personnels et électoralistes. Nous avons le droit de revivre les débuts de la révolution française ou toute notion de religion était bannie de l’espace commun, ni habit, ni fête ni lieux qui ne soient conformes à la République.

Ayatollah de la laïcité ? Non, simplement une citoyenne lassée et énervée par ces conflits sans fin, ces discussions qui n’en sont pas, ces décisions qui ne décident rien, ces Lois qui ne résolvent rien. Donc au nom de ma liberté et de celle de la majorité du pacte social, j’affirme donc haut et fort, que vous n’avez pas le droit individuel et laïc de porter voile, kippa ou croix.

 

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