HOMMAGE À OXANA SHACHKO

Cette activiste artiste féministe, membre fondatrice des Femens s’est suicidée il y  a quelques jours de cet été 2018. Voici une nouvelle qui est passée quasiment inaperçue sauf dans un tout petit milieu d’avertis. Le tour de France, la canicule, la bronzette à la plage et, bien sûr, ce fameux Benalla (encore un coup des arabes qui font tout pour que le féminisme et les femmes soient marginalisées !) ont éclipsé tout focus sur cette étoile filante du militantisme en faveur des droits des femmes.

Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, cette femme mérite que l’on revienne sur son parcours. Etudiante en art des icônes religieuses en Ukraine, elle prend conscience de l’inégalité des droits des femmes dans son pays et dans le monde et décide de s’engager sur ce sujet. Au-delà de sa réflexion première, elle, et quelques autres, reviennent vers une pensée féministe basée sur la libération du corps et de la sexualité de la femme. L’idée est relativement simple, à partir du moment où le corps de la femme ne sera plus un tabou et qu’elle pourra revendiquer et assumer sa sexualité librement comme le font les hommes, la femme sera à égalité avec les mâles. Et afin de faire passer ce message et être sûr qu’il sera relayé par les médias toujours friands d’extraordinaire et d’images choquant le peuple bien-pensant, elles ont trouvé l’idée d’actions coup de poing dans lesquelles elles apparaissent torse nue (Ouh, cachez ce sein que je ne saurais voir !) badigeonnées de slogans. Elles ont effectivement choqué. Beaucoup ont trouvé leurs actions vulgaires, voire obscènes. Elles ont tenu bons. Elles ont été insultées, frappées, torturées, bannies, emprisonnées… et malgré tout elles ont tenu bon. Elles continuent. Ce sont des combattantes pour les droits des femmes. Certaines personnes se disant intellectuelles et se permettant de penser pour les autres les ont dénigré, ont trouvé leurs actions contre productives. Certains sont même tombés dans les théories du complot affirmant qu’elles sont subventionnées pour déstabiliser nos sociétés ou en organisant leur déclin.

Je dois avouer que pour ma part j’ai mis longtemps à comprendre la démarche des Femens. A admettre que l’on puisse exhiber une partie de son corps en pleine rue alors qu’une forme de pudeur, relayée par une fausse morale me poussaient à condamner ce type d’action.

Mais à force d’y réfléchir, j’en suis venue à deux évidences.

La première c’est que nous sommes dans un monde ultra violent pour les femmes qui subissent tant d’inégalités et dont les droits humains sont tant bafoués. Lorsque l’on reprend les violences sexuelles, physiques et économiques qu’elles subissent dans l’ensemble des pays. Quand on pense à l’état d’esclavage dans lequel certaines se retrouvent. Quand je vois qu’au nom du patriarcat, de la misogynie assumée et parfois sous couvert d’un Dieu (les hommes sont-ils si lâches pour se cacher derrière ?) on minimise, voile, enferme, refuse la scolarité, fait travailler des petites filles, les oblige à se marier sans leur consentement, voire les mutile par excision afin de leur refuser une sexualité, je me dis que la violence visuelle des Femens exhibant leur poitrine est bien soft pour les pauvres yeux de ces censeurs hurlant à l’indécence avant d’aller se soulager de leur excitation dans les bras d’une professionnelle.

 

La deuxième évidence m’a été dictée par l’impression de vacuité de tous les efforts réels ou feints de tous les intervenants de la cause féministe. Je dis feint car je constate que pour beaucoup la cause des femmes, les droits des femmes sont en fait un véritable business permettant de se faire un nom, de toucher des subventions ou de vendre des livres ou toute autre prestation se disant intellectuelle. Beaucoup surfent sur la vague de sympathie mais ne roule que pour eux ou elles. Aucun altruisme, aucun risque, tout pour leur gueule ! Et concernant celles et ceux qui ont un véritable engagement, lorsque je vois la lenteur des avancées, les freins et les résistances qui leur sont opposés par les pouvoirs publics, certains guides spirituels et les mentalités archaïques de la grande majorité de la populace, je me dis que ce n’est pas encore gagné et que ce n’est pas demain la veille que la Femme sera l’égale de ce petit homme.

 

Alors chapeau bas, sans voile, sans fanfare mais avec un cri du cœur proche à la fois de la colère et du désespoir : Merci OXANA ! Merci à toutes celles et ceux qui se battent pour que les femmes puissent être considérées comme des êtres humains à part entière. Quels que soient les formes de votre combat, je vous dis Bravo. #safibaraka

 

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