Récemment les blogueurs de Médiapart, Naïma Rajhi et Salah Guemrich ont parlé de la chef d'orchestre Zahia Ziouani d'origine algérienne et de la soprano Amel Brahim-Djelloul. A ce duo prestigieux il faut ajouter une cinéaste, Djamila Sahraoui, la réalisatrice et interprète de Yema, film algérien sorti mercredi dernier dans seulement 18 salles en France.
Djamila Sahraoui présente son film: « Yema, c’est la Mère en arabe algérien. Ici, la mère biologique et la mère patrie, l’Algérie. Cette mère-là a engendré un fils militaire et un fils islamiste. Deux fils maudits qui se battent pour le pouvoir, pour l’amour de la même mère, pour l’amour de la même femme, une femme qui à son tour engendre un enfant dont on ne sait lequel des deux frères est le père. »
Le critique du « Monde »précise : « Cette lutte fratricide se superpose à celle d'un pays qui fut livré à la guerre civile pendant la "décennie noire", opposant à partir des années 1990 les militaires algériens aux groupes islamistes... »
Dans ces deux citations vous pouvez supprimer l'adjectif « islamiste » tant la référence à l'Islam est discrète et ne sert qu 'à situer dans le temps une tragédie antique et méditerranéenne. Les Atrides c'est bien avant l'Hégire...Et Djamila Sahraoui nous dit à propos du lieu : « C’est un pays méditerranéen, l’Algérie. Mais aussi la Grèce, berceau des tragédies antiques que je lis et relis depuis mon enfance. Terres de beauté époustouflante données aux hommes par des dieux magnanimes et généreux. Mais, craignant que les hommes s’ennuient de toute cette beauté, les mêmes dieux leur ont donné les familles. »
Si vous allez voir ce film vous ne verrez pas du « cinéma » mais du théâtre antique filmé, au sens le plus noble. Principalement 3 acteurs, un bébé, et le décor en extérieur, mais décor quand même tant la recherche du réalisme est ici inutile. La terre, les cailloux, les collines dignes de Giono,les oliviers, une maison, une tombe, des plans de tomates à croissance miraculeuse, une arme à feu parlent plus que les personnages...
Deux personnage morts, le fils militaire et sa femme dont les prénoms seront les seuls prononcés, Tarek et Malia. Quatre personnages vivants. La mère. L'autre fils, l'islamiste. Le jeune gardien, le moujahid manchot, celui-ci fera des miracles à l'aide de sa main et de son moignon. Et le bébé à qui sa grand-mère donne le prénom de Tarek...
Et au pays qui fut celui de Saint Augustin le fils islamiste reproche à la mère ses pratiques qu'il juge être celles de chrétiens et détruit le semblant d'autel érigé à côté de la tombe sur lequel elle a mis des bougies et le portrait du défunt. Alors que le conquérant arabe, lui, n'a pas détruit ce vestige de l'antique Numidie, qu'il a appelé, par erreur, Kbour-er-Roumia, le tombeau de la Chrétienne...
Comme les civilisations les religions, ici ou là, sont mortelles, la Tragédie est éternelle.