Le despote éclairé

 

 

Cédant à l'ambiance de l'époque,  à savoir l'idée que les partis politiques et le régime parlementaire étaient les responsables de la défaite, le général de Gaulle a fondé son discours, plutôt que son action, sur la condamnation du régime des partis. En tant que démocrate, moyennement convaincu, pendant l'occupation, avec l'action de Jean Moulin, il a aidé les partis à se refaire une virginité après que la majorité des députés issus de leurs rangs, ait voté les pleins pouvoirs à Pétain. A la Libération, compte tenu de l'influence considérable du parti de l'étranger qu'était le PCF, il a sans doute cru que les partis multiples n'auraient d'autre choix que de se rallier à sa personne, c'est dire à un chef de l'état, chef de l'exécutif, au dessus des partis.  Il a fallu qu'il attende 1958 pour que soit avérée la faiblesse des partis de la IVeme République, qui sans doute, avaient amorcé les trente glorieuses, mais avaient été impuissants face à la décolonisation malgré Mendès et Defferre. L'esquisse contenue dans le 2eme discours de Bayeux en 1946 devenait réalité à cela près que, dans la logique du système, l'existence d'un parti hégémonique du président s'est avérée indispensable. Le général l'avait sans doute pressenti dès la création du RPF en 1947, puis en 1958 avec la création de l'UNR devenue UDR en 1968. Ce parti puissant et centralisé, renouvelé par Jacques Chirac et devenu RPR, n'a fait qu'une bouchée de la confédération des centres qu'a été l'UDF de Giscard. A partir de là, si de Gaulle a bien précédé l'UNR, le parti hégémonique est devenu indispensable pour être élu ou réélu. Giscard, Barre, Balladur, Bayrou en ont fait les frais. A gauche Mitterrand et maintenant Hollande, furent les bénéficiaires de ce système institutionnel.

 Adieu donc, les rêves d'un président au dessus des partis avec éventuellement des majorités parlementaires de rechange au gré des lois proposées au Parlement. Vivent les partis uniques, celui de droite et celui de gauche. Les autres partis, sans doute nécessaires pour donner l'illusion d'une plus grand démocratie, deviennent des satellites des  deux partis hégémoniques dans leur camp. Pour avoir des chances d'être élu le candidat  doit donc s'imposer dans son parti, composer avec lui,  et une fois sacré par le suffrage universel, renversement de situation, il devient, pour 5 ans, le despote de ce parti et de ses alliés, et le despote de la France.

 L'implacable logique de la Veme République, celle des partis uniques, vient donc de frapper une nouvelle fois, reste à savoir si François Hollande sera un despote éclairé et ….aura l'envie de briser cette logique infernale du coup d'état permanent que François Mitterrand a tenté, timidement, de modifier en instaurant un peu de scrutin proportionnel pour atténuer la défaite annoncée des législatives de 1986. Idée qu'il n'a pas reprise après 1988.

 (à suivre)

 

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