Demain Jérôme Cahuzac sera auditionné par la commission parlementaire enquêtant sur d'éventuels dysfonctionnements des services de l'Etat.Les travaux ont avancé et ouf, la DGFIP s'en est bien tirée! Toute la hiérarchie est passée devant M. et Mmes de Courson, Claeys et consorts. Du caporal, pardon du simple contrôleur de la BII de Bordeaux au directeur général, tout le monde a défilé, impeccable comme au 14 Juillet. Et pas un faux pli aux pantalons. M. Bézard peut être fier de ses troupes, on ne lui fera pas porter le chapeau.
Certains ont voulu voir un complot dans l'attitude de cette grosse administration prévenue depuis 2001 de l'existence du compte en Suisse de Jérôme Cahuzac. Et bien non, théoriciens du complot, au sortir des auditions sous serment, je jure, moi, qu'ils sont tous « innocents », purs, crédules, inoffensifs,irresponsables selon les différentes acceptions du dictionnaire.
Cette administration aux effectifs énormes, merveille d'organisation n'a pas les moyens légaux de fonctionner. Dans l'océan de la fraude on pêche à la ligne au lieu de pêcher au filet pour gros poissons.
L'audition du contrôleur de la BII de Bordeaux a montré que, vers 2001, l'aviseur local de Villeneuve sur Lot se faisait des illusions sur les moyens d'investigation de cette antenne bordelaise de la Direction Nationale des Enquêtes Fiscales. Il pensait sans doute s'en tirer sans se mouiller ? Quant aux agents du service de recherches, ils n'avaient ni les moyens de le faire témoigner, ni de le protéger, et probablement pas l'espoir de trouver un appui dans la hiérarchie...au point de ne rien dire au chef. Et quand bien même l'aurait-il présenté au chef celui-ci aurait-il eu le courage de se confronter au député alors peu connu, certes, du Lot-et-Garonne mais qui avait, quand même, déjà obtenu l'abandon des redressements parfaitement justifiés et notifiés à France Prune par Rémy Garnier ?
En 2007-08 un agent d'un autre service de recherche moins prestigieux, la BEP de la DIRCOFI Sud-Ouest, service provincial s'il en est, remet l'affaire sur le tapis. Oui mais ce mec est suspect il s'appelle Rémy Garnier et son tort a été, autrefois, de ne pas avoir été loyal envers sa hiérarchie en affirmant qu'elle avait dans son dos abandonné des redressements, cf. paragraphe précédent. Le fonctionnaire ne doit que la vérité officielle à la République, je crois que cela se dit la pravda en russe. Et comme dit Guy Béart, il a été ré-exécuté. On ne compte plus les mesures disciplinaires qui l'ont frappé.
Fin 2012, les choses se gâtent, certaines personnes ont une dent contre Jérôme, cette fois-ci grand-gourou des Finances Publiques. Les auditions sous serment là encore sont claires, et je ne pense pas, qu'ils mentent, les responsables de la DGFIP mettent en place la muraille de Chine. Dans leur for intérieur ils savaient qu'il s'agissait d'une ligne Maginot. Donc procédure entamée, question posée à Cahuzac, les yeux dans les yeux, « avez-vous un compte en Suisse, ». Ils savaient très bien que l'autre n'allait pas dire oui. Puis suite classique, question gentille au fisc suisse dont on sait qu'il lui faut des sommations plus convaincantes pour répondre sans mentir. Pas besoin d'échafauder une théorie du complot, pour la DGFIP l'important est de sauvegarder les apparences et de faire croire qu'elle a les moyens de faire parler !
En conclusion, si j'étais membre de la Commission parlementaire, je dirais que la DGFIP n'a pas dysfonctionné, elle a agi avec les moyens du bord, dans la logique du plus fort. La discipline faisant la force de cette armée d'opérette.
Rappelons qu'elle seule peut être à l'initiative des poursuites pénales. "Il est paradoxal de créer un procureur financier avec une compétence en matière de fraude fiscale, s'il ne doit être que le petit télégraphiste du ministre du budget. " nous a dit, récemment, dans son blog Eric Alt.
Etonnant, non?