Occupation, dépossession, apartheid: le plan de Trump pour la Palestine

Rien n’est plus loin d’un effort de paix que le plan qu’Israël et l’administration Trump ont concocté pour la Palestine. Les administrations américaines avaient bien été, toutes, pro-israéliennes, et elles avaient tout mis en œuvre pour contourner le droit international. Mais elles n’avaient jamais officiellement défié le droit international, et continuaient à considérer que la Cisjordanie et Gaza étaient des territoires occupés.

Rien n’est plus loin d’un effort de paix que le plan qu’Israël et l’administration Trump ont concocté pour la Palestine. Les administrations américaines précédentes avaient bien été, toutes, pro-israéliennes, et elles avaient tout mis en œuvre pour contourner le droit international et éviter sa mise en application. Mais les administrations américaines précédentes n’avaient jamais officiellement défié le droit international, et continuaient à considérer, du point de vue formel, que la Cisjordanie et Gaza étaient des territoires occupés. L’appui à Israël consistait à faire pression sur l’Autorité palestinienne, en l’achetant au besoin, pour que les Palestiniens eux-mêmes signent l’abandon de leurs droits, permettant ainsi de contourner le droit international.

La présente administration américaine a franchi un pas de plus avec la transplantation de son ambassade à Jérusalem et avec la reconnaissance de la ville annexée comme capitale unifiée d’Israël. Le plan israélo-américain viole ouvertement les principes de droit international et constituerait, s’il était mis en œuvre, un dangereux précédent. Présenté comme « l’affaire du siècle », ce plan institue l’occupation de la Cisjordanie, la dépossession des Palestiniens, et la mise en place d’un système d’apartheid en vertu duquel des lois différentes s’appliquent à des sujets vivant sur un même territoire, en fonction essentiellement de leur identité religieuse.

En effet, ce plan vise à légaliser la série de faits accomplis que les accords d’Oslo avaient autorisés. Rappelons que les accords de Wye River de 1995, dits d’Oslo II, divisaient la Cisjordanie en trois zones. Les frontières des zones A et B cernaient étroitement les agglomérations palestiniennes ; les affaires internes et municipales de ces agglomérations avaient été mises sous contrôle partiel palestinien pour la zone A et sous contrôle mixte pour la zone B. La zone C était exclusivement sous contrôle israélien et elle incluait tout le reste de la Cisjordanie, dont les colonies de peuplement et la vallée du Jourdain. Cette division avait été présentée comme temporaire. C’était, supposément, une façon graduelle de redonner le contrôle de la Cisjordanie à l’Autorité palestinienne, en vue d’un règlement final qui devait arriver dans un délai de cinq ans. La zone A était la première étape, les autres suivraient à mesure que la confiance aurait été reconstruite entre les deux parties.

Or les accords d’Oslo se sont avérés être un leurre. Dans les années qui ont suivi leur signature, Israël a intensifié la colonisation et la dépossession des Palestiniens de leurs terres. Israël a étendu les colonies existantes, en a créé de nouvelles, a détruit des milliers de maisons palestiniennes, et a complètement étouffé l’économie palestinienne. Ces exactions ont été rigoureusement documentées par l’organisme israélien B’Tselem. Mais ces faits accomplis sur le terrain étaient considérés illégaux, y compris par le Canada et par les diverses administrations américaines, même si dans les faits, les politiques israéliennes d’occupation étaient fortement appuyées  par le Canada et les États-unis. Les protestations des Palestiniens étaient considérées comme étant « contre-productives », puisqu’il y avait, supposément, un processus de paix qu’il ne fallait pas perturber. Ainsi, le Canada avait honteusement manœuvré, en coordination avec Israël et les États-Unis, pour empêcher que les Hautes Parties Contractantes de la 4eConvention de Genève de 1949 ne se réunissent en 1999 pour examiner les demandes palestiniennes. L’excuse : ceci nuirait aux « efforts de paix » en cours depuis les Accords d’Oslo.

Le plan développé par l’administration Trump en étroite collaboration avec Israël permettrait de légaliser la main-basse faite par Israël sur de grands pans de la Cisjordanie, consolidant ainsi l’occupation et dépossédant les Palestiniens, de façon définitive, d’une partie importante de leur patrimoine. Ce plan prévoit aussi qu’Israël occuperait légalement l’ensemble de Jérusalem, dont les frontières municipales avaient été repoussées pour inclure 71 km2 additionnels, pris en Cisjordanie. Il donnerait aussi à Israël la vallée du Jourdain ainsi que la grandes majorité des colonies établies en Cisjordanie, dont les frontières municipales sont beaucoup plus larges que l’espace occupé. Ainsi, l’occupation de ces territoires deviendrait permanente, dépossédant les Palestiniens d’une partie importante des 22 % de leur territoire qui leur reste.

De plus, le régime d’apartheid actuellement en cours serait consolidé et rendu permanent. En vertu de ce régime, les individus qui vivent en Cisjordanie sont sujets à deux types de lois différentes, selon qu’ils sont juifs ou pas. Pour les Palestiniens, par exemple, il y a d’énormes restrictions sur leurs déplacements, même entre des portions non contiguës du territoire qui leur serait allouées. Un examen, même sommaire, de la carte proposée par Israël et Trump montre la similarité avec le système de Bantoustans créé en Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid.

Il reste à espérer que le Canada, dont la politique envers la Palestine est déjà peu glorieuse, ne tombera pas encore plus bas en appuyant le plan scélérat de Trump.

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