Algérie: le fleuve retrouvé?

Quand le peuple se réveille, quand le peuple se soulève et rappelle sa grandeur, il irrigue à nouveau de son ancestrale fierté nos cœurs trop longtemps meurtris. La force de cette salutaire et pacifique vague fait du plus redoutable tsunami une béate caresse… Notre peuple retrouve sa dignité spoliée, et nos valeureux martyrs un surcroît de félicité.

Quand le peuple se réveille, quand le peuple se soulève et rappelle sa grandeur, il irrigue à nouveau de son ancestrale fierté nos cœurs trop longtemps meurtris. 

La force de cette salutaire et pacifique vague fait du plus redoutable tsunami une béate caresse…

Notre peuple retrouve sa dignité spoliée, et nos valeureux martyrs  un surcroît de félicité.

Le peuple algérien a résolument décidé de reprendre son destin en main.
Les manifestations qui ont vu des millions de citoyennes et de citoyens, toutes générations et catégories socio-professionnelles confondues, défiler sur les places et les rues des villes algériennes du Nord au Sud et d’Est en Ouest depuis le 22 février 2019 ont marqué l’ouverture d’une ère nouvelle pour notre pays. Il y aura désormais un avant et un après février 2019. L’inédit dans cette explosion populaire responsable, mesurée, pacifique, festive, voire joyeuse, est que le peuple algérien désormais ne sera plus objet mais sujet : il prend à nouveau conscience que ce qui lui a été confisqué depuis 1962, à savoir son destin, son espoir, ses rêves consécutifs à ses sacrifices, l’émergence de son pays parmi les nations développées, estimées et reconnues, il va derechef les reprendre à son compte.

Cette leçon de pacifisme et d’exemplaire tenue donnée au monde est source de fierté. Elle force le respect et l’admiration. A l’heure des ruses, du ressac des divers opportunismes et velléités de détourner cette force fluviale de son cours, la vigilance et sa consubstantielle  lucidité se doivent de lui emboiter le pas pour maintenir vive cette belle flamme et lui éviter les pièges qui lui seront immanquablement tendus : encore des promesses des uns, la tentation de la table rase des autres… Leurs perversités polymorphes sont à l’image de leur insatiable voracité ! Restons vigilants et lucides ! Froids dans notre incontournable et indispensable analyse ! Refusons tout à la fois les propositions de ce système et de cette pieuvre marionnettiste qui veut se maintenir par tous les moyens. Refusons tout aussi fermement la politique de la table rase que les obscurantistes et les forces occultes appellent de leurs vœux car propice à leurs machiavéliques visées !

Il ne s’agit nullement ici de nier des réalisations qui furent positives de 1962 à nos jours. Pour la bonne et simple raison que le pays n’a pas été gouverné exclusivement par des despotes et des autocrates. Les gouvernements successifs des décennies précédentes ont comporté en leur sein d’authentiques militants qui ont œuvré avec compétence, probité et un engagement au seul service de l’Algérie et de son peuple. Et non en faveur d’un quelconque système !

Des Mazouzi, des Lacheraf, des Benyahia, des Belkaïd, des Aït-Messaoudène ou des Abdelmoumène et tant d’autres qui ont exercé des fonctions ministérielles et à d’autres niveaux de responsabilité avec dévouement et abnégation pour le pays et le peuple algérien…

On a observé depuis des millénaires que des politiques ont toujours appartenu à l’une de ces deux catégories : ceux qui œuvrent  pour servir (la noble politique= assiyyâsa) et ceux qui agissent pour se servir (petite politique= lboulitîk). Les premiers n’auraient jamais fait main basse sur ce qui appartient à la collectivité. Nacer, le fils du regretté Président Boudiaf était sur le point de prendre pour ses propres convenances un véhicule du parc de la Présidence quand son père, furieux, le convoqua pour lui signifier que les véhicules de l’Etat n’appartiennent d’aucune façon au président en exercice mais au peuple algérien.  Nelson Mandela ne prenait pas les cadeaux qu’il recevait : il les envoyait systématiquement aux musées nationaux en disant : « ce n’est pas Mandiba qui se voit offrir des cadeaux mais celui qui représente notre nation ». A contrario, la politique pour se servir a appâté de nombreux requins qui ont servi leurs  carrières  en protégeant leurs  fauteuils, leurs coteries, leurs familles et toute la clientèle qui contribue au maintien d’un système. Lorsque Machiavel écrit le Prince, il prit comme modèle le fils du Pape Borgia connu pour  son égo, sa perversité, sa ruse, son immoralité et son ambition.

 La gestion du pays depuis 1999 n’a pas dérogé au pli qui fut pris dès 1962 lorsque le pouvoir fut usurpé par le groupe d’Oujda sous la férule musclée de Boumediene et le populisme de Ben Bella. Ce mauvais pli  a été dramatiquement aggravé après la mort de Boumédiène pour donner naissance aux fléaux que nous connaissons et qui ont atteint des summums : corruption à ciel ouvert, clanisme, népotisme, injustice, passe-droit…

Le GPRA qui fut dépossédé brutalement de la légitimité que lui conférait un peuple en lutte pour recouvrer son indépendance et sa dignité a été marginalisé et réduit au silence. La question a été posée à son président en ce terme : « Si Benkhedda, pourquoi avez-vous laissé des ambitieux prendre en main le pays ? Vous avez avec vous des wilayates et la fédération de France du FLN ». La réponse fut claire : « Il y avait encore en juillet 62 trois cent cinquante mille soldats français sur notre territoire. On venait de signer les accords d’Evian par lesquels nous prenions aussi des engagements. Si on avait ouvert le conflit avec Ben Bella et ses troupes, comment aurait réagi la France ? Si elle avait repris le contrôle de la situation, je ne suis même pas sûr qu’on aurait pu, quant à nous, reprendre le combat contre la colonisation ». C’est dire que le souci du GPRA n’était pas le pouvoir mais le devoir de conserver l’indépendance si chèrement payée. Il ne s’agissait plus de garantir des postes de ministres mais de sauver l’Algérie.

L’emploi de la ruse date de l’été 1962 : Les promesses vides, les scrutins truqués, les statistiques sur mesure, le recours aux proches assurant le cercle de protection, le maillage des administrations par un corps de police politique épiant les faits et gestes de tous etc…Et pourtant des femmes et des hommes intègres par milliers ont travaillé dans ces administrations et ont fait fonctionner l’Etat. Même dans le parti unique, il y eut des militants sincères et patriotes qui n’ont jamais pris le moindre centime au pays.

Aujourd’hui également, de nombreux responsables placés à des postes techniques où leurs compétences ont servi à l’Algérie déploient des efforts soutenus pour assurer la fourniture de l’énergie aux citoyens, à l’économie, aux  services.  L’extension du réseau avec l’électrification rurale a porté la lumière et la force motrice aux villages les plus reculés du pays. L’adduction d’eau et les réalisations hydrauliques ont amélioré le niveau de vie du citoyen. Le système éducatif a enfin fait l’objet d’une analyse exhaustive sous la direction d’une ministre spécialiste de l’école et des mesures sont prises pour enrichir et relever le niveau de l’enseignement avec des programmes modernisés. Quoi qu’en disent ses détracteurs aveuglés par leur moyenâgeuse misogynie quand ils ne sont pas instrumentalisés par ceux qui veulent prendre  le train en marche alors qu’ils furent les complices objectifs et l’enfant  de ce système honni ! C’est cette même haine qui accompagna nos ministres femmes les plus méritantes ! Ces requins sont là pour tromper notre magnifique jeunesse et ce non moins magnifique soulèvement. Ces forces obscurantistes étaient déjà là à lacérer l’un des meilleurs fils de notre fière Algérie : Mostéfa Lacheraf. Ces hyènes sont là pour remplacer un système par un autre…Et de la même hideuse espèce !

Malgré les vilénies, malgré la corruption et le népotisme l’Algérie a tenu bon car le peuple est resté fidèle à ses Martyrs et à leurs sacrifices. L’Algérie a tenu bon car des femmes et des hommes dont l’éthique et la technicité ont fait leurs  preuves travaillent d’arrache-pied même s’ils ne détiennent pas le pouvoir des ministres régaliens. Soyons vigilants et lucides et ne commettons pas l’erreur de jeter le bébé avec l’eau du bain ! En ces glorieuses heures de retrouvailles d’avec sa dignité, on ne peut pas se permettre l’ingratitude d’ignorer leur mérite qui est d’autant plus noble et grand qu’ils se dépensent sans compter en ayant accepté d’être perçu quelque part  comme des « coopérants», mais, conscients qu’ils ne le sont qu’au seul service de l’Algérie. Oui, l'Algérie a tenu bon et s’est redressée pour donner cette historique et magistrale claque à ce système et à cette clique qui n'a  absolument rien compris à la pudeur, à l'élégance et à la générosité de notre  peuple, car les hyènes sont dépourvues de ces nobles qualités!                                                               

              Rachid GUERBAS

              Musicologue, compositeur

             Dirigeant de l’Ensemble Albaycin

Fondateur de l’Ensemble National Algérien de Musique Andalousienne 

Et de l’Ensemble Maghrébin

Fondateur du Festivalgérie, le Festival International des Musiques Anciennes

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