PAYER POUR TRAVAILLER

En Gironde, les personnels itinérants de l’Inspection Académique (conseillers pédagogiques, enseignants des Réseaux d’Aide Spécialisées, personnes ressources en TICE, musique, sciences, …) ne décolèrent pas. Alors que l’Inspecteur d’Académie leur affecte chaque année un nombre de kilomètres défrayés correspondant à leurs missions, ils ont eu la surprise de constater que leur employeur n’était pas en mesure de leur verser la totalité de ces indemnités pour l’année 2009. Arguant de difficultés techniques (la mise en œuvre à la rentrée 2009 d’une nouvelle procédure et d’une nouvelle application informatique), l’IA s’est engagé à payer ces frais en janvier 2010, avant de constater qu’il était dans l’incapacité de le faire, l’enveloppe attribuée par le Ministère étant à ce jour inconnue. Le délai annoncé aujourd'hui est de 3 ou 4 mois.

Les enseignants s’interrogent : Comment en comptabilité publique peut-on reporter une ligne budgétaire d’une année sur l’autre ? Sachant que la RGPP frappe tous les secteurs publics, il est difficile d’imaginer que la ligne Frais de déplacements va pouvoir être doublée en 2010. Conséquence prévisible : l’enveloppe des frais 2010 sera très certainement revue à la baisse (on parle de 7 %), mais cela ne suffira sans doute pas. Il est à craindre que les crédits pédagogiques des écoles seront eux aussi amputés, et je ne parle pas des financements des quelques rares projets culturels qui subsistent.

Organisé en collectif, les conseillers pédagogiques girondins, à l’instar de leurs collègues landais, ont décidé de cesser tout déplacement dans les écoles tant que les sommes dûes par leur employeur ne seront pas versées. Dans le même temps, ils adressent à l’IA de la Gironde une lettre de réclamation qui sera suivie, en cas de non paiement, d’une saisine du tribunal administratif. Certains membres des RASED les ont déjà rejoints, un blog a été mis en ligne pour informer toutes les personnes intéressées. Des actions similaires voient le jour dans différents départements.

Bien sûr, cette action peut paraître anecdotique au regard des difficultés de beaucoup de nos concitoyens. Il n’est qu’un infime exemple du rouleau compresseur qui depuis deux ans détruit et démantèle les services publics. Les conseillers pédagogiques, en charge de la formation continue et de l’accompagnement à l’entrée dans le métier des professeurs des écoles débutants, n’auront plus les moyens de se déplacer d’école en école. Quand les nouvelles générations de professeurs, recrutés au niveau du master, arriveront dans les classes sans aucune formation pédagogique, qui les aidera à prendre ce métier difficile à bras le corps : des directeurs ou des enseignants submergés de tâches sans cesse accrues ? des inspecteurs tenus à un quota d’inspections quotidiennes ? Réponse entendue d’un inspecteur d’académie, aujourd’hui parti ailleurs : « de votre bureau, avec une webcam et un micro, l’informatique peut vous aider à former vos collègues ». (sic)

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