Election présidentielle à El Salvador : démocratie ou populisme.

Après la répression au Nicaragua par le régime de gauche sandiniste du président Daniel Ortega et les attaques contre la démocratie au Honduras par le président de droite Juan Orlando Hernández élu en 2017 à la suite d'une fraude massive, la fragile démocratie salvadorienne est à son tour menacée lors de l'élection présidentielle prévue le 3 février prochain.

 © Victor Eguizabal © Victor Eguizabal

Par Victor EGUIZABAL* 

De loin favori dans tous les sondages dans ce pays de 6,2 millions d'habitants, le candidat anti système à l'élection présidentielle du 3 février prochain, ancien maire de la capitale Nayib Bukele, a été victime d'une campagne virulente orchestrée par le parti de droite ARENA qui, distancé dans les sondages et avec la complicité passive du parti de gauche au pouvoir FMLN tente d'empêcher sa candidature par tous les moyens et en particulier par la manipulation des institutions.

À l'heure actuelle, le candidat Bukele, qui serait largement élu au premier tour d'après tous les sondages est encore gêné par les manœuvres des deux partis qui se sont partagé le pouvoir depuis les accords de paix qui ont mis fin à la guerre civile en 1992. Ces partis sont largement discrédités aux yeux de la population en révolte contre la corruption et le népotisme qui ont sévi dans le pays pendant les 25 ans où ils se sont partagé le pouvoir.

Le mouvement politique Nuevas Ideas, fondé par Nayib Bukele en octobre 2017 après son départ du FMLN est apparu très vite comme une alternative, à la surprise des politiciens professionnels et des médias traditionnels. Il s'est propagé comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux avec comme but de mettre fin au système bipartite corrompu qui a mené le pays à une situation catastrophique et comme idées de base la participation citoyenne démocratique, un mouvement horizontal fait par les citoyens eux-mêmes avec leurs revendications et leurs propositions. Les idées force étant la lutte contre la corruption et le renouvellement d'une classe politique discréditée par son immobilisme et son accaparation du pouvoir à son seul profit, gauche et droite confondues. En quelques mois le mouvement a compté des centaines de milliers de sympathisants actifs qui se mobilisent dans tout le pays et parmi la nombreuse diaspora aux USA, en Europe et ailleurs. Il s'agit d'une vague de fond en faveur de Nayib Bukele qui est perçu comme le seul espoir pour redresser le pays.

Cet appui populaire de la société civile, de personnes qui ne s'étaient jamais engagées dans la politique pour prendre en main les destinées du pays et l'arracher aux mains des politiciens corrompus de droite comme de gauche dans un mouvement basé sur la mise en place d'une démocratie participative et sur une nouvelle façon de faire de la politique est un phénomène nouveau et unique en Amérique Centrale.

Le mouvement participe de l'évolution globale de la politique dans le monde et constitue un cas d'avant garde dans la région. Nayib Bukele a 38 ans et fait partie de la nouvelle génération d'hommes politiques pragmatique et réaliste. On l'accuse entre autres de populisme alors qu'il propose des projets réalisables dans un pays redevenu vertueux, débarrassé de la corruption.

D'après tous les sondages Bukele mène largement devant le candidat de la droite Carlos Calleja et devrait être élu dès le premier tour mais le parti ARENA a donné tous les indices qu'il va tout faire pour l'en empêcher. La situation explosive que vit le Salvador en ce moment laisse présager que si l'on bafoue les aspirations démocratiques du peuple et on l'empêche d'exprimer librement son choix en empêchant par des subterfuges frauduleux l'élection de Nayib Bukele , il risque de descendre dans la rue et le pays risque de retomber dans la violence au prix d'une paix chèrement acquise après une sanglante guerre civile qui a fait 70 000 victimes entre 1980 et 1992. Le peuple n'admettra pas une fraude déguisée.

Nayib Bukele à déjà saisi l'OEA et l'ONU pour les prévenir du risque encouru mais il est important que la presse internationale rende compte de la situation en alertant l'opinion publique et par son influence, tente d'éviter le pire. Car la situation des salvadoriens après dix ans de gouvernement FMLN est devenue insoutenable pour eux et la population dit en avoir vraiment assez.

Corruption, endettement, insécurité et rackets due aux gangs criminels (maras), chômage, services publics inexistants ou déficients, pollution, pauvreté : la vie est devenue insupportable pour une large part de la population et seuls les envois de devises des 3,5 millions de salvadoriens émigrés viennent soulager la souffrance du peuple.

Nous publierons une contribution en deux parties qui tente de rendre compte du phénomène Nuevas Ideas/ Nayib Bukele et du déroulement des événements politiques à El Salvador ces derniers mois à la lumière de l'élection présidentielle du 3 février 2019.

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*Architecte - Président de l'association de salvadoriens et amis d'El Salvador en France - ASAES

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