Derniers de cordée

Emplois aidés, ces "derniers de cordée" que l'Etat lâche dans le vide. Vendredi 20 octobre 2017, veille des vacances d’automne, la nouvelle tombe : Rachid et Caroline, nos deux collègues emplois aidés qui travaillent au lycée depuis 4 ans, ne seront plus parmi nous à la rentrée de novembre. Leurs contrats ne seront pas renouvelés.

 © Yasmine Cherkaoui © Yasmine Cherkaoui
Vendredi 20 octobre 2017, veille des vacances d’automne, la nouvelle tombe : Rachid et Caroline, nos deux collègues emplois aidés qui travaillent au lycée depuis 4 ans, ne seront plus parmi nous à la rentrée de novembre. Leurs contrats ne seront pas renouvelés. C’est le Ministère qui l’a ordonné au Rectorat qui l’a ordonné au Proviseur. Celui ci est mal à l’aise dans le rôle du patron qui débauche. C’est à contre cœur qu’il se sépare de deux membres précieux de son équipe auxquels il n’a justement rien à reprocher. Ca n’a rien de personnel, il apprécie leur travail, mais la consigne est nationale. Suppression des emplois aidés.

D’ailleurs il reste deux autres personnes dont il a heureusement pu renouveler les contrats avant que ne tombe le décret du gouvernement. Mais c’est juste une question de mois avant qu’elles aussi ne soient remerciées.

A cause de cette mesure, 4 hommes et femmes vont se retrouver du jour au lendemain au chômage, sans accompagnement, et c’est l’ensemble de la communauté éducative qui va devoir se passer de ces précieux-ses collègues dont les diverses missions contribuent à l’encadrement des élèves et  des étudiants de cet établissement parisien, mille feuille complexe qui accueille des publics très divers : des élèves de séries générales et technologiques aux étudiant-e-s en classes préparatoires, en passant par les BTS, les mineurs étrangers en classe d’accueil, les bac pro, les apprenti-es du CFA, les étudiant-es en licence pro.

Caroline travaille au secrétariat, elle s’occupe des dossiers des élèves. Rachid s’occupe de l’accueil de tout ce monde. Tous les élèves et les étudiants les connaissent. Surtout Rachid, qu’ils saluent presque tous les jours à l’entrée de l’établissement.

Ils sont interloqués. Ne comprennent pas pourquoi on renvoie des gens dont on a besoin et qui font bien leur travail. Des mots d’ordre de blocus circulent déjà pour la rentrée.

Un pot de départ est organisé en urgence, champagne, petits fours et discours improvisé du « patron »… Mais le cœur n’y est pas. Tout le monde est consterné. Et c’est dans une atmosphère de larmes et de colère que le pot d’adieu se transforme en AG, les mots d’ordre de grève se substituant aux formules protocolaires.

La mobilisation s’organise spontanément dans un grand désordre solidaire. Banderole, courriers au Rectorat, tract, communiqué de presse sont confectionnés dans l’après-midi en salle des profs.

C’est du « perdant-perdant » lâche quelqu'un, pour résumer la situation. Nos collègues perdent brutalement leur emploi. Nous perdons nos collègues et le service public d'éducation y perd ses moyens.

Rendez-vous est pris dès la rentrée du lundi 6 novembre, pour décider des suites à donner aux actions entreprises. Les élèves et les parents s’associent à la mobilisation et seront présent-e-s via leurs représentant-e-s à l’assemblée générale prévue à midi.

Lycée Dorian, Paris 75011

 

 

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