La journée du 13 juin 1849

Insurrection d'une "minorité factieuse" pour renverser la République ou, au contraire, soulèvement contre les violations de la Constitution par le gouvernement ? La journée du 13 juin 1849 est en tout cas la dernière pendant laquelle la gauche peut agir sous la IIe République, avant le coup d'État de 1851.

C'est l'affaire romaine qui fournit aux députés de la Montagne le motif pour agir. En avril 1849, Louis-Napoléon Bonaparte a envoyé à Rome l'armée du général Oudinot, soi disant pour la protéger contre toute offensive autrichienne. En réalité, le président qui a changé d'avis leur confie la mission de rétablir dans son pouvoir temporel le Pape Pie IX. Pour la gauche, il y a là une violation de la Constitution : l'article 5 affirme que la République française "n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple" et l'article 54 que le président "ne peut entreprendre aucune guerre sans le consentement de l'Assemblée nationale." Le 11 juin, le député Ledru-Rollin lance à l'Assemblée nationale un appel à la résistance. En vain...


Le 13 juin, peu avant midi, des attroupements de républicains se forment dans Paris, autour du Château d'Eau. À 13 h, un cortège s'élance vers l'Assemblée nationale aux cris de "Vive la Constitution ! Vive la République romaine !" Repoussé par la troupe, il se réfugie au Conservatoire national des arts et métiers, dont le directeur, Claude Servais Pouillet, soucieux d'épargner ses collections, met à leur disposition une salle de réunion. Les insurgés s'apprêtent à tenir un siège, mais, vers 16 h, l'apparition de la troupe, qui tire les premiers coups de feu, pousse tout le monde à s'enfuir. On compte quand même plusieurs dizaines de morts. Et on fait 1 500 prisonniers, qui seront jugés devant la Haute cour de justice 4 mois plus tard.

En illustration, une gravure extraite du livre de Victor Duruy, "Histoire populaire contemporaine de la France" (1865). Elle représente le moment où les élus de la Montagne se réfugient au CNAM. En illustration, une gravure extraite du livre de Victor Duruy, "Histoire populaire contemporaine de la France" (1865). Elle représente le moment où les élus de la Montagne se réfugient au CNAM.

Le gouvernement en profite pour faire passer des lois portant atteinte aux libertés de presse et de réunion des socialistes.

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