Réouverture des écoles : Le chemin de la peur

Au soir venu... applaudissons aussi celles et ceux qui gardent nos enfants.

Ils gardent nos enfants et ils ont peur, non d'une peur d'aujourd'hui mais, surtout, de celle d'hier... Ils ont peur car ils sont sous pression d'une institution qu'ils représentent, qui, souvent, les ignore. Aujourd'hui, ils peuvent, sans doute, s'exprimer car ils vivent la mort. La mort de leurs proches, la mort des êtres d'ailleurs... Ils s'expriment car la vérité du monde s’immisce dans leur vie quotidienne. Ils voudraient poursuivre, bon an mal an, ce chemin d'une vie tracée, rectiligne, cela rassure... Ils voudraient revenir, devant les élèves, avec une expression rieuse, un rictus ou autres dédains... Ils voudraient être devant cet élève qui vient de passer plusieurs semaines à se battre, le cœur en lambeaux, contre des injustices qui taraudent l'enfance ou l'adolescence, âge ingrat, diraient certains, mais âge de sagesse, à sa juste valeur... Ils ont un cœur... Ils voudraient retrouver cet élève qui, pendant le confinement, s'est vu exclure d'un lieu social qui le protège (l'école), de ce sourire ou de cette colère qu'on lance au passage ; cet élève qu'on considère, même si l'on râle contre lui. Ces gens-là, mesdames et messieurs, appréciés ou pas, ils aiment leur travail. Cependant, livrés à eux-mêmes, ils se posent des questions... La mort dans l'âme...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.