DJ Arafat, tout un symbole !

DJ Arafat, symbole dans sa vie comme dans sa mort, d'une jeunesse Africaine, à la fois talentueuse et pleine d'énergie mais également en perte de repère et complètement désoeuvrée.

DJ Arafat © Issouf Sanogo DJ Arafat © Issouf Sanogo
Dj Arafat, de son vrai nom Ange Didier Houon, a été dans la vie comme dans la mort tout un symbole.

Symbole de la jeunesse ivoirienne et plus généralement de la jeunesse africaine, à la fois dans ses excès et dans son anticonformisme mais aussi dans son talent et dans son énergie. Cette énergie qu’il transmettait au travers de sa musique.

 Roi du coupé décalé, Président de la « Chine » comme il se faisait appeler, sa vie, son parcours, et sa musique ont inspiré toute une jeunesse Africaine.

Ce jeune homme n’a jamais laissé personne indifférent, sa présence, son aura illuminait tous ceux qui l’ont rencontré.

Plus que sa musique, c’est sa personnalité qui séduisait. Cette confiance et cette impertinence presque puérile qui témoignaient de son authenticité et de sa congruence. En effet, il disait ce qu’il pense et se comportait conformément à sa philosophie, sans compromis et toujours en vérité.

Dans une époque où le mensonge est roi, les politiques et les leaders son faux, il incarnait probablement pour cette jeunesse le héros moderne.

Sa musique, un mélange de rythmes tribaux, de percussions, d’obscénités et de chaos, entrait en résonance avec cette jeunesse désœuvrée et sans espoir.

Mais lui, issu de la rue tout comme eux, avait su tirer son épingle du jeu. Il représentait donc leur « espoir », leur « modèle », leur « leader » ...

Alors, pour cette jeunesse, sa mort n’est pas juste une tragédie mais c’est un véritable Armageddon, car elle se retrouve aujourd’hui plus que jamais abandonnée, désespérée, livrée à elle-même.

Le spectacle ahurissant et choquant de la profanation de son tombeau, témoigne de l’incrédulité et du profond désarroi dans lesquels sont désormais plongés ces jeunes.

 Ce double drame, met en évidence, le rôle catalytique qu’a joué le coupé décalé et tous ses apôtres dans le maintien d’une forme de paix sociale en Afrique durant ses 15 dernières années et l’immense challenge qui se dresse désormais devant les pouvoirs publics face à cette jeunesse désespérée.

Il nous interpelle sur la responsabilité individuelle et collective que nous avons vis à vis de ces jeunes, afin que le pire n’advienne à nouveau.

 

À ceux-là qui se précipitent dans les jugements, il conviendrait de se rappeler que la même incrédulité avait déjà été observé à la mort du rappeur Tupac, symbole de toute une jeunesse noir Américaine, et plus récemment de Michael Jackson. Et n'eut été la prévoyance et la clairvoyance des autorités publiques américaines, un tel scénario eut été possible.

 Il n’est donc pas question ici de pointer tel peuple ou telle responsabilité mais de recevoir ces événements avec les enseignements qu’ils distillent. Et d’espérer que le leadership que DJ Arafat a su incarner dans la musique aura permis de libérer et décomplexer d’autres jeunes, qui pourront à leur tour exercer ce leadership dans d’autres domaines pour un impact encore plus positif pour le continent.

 

Que son âme repose en paix.

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