Affaire Polanski : Entre Intolérance, Hypocrisie et disgrâce

L’affaire Polanski c’est l’histoire d’un homme talentueux qui a commis une faute grave il y a 43 ans de cela, et dont la vie est désormais une perpétuelle fuite en avant. L’ancien bourreau est devenu aujourd'hui une victime ; victime d’une chasse aux sorciers sous le couvert de la bonne conscience édifiante.

Polanski à Cannes 2013 Polanski à Cannes 2013
L’affaire Polanski c’est l’histoire d’un homme talentueux qui a commis une faute grave il y a 43 ans de cela, et dont la vie est désormais une perpétuelle fuite en avant.

L’ancien bourreau est devenu aujourd'hui une victime ; victime d’une chasse aux sorciers sous le couvert de la bonne conscience édifiante.

Cette affaire nous enseigne l’ironie de la vie et que la roue tourne. Et de ce fait, elle nous interpelle sur la façon dont nous vivons, nous comportons et l’éternelle causalité à laquelle toute chose est soumise sur cette terre.

Elle nous enseigne également à quel point la société est lente au pardon et prompt aux représailles.

Les faits qui lui sont reprochés sont graves et suscitent naturellement l’indignation.

 

Néanmoins, qui sommes-nous pour le juger ?

Si nous exhumons notre passé, voire même notre présent, que trouverons nous enfouis dans les placards ?

Certains diront en leurs cœurs : « À la différence de nous, lui il s’est fait prendre ! ». Certes, mais un délit le devient-il seulement si on s’est fait prendre ? Ou alors peut-on considérer qu’un délit est un délit qu’il soit verbalisé ou non ?

Nous jugeons et condamnons avec véhémence comme si nous étions nous-mêmes des immaculés. Nous sommes entrés dans l’ère de l’éthique et de la bien-pensance hypocrite.

Cette affaire me rappelle ces mots de Jésus-Christ, à qui l’on demanda de juger une femme adultère, ce à quoi il dit : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Cette phrase intemporelle est d’une force extraordinaire. Elle nous confronte à nos propres délits, aux cadavres de nos placards, et nous rappelle d’être lent au jugement car nous sommes tous pêcheurs.

Polanski l’est assurément comme nous le sommes tout autant pour d’autres motifs.

Est-ce que justice doit être rendu ?

Évidemment que oui. Polanski est un citoyen comme un autre et de ce fait un justiciable avec les mêmes droits que tout le monde.

La complaisance de la justice dans le cas de Polanski peut en effet exacerber le sentiment d’injustice et de dégoût. D’ailleurs, s’il y a bien une action à mener, n’est-ce pas vers cette justice et non vers l’homme ? Or qu’est la justice sinon une composante de notre société. C’est donc à nos gouvernements que nous devons nous adresser pour que justice soit rendue.

Et espérer que cette justice comme nous d’ailleurs, lui accordions une seconde chance, eu égard à l’ancienneté des faits qui lui sont reprochés. N’est ce pas ce que nous voudrions pour nous-mêmes ?

Est-ce pour autant que Polanski doit être porté aux nues et célébré ?

Probablement que Non, car tant que justice n’est pas rendu, célébrer l’homme pour son talent en omettant les fautes graves qu’il a commises et pour lesquelles justice n’a pas encore été rendue, c’est envoyé un dangereux signal à la société. Un signal qui dit, si vous êtes plus talentueux que d’autres vous pouvez être amnistiés ; si vous êtes puissants alors vous êtes au-dessus des lois. Et c’est peut-être davantage ce sentiment d’impunité qui crispe et divise la société.

Néanmoins c’est bien à la justice d’y répondre et à nos gouvernements de s’assurer que justice soit rendue, et non à nous.

Instrumentalisée cette affaire à une fin politique ou dans le but de soutenir une cause, fusse t’elle juste et louable, en fin de compte la dessert. Car personne n’a une morale irréprochable. En effet, ceux-là même qui crient au scandale ont été longtemps muets face aux injustices incessantes que vivent les minorités en France. Ils l’ont été davantage encore face au plaidoyer de l’actrice Aissa Maïga lors de la cérémonie des Césars 2020, réclamant plus d’inclusion et de diversité dans le cinéma Français, les laissant aphones et incommodés. Est-ce à dire que le combat contre le racisme et l’exclusion est moins noble, moins juste que celui contre les abus sexuels ?

L’exigence de moralité et d’éthique est une vertu qui ne doit pas nous faire ignorer nos imperfections humaines mais au contraire nous imposer une humilité constante dans notre quête de la justice et de la droiture. Ce n’est qu’à ce prix que l’on change vraiment la donne.

À Polanski, je lui souhaite le courage de répondre à l’appel de la justice et ainsi se libérer de l’angoisse de la fuite en avant et la disgrâce de cette affaire.

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