Crise du coronavirus : un nouveau paradigme pour le monde ?

La crise du coronavirus a bousculé nos certitudes. Elle nous a rappelé la fragilité de notre modèle de société et nous convoque à l'indispensable questionnement au sortie duquel, un nouveau paradigme prenant sa source dans les principes spirituels devra être inventé.

Michel Onfray a dit « Je pense qu’une civilisation n’est jamais que la cristallisation d’une spiritualité. Il n’y a pas de civilisation qui ne soit adossée à une spiritualité, à une religion même, forme historique prise par une spiritualité. »

En cela, Michel Onfray dit vrai.

En effet, l’éveil spirituel précède toujours la naissance d’une civilisation.

Toutes les grandes civilisations que cette terre a connues, depuis la Mésopotamie, l’Egypte antique jusqu’à ce jour, se sont développées autour d’une spiritualité portant en elle des valeurs et des principes forts favorisant la vie en société.

 

Or, qu’est ce qui caractérise le plus toutes les civilisations sinon l’ordre ; ordre rendu possible par la mise en œuvre de règles permettant la vie en collectivité.

Mais ces règles, si elles ne sont pas adossées à des principes qui transcendent la vie humaine, ne peuvent à elles seules garantir cet ordre.

Car alors les forces d’entropie qui régissent ce monde, reprennent le contrôle et nous conduisent lentement mais sûrement vers l’anarchie, la destruction et le chaos.

 Et s’il est vrai que toute civilisation naît d’un éveil spirituel, il est aussi vrai que toute civilisation meurt d’un déclin spirituel.

 

C’est cette crise spirituelle fondamentale qui est à l’origine de la crise sociétale que traverse actuellement l’occident et qui se propage dans tous domaines d’activités (politiques, sociales, économiques).

Effectivement, comme le souligne le philosophe Abdenour Bidar : « Notre crise majeure n’est ni économique, ni financière, ni écologique, ni sociopolitique, ni géopolitique : c’est une crise spirituelle d’absence radicale – dans les élites et dans les masses – de vision d’un sublime dans l’homme qui serait partageable entre tous ».

 

On a cru à tort pouvoir substituer à la spiritualité, le consumérisme et le capital, en faisant croire aux hommes que le bonheur, résidait dans notre capacité à consommer et à posséder. Mais cela n’a fait que nous vider chaque jour de toutes substances spirituelles car l’homme étant esprit avant tout, on ne peut satisfaire l’esprit par la chair. Au contraire pour satisfaire l’esprit il faut transcender la chair, et donc se détacher des préoccupations matérielles.

 

On nous a fait croire également que les principes humanistes des droits de l’homme se suffisaient à eux-mêmes sans la colonne vertébrale qu’est la spiritualité, quand bien même c’est pourtant elle qui les a inspirée.

Mais sans cette substance spirituelle, ces principes ne sont que lettre morte. Or, « La lettre tue mais l’Esprit vivifie » disait l’apôtre Paul.

Sans l’esprit et donc la spiritualité, le principe des droits de l’homme est creux, vide de substance et incapable de toucher le cœur des hommes. Or c’est bien par le cœur que nous sommes transformés et non la raison.

Sans l’ancrage spirituel, ces nobles principes sont balayés quand vient la tempête.

En effet, qui au moment de la difficulté se souvient alors de la fraternité ? Qui au moment de défendre ses intérêts se rappelle des intérêts de l’autre ? Quand vient la tempête de l’épreuve notre altruisme se transforme alors en repli sur soi.

 

On retrouve ce péché originel, dans les déclarations des droits de l’homme et du citoyen de Jérôme Champion de Cicé ou la déclaration d’indépendance des Etats-Unis de Thomas Jefferson, qui tous deux, au lendemain de leurs proclamations niaient l’application de ces mêmes droits aux noirs qui ont été maintenus sous leurs jougs.

C’est d’ailleurs principalement cette absence de fondement spirituel qui fait en sorte que ces principes humanistes, pourtant si vertueux, sont appliqués à géométrie variable par les états et les institutions internationales.

On le constate encore aujourd’hui dans les interventions hypocrites des nations unies et de la communauté internationale, dénonçant un tel et ignorant un tel autre pour le même crime.

 

La crise du coronavirus a révélé de façon criante ce manque de fondement spirituel dans les errements et atermoiements des états dans la gestion de la crise sanitaire.

Devant l’absence de principes et valeurs spirituelles qui transcendent la vie et la mort, nous sommes sujets aux décisions incompréhensibles de nos dirigeants pour ne pas dire insensées, qui, au prétexte de protéger la vie prennent des décisions au détriment de cette vie elle-même.

En effet sans cette transcendance spirituelle, nous sommes comme des aveugles guidés par des conducteurs tout aussi aveugles. Comment donc ne tomberons-nous pas dans l’abime ?

 

Face à cette crise sanitaire et du fait des décisions prises par nos leaders, nous sommes aujourd’hui comme des fleurs privées d’eau et de soleil, qui s’assèchent tous les jours un peu plus, espérant de tout cœur, la rosée du matin. Mais qui donc nous la donnera ?

 

Les centres commerciaux, jadis temples édifiés à la gloire du capitalisme consumériste, sont arpentés par des hommes et femmes aux allures fantomatiques, espérant retrouver en ces lieux le frisson de l’achat compulsif. Ce moment de plaisir éphémère procurée par la satisfaction de nos convoitises matérielles.

Mais là encore l’esprit n’y est plus vraiment. Car qui contemplera nos possessions ? À qui raconter nos bonnes affaires ? Devant qui pavaner ? L’isolement a établi son règne, et il prospère grandement.

 

Cette crise sanitaire nous rappelle pourtant à l’essentiel, c’est à dire à la vie.

Elle nous rappelle que nous sommes des êtres sociaux, qui privées du lien à l’autre meurent, certes à petit feu, mais meurent quand même.

Alors je m’interroge devrions nous sacrifier la vie de 99,8% des forces vives de la nation ? Devrions-nous sacrifier notre jeunesse, celle là qui porte en elle l’avenir de notre nation ?

Ne devrions-nous pas faire de cette crise une occasion de solidarité intergénérationnelle, non pas une solidarité dans la mort, mais une solidarité dans la vie, dans l’espoir et l’espérance qu’elle porte en elle, une solidarité dans la chaleur des liens sociaux que cette vie permet de tisser et qui nous donne la force de faire face à toutes les adversités ?

Puisse que nous sommes en guerre, ne devrions-nous pas nous rappeler que durant les grandes guerres précédentes, qui furent pour l’humanité un défi plus grand encore, c’est cette extraordinaire solidarité dans la vie qui a permet à l’humanité de s’en sortir par le haut ?

C’est donc bien à la vie que nous nous devons et non à la mort, quelle que soit sa forme, fût-elle physique, morale ou spirituelle.

 

Hélas, sans spiritualité, nous sommes comme sans intelligence, sans sagesse, plongés dans des brumes épaisses, et nos actions comme nos décisions s’en ressentent. Elles sont le produit d’un raisonnement confus et creux qui nous égare chaque jour un peu plus.

 

Martin Luther King disait en 1963, « il est minuit dans notre monde et les ténèbres sont si épaisses que nous pouvons à peine discerner où va notre chemin ».

Cette pensée d’une acuité extraordinaire n’a jamais été aussi vrai que maintenant.

Et il disait également : « confrontés à minuit avec l’ordre social nous nous sommes dans le passé tournés vers la science ».

 

Alors aujourd’hui, confrontés à minuit dans notre monde, vers qui nous tournerons nous ?

Est-ce ce vers la science comme dans le passé, qui face à la pandémie du coronavirus a affiché au grand jours ses limites, ses divisions et même sa confusion ?

Est-ce vers nos leaders qui paraissent complètement dépassés par la crise sanitaire, les crises économiques, sociales et même politiques qui vont lui succéder ?

Ou alors est-ce dans le divin que nous puiserons les principes spirituels pour nous éclairer et nous guider alors que nous arpentons dangereusement la vallée de l’ombre de la mort ?

Ce choix nous appartient.

Mais il n’y a qu’un seul qui pourra nous sortir des ténèbres épaisses qui nous entourent.

Puissions nous faire le bon choix.

 

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