Caricatures de Mahomet : Et si un autre chemin était possible ?

Les événements de ces derniers jours, sont une source de grande inquiétude, tant par la violence de cet acte abominable qui a conduit à la mort du professeur Samuel Paty, que par les réactions violentes et l’intense émotion que cet assassinat ont suscité.

 

© Wipplay et Fraternité générale ! – 2016 © Danyal Mansour Hanif © Wipplay et Fraternité générale ! – 2016 © Danyal Mansour Hanif

 

Les événements de ces derniers jours, sont une source de grande inquiétude, tant par la violence de cet acte abominable qui a conduit à la mort du professeur Samuel Paty, que par les réactions violentes et l’intense émotion que cet assassinat ont suscité.

Il convient avant toute chose de condamner avec la plus grande fermeté cet acte d’une sauvagerie inqualifiable, et qui hélas n’honore pas nos frères musulmans car il est loin de refléter, je pense, la philosophie de cette religion.

Portés par l’émotion vive et compréhensible qu’a provoqué cet acte effroyable, nous pouvons être tentés de répondre à cette violence par une autre violence.

Une violence non charnelle, mais psychologique et spirituelle, celle de la banalisation et de la généralisation d’une offense qui inflige des blessures à l’âme et à l’esprit de nos frères musulmans, celle de la caricature de Mahomet.

 

Souvenons-nous de 1988, et des vives protestations, en réaction à la sortie en France du film de Martin Scorsese « La Dernière Tentation du Christ », mettant en scène une relation présumée entre Marie Madeleine et Jésus-Christ.

Souvenons-nous, des attentats perpétrés par des catholiques intégristes considérant ce film comme blasphématoire, et qui avaient alors conduits à la mort d’un homme et plusieurs blessés graves.

Souvenons-nous des protestations y compris au sommet du Vatican et finalement du retrait du film des salles de Cinéma en France dans plusieurs pays dans le monde.

 

Soyons clairs, ces actes extrémistes sont à condamner avec la plus grande véhémence.

Et il est vrai que la liberté est essentielle. D’autant plus essentielle dans cette période où l’extrémisme frappe à nos portes, voulant nous priver de notre joie de vivre, de notre liberté de penser mais plus encore de notre liberté spirituelle.

Néanmoins, à défaut de l’amour pour notre prochain, qui devrait nous freiner dans toutes actions de nature à l’offenser, mais eu égard au respect de la fraternité qui est un principe républicain de notre chère nation, et qui participe à la communauté de destin et au vivre ensemble, ne devrais-je pas retenir mes mots, si je sais d’avance qu’ils offenseront mon prochain ?

Tout peut être dit, mais tout n’est pas nécessaire d’être dit.

Tout est permis, mais tout n’est pas utile d’être fait.

D’autant plus, lorsque ce qui est dit ou fait, n’édifie en rien. C’est je crois un principe de la bienséance et du vivre ensemble.

Alors je m’interroge ...??

Devrions-nous au prétexte de la culture continuer à caricaturer un symbole religieux, qui touche à la profonde intimité de mon prochain, et l’offenser dans ce qu’il a de plus précieux, à savoir sa relation avec son Dieu ?

Car au prétexte de cette même culture, des milliers de jeunes filles sont excisés tous les jours en Afrique. Certains diront qu’il s’agit de violence corporelle en Afrique, tandis que les caricatures ne font pas de mal au corps. En effet, pis, les caricatures infligent des blessures à l’âme.

Les chrétiens d’aujourd’hui, sont tout autant offensés que les musulmans dans les caricatures des symboles religieux et sacrés qui sont commis librement au prétexte justement de cette liberté.

La seule différence c’est qu’ils se sont habitués à ses offenses régulières; l’athéisme, déguisé dans le principe de laïcité républicaine, étant devenu de mode.

Bref, au prétexte de la culture et des traditions, des abominations ont été commises et le sont encore dans le monde entier.

 

La culture est un reflet de nos habitudes, de nos us et coutumes, mais elle ne doit pas être figée.

Au contraire elle doit évoluer, s’enrichir de nouveaux apports, fussent-ils ethniques, culturels ou spirituels, qui reflèteront par la suite la société nouvelle dans sa globalité.

C’est ainsi que les cultures et les peuples se sont construits depuis des milliers d’années et continueront de le faire, en permanence en évolution, dans l’élan de l’élévation spirituelle, morale et intellectuelle auxquelles l’humanité aspire.

La tolérance, l’humanisme et la communauté de destin doivent nous amener à réviser nos postures traditionnelles, à questionner ces traditions en ce qu’elles apportent de bons non pour une partie seulement de la communauté mais pour l’ensemble de la communauté. 

Il n’y a qu’ainsi que le vivre ensemble est possible.

 

Si nous campons sur nos positions, au motif de notre culture et donc de nos habitudes, quand bien même elles sont mauvaises parce qu’offensantes pour autrui, alors nous ne construisons plus ensemble mais nous divisons.

Or « Tout royaume divisé contre lui-même, est dévasté » dit la Sainte Bible.

 

Alors pour les millions de musulmans qui se sentent offenser par ces caricatures, pour ces frères et sœurs de la nation, et afin d’honorer ce principe Républicain de Fraternité que nous devons à tous les enfants de la Nation, et qui j’en suis sûr nous est tous très cher, ne devrions-nous pas réfréner notre ardeur à la moquerie ?

Car n’est-ce pas là ce qu’est la caricature ? Juste de la moquerie qui ne nous édifie en rien, mais au contraire nous flatte dans notre propension à juger l’autre et à critiquer parfois inutilement ?

En effet la moquerie, ne flatte que notre orgueil. Elle donne une sensation de liberté, une certaine impunité devant l’outrage.

Or la liberté sans frein n’est que libertinage, une simple manifestation de notre égo ; cet esprit rebelle qui nous plonge dans l’obscurité de la satisfaction personnelle quand bien même cette satisfaction est obtenue au détriment de l’autre.

Les arguments identitaires sont de même une manifestation de cet égo, qui nous pousse à nier l’autre, lui niant même parfois son humanité, et ses aspirations au bonheur et à la paix comme chacun de nous. Et c’est bien là, la source de tous les conflits. C’est là aussi la graine de la rébellion.

 

Aucune tradition, aucune culture, ne doit être conservée lorsqu’elle ne nous grandit pas, mais au contraire elle doit être questionner lorsqu’elle nous ramène à nos bas instincts.

 

La France mérite mieux et son peuple aussi.

Ce peuple qui a inspiré au monde les droits de l’Homme.

Ce peuple qui a su se rebeller de la dictature de la loi féodale et faire évoluer ses traditions et sa culture, d’une culture monarchique vers une culture républicaine.

Ce peuple qui a construit sa République sur des principes nobles de Liberté, Égalité et Fraternité, doit aujourd’hui plus que jamais être fidèle à lui-même dans chacun de ces principes.

Non dans un seul de ces principes, mais dans tous : Liberté, et Égalité, et Fraternité.

Et de ces trois principes, probablement est-ce la Fraternité la plus grande vertu, qu’il convient donc de choyer, car à travers elle, les autres principes de Liberté et d’Égalité s’expriment avec force et mesure.

En effet, n’est-ce pas le vivre ensemble qui devrait être prôné au-dessus de tout principe, dans cet esprit de communauté de destin sur lequel se fonde toute nation ?

Sinon c’est la République même qui est en péril, divisée en son sein, se reniant elle-même, et donc condamnée à la chute.

 

Libres nous sommes de penser.

Mais par amour fraternel, nous refrénons nos langues afin qu’elles ne soient pour nous une occasion de chute et d’offenses à notre prochain.

N’est-ce pas ainsi que la Liberté doit se concevoir ?

N’est-ce pas dans cette acception qu’on dit « La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres » ?

 

Alors soyons libres de témoigner du respect et de l’amour fraternel à notre prochain quel que soit sa croyance et son obédience.

Soyons libres de ne pas l’offenser lorsque cela n’est pas utile.

Soyons libres de nous édifier à la vérité et seulement à la vérité afin que par elle, nous soyons grandis et portée à l’élévation.

 

Abstenons-nous d’être une source d’offense gratuite et sans intérêt pour notre prochain.
Ne succombons pas à la tentation de davantage de caricatures et davantage d’offenses, non par peur de représailles, mais par respect pour autrui.

L’orgueil et la colère ne doivent pas guider nos actes. Mais la fraternité républicaine doit nous conduire vers le chemin de l’union et de la réconciliation en nous-mêmes en tant que nation.

 

Puisse la République et ses nobles principes, triompher de la dictature de l’ego.

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