Lugubre investigation et constats amers après la mort d'un jogger à Hillion

Lugubre investigation et constats amers pour les associations environnementales Sauvegarde du Trégor, Plestin environnement et Tréduder Nature et Patrimoine lors de la visite sur le site du décès de Jean-René Auffray survenu jeudi dernier.

Alertés par les articles parus dans la presse en fin de semaine dernière qui relataient les conditions du décès d’un jogger au lieu-dit Crémur à Pont-Rolland, une équipe de membres d’associations environnementales (Sauvegarde du Trégor, Plestin environnement et Tréduder Nature et Patrimoine) ont organisé une investigation sur les lieux du décès.

« En effet nous avons été surpris par la rapidité de clôture de l’enquête : moins de 48 heures, et aucune autopsie diligentée ; pour un bon sportif de cinquante ans dans la force de l’âge un décès expliqué par un enlisement jusqu’à la taille sur le bord d’une rivière à proximité d’un chemin de randonnée fréquenté et ouvert au public nous semble incompréhensible. » Incompréhensibilité grandement renforcée par des faits précédents. A l’été 2013 le décès de 36 sangliers est survenu à quelques dizaines de mètres du lieu du décès du jogger.

«  A l’époque, une enquête et une autopsie avaient été conduites par les services de l’Etat durant plusieurs semaines, continue Yves-Marie Le Lay, pour conclure à un empoisonnement des voies aériennes par de l’hydrogène sulfuré en quantité létale qui entraina une cyanose puis un arrêt cardiaque. » Troublant en effet que l’on fasse grand cas dans l’explication du décès d’animaux sauvages et qu’en quelques heures, dans les mêmes conditions supposées du décès, une enquête sur la mort d’un homme de cinquante ans dans la force de l’âge soit conduite sans autopsie et sans recherche des véritables causes de son décès. « Je vous rappelle, dit encore Yves-Marie Le Lay, que nous avons, malheureusement, une longue liste de précédents sans compter les malaises et les comas : un jogger sur la Lieue-de-Grève, un cheval, des chiens, un conducteur d’engin et ici même une harde de sangliers » « Ce qui m’a choquée, enchaîne Corinne Gravigny, c’est qu’après ce décès accidentel le site soit resté ouvert à tous les publics et ne comporte aucune mention d’avertissement des dangers d’envasement et de présence d’hydrogène sulfuré.

L’hydrogène étant cette année et principalement durant l’été présent sur l’ensemble de notre côte et présent plus encore lors de journées de fortes chaleurs et de forts ensoleillements (comme le jour du décès du jogger). » Pour des sites pollués par ce gaz mortel nous avons vu fleurir, il y a plusieurs semaines, le long de la plage de Grève des panneaux posés par des associations ainsi qu’un balisage indiquant aux familles et aux promeneurs la présence d’un risque mortel lors de l’approche des estuaires du Yar et du Roscöat. « Ici rien de tout cela, continue Corinne Gravigny, le cadre est magnifique, la vue est splendide et nous sommes à quelques mètres d’un chemin de randonnée bien aménagé qui pousse à la rêverie, à la promenade et au sport. Mais il y a cette odeur encore très présente aujourd’hui malgré le froid. Cela sent l’œuf pourri (signe de présence d’hydrogène sulfuré) cela pique les yeux et au bout d’un quart d’heure cela fait mal à la tête. Les courageux pompiers venus récupérer le corps sans vie posé sur la vase nauséabonde ont du passer une bien mauvaise heure ; regardez au sol il y a encore des bâches plastiques d’intervention des secours ainsi que des paires de gants d’infirmiers laissées là. Ils n’ont pas trainé sur place, c’est sûr. » Yves-Marie Le Lay, tenu par Corinne Gravigny, s’encorde afin d’effectuer des mesures d’hydrogène sulfuré au plus près du lieu supposé du décès (marquées par une bâche d’intervention encore en place). Il porte un masque de protection et relève au bout de seulement  quelques minutes de 100 à 350 ppm d’hydrogène sulfuré. « Il est clair l’ensemble des études officielles de l’Ineris (laboratoire du ministère de la Santé) le prouve qu’un homme enlisé jusqu’à la taille et qui passe une heure en surventilation à brasser avec ses pieds des poches d’hydrogène sulfuré dues à la putréfaction des algues sous le sable ou dans les vasières, tombe malheureusement dans le coma puis décède.  » conclue Yves-Marie Le Lay.

Aux Etats-Unis pour 10 PPM constatées les sites sont balisés et fermés au public. « Après ce décès violent survenu il y a 48 heures nous avons pu accéder au lieu sans aucune mise en garde ou interdiction. De jeunes enfants peuvent venir jouer là en toute innocence, respirer un gaz toxique ou s’enliser, c’est consternant. Nous sommes en train de rédiger une lettre au procureur de la République et au Préfet pour leur signifier une mise en danger délibérée de la vie d’autrui. C’est un échec amer pour nos associations et démontre une régression dans les services de l’Etat qui ont en charge la sécurité et la santé public. Nous nous battons depuis une dizaine d’années afin que de telles morts injustes d’innocents promeneurs ne puissent plus arriver. C’est la mission humaniste de nos associations. Cela veut dire, aussi, que nous n’en avons pas assez fait pour nous faire entendre, et que nos trop nombreuses lettres aux Préfets, aux maires, à tout l’appareil d’Etat qui ont en charge la santé public, sont restées malgré les faits accablants constatés officiellement, lettres mortes.

Jusqu’à quand cette politique de l’autruche fera-t-elle des morts innocents ? »

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