La croissance verte : licorne ou réalité ?

Prélude à une étude de terrain, je relaye une proposition dont le but est d'apporter des effets bénéfiques aux 3 principaux défis auxquels sont confrontés les françaises et français, à savoir le chômage, l'afflux de réfugiés ainsi que le changement climatique tout en générant une croissance sans CO2, donc véritablement verte !

Je relaye par cet article une proposition qui m'a été suggérée afin de contribuer, en tant que lecteur de Médiapart et citoyen attentif, au débat concernant la transition écologique que tout le monde il me semble appelle de ses vœux, en précisant n'être pas expert des thèmes abordés. J'en appelle donc à l'indulgence et la critique constructive par rapport aux manques et vices de raisonnement que vous pourrez dénicher, cet article étant un prélude à une véritable étude de terrain auprès des différents acteurs plus compétents. Cette proposition pourrait, à mon intime conviction, apporter des effets bénéfiques aux 3 principaux défis auxquels sont confrontés les françaises et français, à savoir le chômage, important et persistant, l'afflux de réfugiés ainsi que le changement climatique, avec de nombreux problèmes sociaux, sanitaires et financiers qui en découlent.

Constatons brièvement que :

-Le néo-libéralisme et la mondialisation n’ont pas résolu le problème du chômage de masse.

-Il n’y a pas d’agriculture intensive pérenne dans l’histoire humaine récente, hormis à petite échelle (milpa des Incas...), ce qui est problématique avec la pression démographique actuelle et encore plus quand le recours aux solutions modernes (engrais de synthèse, irrigation) comme ancestrales (jachère, déforestation) montrent leurs limites.

-La société française peine à intégrer les réfugiés qui, presque livrés à eux même alimentent la xénophobie déjà favorisée par le pessimisme économique actuel. En outre, les phénomènes de migrations humaines pourraient s’amplifier sous les effets du changement climatique, la principale victime en serait la société dans son ensemble. Fort heureusement, suivant notre politique, plus que des problèmes, les réfugiés peuvent apporter des solutions.

Devant ce constat qui peut sembler sombre, s'offre une opportunité intéressante car déjà largement expérimentée et étudiée, la permaculture, qui présente les caractéristiques d'une agriculture intensive pérenne à même de supporter voire d'atténuer le changement climatique, pouvant créer des emplois de manière massive ainsi qu'apporter un débouché à des réfugiés dans un contexte de marché du travail saturé.

Pour décrire sommairement la permaculture, d'autres le feront certainement mieux (1), il apparaît profitable, à la lumière de recherches récentes et d’observations récurrentes «d’imiter les mécanismes mis au point par les êtres vivants depuis si longtemps que leur efficacité est certaine » (Francis Hallé, botaniste, chercheur universitaire) voire de les hâter. Dans ce contexte de «culture de la permanence» le design d'une zone s'effectue en fonction des aptitudes et besoins des plantes cultivées (ensoleillement, richesse du sol, vent, prédateurs, autres plantes...) en favorisant un équilibre afin de dépenser peu en argent, temps et énergie pour leur santé et leur productivité. On maximise la couverture végétale et au besoin on paille, on mulche si le sol est à nu, ce qui le protège du soleil, du vent, des écarts de température et du lessivage des pluies tout en aidant l'action des lombrics et autres orfèvres du sol. L'économie d'eau est majeur dans un climat type méditerranéen (2), l'effet de limitation de l'évaporation étant de toute évidence significatif, ce qui semble crucial après une année marquée par une sécheresse alarmante en Europe du Nord et au Moyen-Orient entre autres.

Loin d'une vision angélique et passéiste, d'une agriculture à l'ancienne qu'au fond très peu de gens désirent encore, la permaculture ne se limite pas au maraîchage et permet d'utiliser allègrement la technologie quand celle-ci permet des gains réels d'efficacité. Pour les grands champs céréaliers existe la technique du semis direct sous couvert, mécanisée, issue des travaux des chercheurs en microbiologie des sols Lydia et Claude Bourguignon (3) assurant des rendements équivalents à l'agriculture classique tout en économisant sur le labour, l'irrigation, les engrais et les produits phytosanitaires.

La permaculture nécessite néanmoins une observation attentive et régulière pour assurer l'équilibre des plantes cultivées face aux adventices (les « mauvaises herbes ») et aux insectes, afin d'intervenir au minimum, économisant énergie et temps. Elle demande ainsi plus de présence humaine que pour une surface équivalente en agriculture classique et pourrait donc participer à résorber le chômage actuel. Il y a également un gain pour la santé des agriculteurs comme des consommateurs car si la permaculture n'interdit pas l'usage des produits phytosanitaires, un projet permacole bien conçu s'en passe la plupart du temps.

La permaculture en France a le vent en poupe auprès du grand public mais retient également l'attention d'instituts scientifiques (INRA...). La partie intéressée des demandeurs d'emplois franchiront le pas si les salaires proposés sont valorisants, il faudrait donc pour hâter la transition écologique une petite incitation à l'embauche en permaculture. Heureusement grâce au système français elle aurait un coût minime pour la collectivité, le passage du chômage à un travail salarié se traduisant par une diminution des aides versées ainsi que le paiement de divers impôts. En outre la différence devrait être rapidement comblée par la vente de la production alimentaire et à terme positive (3-5 ans). Le nombre de places, la capacité de formation des écoles de permaculture en France doit être soigneusement évaluée, afin d'apporter aux personnes en recherche d'emploi ou en reconversion ainsi qu'à des réfugiés intéressés une formation solide, de qualité, ce qui est indispensable à la réussite de leur intégration économique. En partenariat avec la France, cela permettrait également aux réfugiés qui retourneront dans leur pays d’origine de l'enrichir de cette pratique agricole, la transition des autres pays étant au fond essentielle à leur survie comme à la nôtre. De nombreuses structures existantes, nationales ou locales, étatiques comme associatives, s'occupant de l'emploi ou de subventions (Pôle emploi, Chambres d'agriculture…) gérant l'accueil et l'intégration des réfugiés (France terre d'asile, CIMADE...) ou la formation en permaculture (école du Bec Hellouin, Université Populaire de Permaculture...) ou encore des réseaux susceptible de trouver des embauches rapidement (syndicats agricoles, réseaux associatifs agricoles, agriculteurs...) pourraient collaborer ensemble pour appuyer ce processus. Cela contribuerait à changer notre perception des réfugiés en mettant l'accent sur leur intégration possible, plutôt que sur celle de réfugiés presque livrés à eux même devenant un poids voire une menace pour la collectivité. Dans un premier temps il sera probablement intéressant de s'appuyer sur les collectivités locales où la concertation des différents acteurs est plus simple, tout comme l'évaluation des besoins, des possibilités puis par la suite des résultats. Si cette proposition et surtout son expérimentation leur apportent un bénéfice réel, social et financier (4), il est permis d'espérer que l'idée se diffuse au niveau national voire européen, tant la mise en place de solutions efficaces face à cette triple urgence tient à cœur la population française, comme italienne, allemande, espagnole etc...

En conclusion, le soin de la terre arable qui reste notre principale nourricière ainsi que la reprise d’une activité, le lien social qu’elle construit et la richesse qu'elle crée, permettent d’espérer des gains pour la collectivité autant qu'environnementaux et participer à cette transition écologique en apportant des points de croissance réellement décarbonés. Un investissement initial modeste est évidemment nécessaire mais peut être rapidement amorti et profitable économiquement à moyen et long terme !

Voilà pour la théorie dans un premier temps, D'autres éléments devraient suivre au prochaine épisode... Je compte aller voir ce qu'il en est sur le terrain dans la mesure de mon temps libre et de mes possibilités, n'hésitez donc pas m'envoyer vos propositions, suggestions et remarques. En vous remerciant pour votre lecture.

Remerciement à Cyril MARTIN pour l'aide rédactionnelle

  1. Nombreux ouvrages (Bill Mollison, Masanobu Fukuoka...) film "Demain" de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

  2. Expérience personnelle : pieds de tomates en bac avec un paillage d'environ 5 cm d'épaisseur tenant sans arrosage 4 voire 5 jours de soleil contre à peine 2 jours pour les mêmes non paillés.

  3. http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=1987

  4. en prenant l'étude de rentabilité de l'INRA sur la ferme du Bec Hellouin, certes attaquable mais apportant un ordre d'idée, on voit bien qu'on ne prend guère de risque à l'expérimenter. (https://www.fermedubec.com/la-recherche/les-rapports-scientifiques/)

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