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Billet de blog 16 mai 2012

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Carlos Fuentes : les derniers mots d'un écrivain engagé

Une figure des lettres mexicaines s’en va. Auteur prolifique de romans et de nouvelles sur le Mexique contemporain, Carlos Fuentes fut également un homme engagé dans la cité.

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Une figure des lettres mexicaines s’en va. Auteur prolifique de romans et de nouvelles sur le Mexique contemporain, Carlos Fuentes fut également un homme engagé dans la cité.

Drôle d’aller-retour entre la France et le Mexique ce mercredi 15 mai. Dans la matinée à Mexico, le quotidien conservateur Reforma publie une tribune de deux pages intitulée « Vive le socialisme. Mais… ». Elle est signée de l’écrivain Carlos Fuentes, à qui les Mexicains auraient bien donné un Nobel de littérature tant il a incarné la génération du « boom » des auteurs des années 1960 qui ont universalisé les lettres latinoaméricaines. L’écrivain prolifique avec plus de 70 titres au compteur, s’est éteint à 83 ans à Mexico, victime d’une hémorragie subite, probablement due à un ulcère.

Dans ce texte, Fuentes célèbre la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle française en se remémorant ses souvenirs d’amitiés avec François Mitterrand : « Mitterrand a eu l’audace (comparable à celle de Lázaro Cárdenas au Mexique) [le président mexicain qui a nationalisé le pétrole dans les années 1940] de prendre des mesures dont le pays entier, et notamment la bourgeoisie, avait besoin pour prospérer. » Et d’évoquer la nationalisation des banques, la fin de la peine de mort, la décentralisation, la réduction du temps de travail et l’augmentation des congés payés. Par contraste, l’écrivain mexicain qui fut également diplomate, déplore la « petitesse » de Nicolas Sarkozy, son mépris pour les gens du peuple et ses « montres à 70 000 dollars ». Enfin, il dresse la liste des défis qui attendent le nouveau président français, notamment celui de relancer une construction européenne plus humaine.

Dans la foulée de l’annonce de la mort de Fuentes par le président mexicain sur Twitter, l’Elysée a émis le premier communiqué depuis l’arrivée de François Hollande. Un hommage vibrant, rédigé à la première personne « Je salue le grand écrivain de l'identité mexicaine, qui a si bien su exprimer le génie de ce pays confluent, à travers une production littéraire profondément riche et originale ».

Que retenir de cet écrivain mexicain au profil sévère ? Sous ses airs de grands bourgeois mondain, Fuentes était un homme qui aimait la fête, tout en étant un acharné du travail. Fondateur de revues littéraires, citoyen du monde (il vécut dans plusieurs capitales dont Buenos Aires et Paris), diplomate un temps, avant de démissionner pour protester contre les dérives autoritaires de l’Etat mexicain, Fuentes a marqué le Mexique par deux romans.

« C’était le romancier de l’époque », se rappelle Paco Ignacio Taibo II, le maître du roman noir en espagnol. Selon lui, Fuentes a su faire raconter la transition du Mexique de la Révolution vers un régime de parti unique gouverné par des hommes politiques corrompus, à travers La mort d’Artemio Cruz, un bourgeois révolutionnaire qui perd peu à peu ses idéaux et son amour.

Fuentes est également le narrateur de la ville, dans un pays où l’urbain prenait de plus en plus de place. La plus limpide région (La región más transparente) est de ce point de vue une grande fresque de Mexico avec ses personnages incontournables.

Ecrivain, Fuentes le fut jusqu'au bout: il préparait un "dialogue avec Nietzsche".

Homme de gauche, Fuentes le fut jusqu'au bout. Récemment il s'inquiétait de l'éventuelle accession au pouvoir au Mexique du candidat du PRI, Enrique Peña Nieto, effroyablement ignorant.

L'une des icônes de la littérature hispanohone nous laisse une oeuvre colossale et s'en va, dans un concert d’hommages du monde culturel et politique.

Photo: Flickr, CC, Ceronne.

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