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Billet de blog 18 nov. 2014

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Mexique: et "l'aigle aztèque" stoppa son envol vers le paradis réformateur

"Le Mexique n'est pas en guerre, pourtant, depuis 2006 il y a eu plus de disparus que pendant les dictatures chilienne et argentine". Un constat implacable que lancent les Mexicains indignés par la disparition des 43 étudiants. Pourtant les médias français accordent une place minimale à la tragédie d'Iguala

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"Le Mexique n'est pas en guerre, pourtant, depuis 2006 il y a eu plus de disparus que pendant les dictatures chilienne et argentine". Un constat implacable que lancent les Mexicains indignés par la disparition des 43 étudiants.

Pourtant les médias français accordent une place minimale
à la tragédie d'Iguala, lorsque 43 étudiants de l'école populaire et engagée d'Ayoztinapa (Guerrero) disparaissent, après avoir été attaqués par la police le 26 septembre. L'ordre avait été donné par le maire d'Iguala et son épouse craignant que ces jeunes politisés n'ébranlent leur pacte avec les narcotrafiquants de la région.

Face à ce qui pourrait être l'une des pires tragédies humaines de l'histoire récente du continent (la mort des étudiants n'a pas été établie mais les craintes sont grandes), les médias internationaux ont d'abord été perplexes: Comment ? L'Aigle aztèque aurait-il stoppé son envol vers le paradis réformateur où le conduisait son jeune président Enrique Peña Nieto ?, se demandait en substance Le Monde, jugeant que le mandat du président avait "pourtant bien débuté", oubliant sûrement les soupçons d'achats de voix pendant la campagne présidentielle, le pacte politico-médiatique mise au jour par le Guardian et la violence des manifestations du premier jour du mandat de M. Peña Nieto. Sans compter les réformes hautement controversées de l’Éducation (soumettant les professeurs à une système d'évaluation, sans bâtir un système de formation juste) et de l’Énergie (ouverture du secteur pétrolier aux capitaux étrangers). 

Les éditorialistes internationaux sont simplement tombés dans un piège médiatique grossièrement tendu par les stratèges du président mexicain: il suffisait de ne plus parler de la violence pour qu'elle disparaisse des écrans radars, et finalement des esprits tout court, le comble du ridicule ayant été atteint par la couverture du magazine Time. Le rythme des homicides est toujours dramatiquement élevé: presque 23000 en 2013, selon les chiffres de l'Inegi (officiel).

Un invité encombrant pour le 14 juillet...

Face à la barbarie, les étudiants Mexicains, ainsi que les secteurs militants exigent la vérité sur le sort des disparus, ainsi que sur les 6 personnes assassinées le 26 septembre à Iguala: Où sont les disparus ? Pourquoi le gouvernement a-t-il tant tardé à réagir, tentant d'abord de réduire le drame à un fait divers local ? L'arrestation de policiers corrompus et les aveux d'hommes de mains du cartel local ne suffiront pas. Le pays n'est pas résigné, il a soif d'un renouveau politique profond pour mettre fin au pacte entre les narcos et les responsables publics,

En France aussi, des citoyens Mexicains, ainsi que le Front de Gauche et Les Verts donnent de la voix. Car la France a un rôle à jouer: François Hollande privilégiera-t-il les intérêts des grands groupes français attirés par les marchés potentiels du Mexique ? Ou osera-t-il conditionner le rapprochement France Mexique (mise en œuvre depuis la libération de Florence Cassez) à des clarifications sur la situation des droits de l'homme au Mexique ? La question se pose, d'autant que le président mexicain pourrait être invité d'honneur du prochain 14 juillet.

RASSEMBLEMENT LE JEUDI 20 JOVEMBRE PLACE DE LA REPUBLIQUE A PARIS, 18H00.

A revoir: le débat de France 24 avec Jean Rivelois, spécialiste du Mexique, expliquant avec clarté comment en est-on arrivé à un tel déchaînement de violence.

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