France / Mexique: réconciliation sous le signe des armes

De passage à Paris dans le cadre de sa tournée européenne, le président mexicain élu, Enrique Peña Nieto a scellé la réconciliation diplomatique avec François Hollande grâce à la coopération policière.

De passage à Paris dans le cadre de sa tournée européenne, le président mexicain élu, Enrique Peña Nieto a scellé la réconciliation diplomatique avec François Hollande grâce à la coopération policière.

Mercredi 17 octobre dernier, Enrique Peña Nieto, formé et soutenu par le vieux et très corrompu parti révolutionnaire institutionnel a rencontré François Hollande. Après une élection opaque (voir notre reportage) critiquée par une fraction de la société civile mexicaine (la gauche de López Obrador, les Yosoy132) ainsi que par des observateurs de l’Union européenne, le président élu mexicain avait bien besoin d’un coup de vernis international pour solidifier son accession au pouvoir le 1er décembre prochain.

Après trois ans de guerre diplomatique entre Nicolas Sarkozy et Felipe Calderón autour du procès de Florence Cassez truffé d’irrégularités, la France et le Mexique ont décidé de réactiver le « mano en la mano » lancé avec enthousiasme par le général de Gaulle sur la grand place de Mexico en mars 1964 (voir vidéo de l'INA) aux côtés de son homologue mexicain Adolof López Mateos. Enrique Peña Nieto a immédiatement rassuré François Hollande en lui assurant que son gouvernement respecterait la décision de la cour suprême mexicaine qui doit valider ou non le procès de Florence Cassez au début de l’année 2013. Une fois ce dossier épineux abordé, les deux présidents se sont penchés sur la manière de relancer la coopération bilatérale.

Il a été convenu de créer un « conseil franco mexicain de haut niveau », une manière de réactiver le groupe de haut niveau franco mexicain créé en 2007 et chargé notamment de réfléchir à l’année du Mexique en France qui n’a que partiellement eu lieu en 2009.

Enrique Peña Nieto s’est également entretenu avec des représentants de 17 grandes entreprises françaises qui ont un pied au Mexique. Il s’agit notamment des géants Lafarge, Sanofi-Aventis, Alstom, L’Oréal, Axa, Air liquide, Schneider-Electric, Danone, Eads et Vinci.

Gendarmerie à la mexicaine

Mais le cœur de la réconciliation c’est la coopération policière entre la France et le Mexique. Dans un communiqué officiel, Peña Nieto explique avoir « sollicité la coopération du gouvernement français pour bâtir un modèle propre de gendarmerie nationale au Mexique, dans le cadre des propositions pour combattre l’insécurité ; modèle qui aura comme référence la gendarmerie qui existe depuis de longue date en France. »

En prêtant un soutien logistique en matière policière et militaire, la France réaffirme implicitement qu’elle soutiendra les autorités mexicaines dans leur stratégie policière de lutte contre le narcotrafic. De ce côté-là, pas vraiment de nouveauté par rapport à ce qui s’est fait sous le gouvernement de Sarkozy. Car même si jusqu'à présent la France a condamné les violations des droits de l’homme –l’ex ambassadeur de France Daniel Parfait avait  reçu le poète Javier Sicilia engagé pour une résolution civile et non militaire de la violence- la stratégie de militarisation  et ses dégâts considérables (augmentation de la torture et des violences militaires à l’encontre des civiles, sans parler des civils tués) n’a jamais fait l’objet de la moindre critique de la part de la France.

Par ailleurs, la France prête déjà un concours de ce type au Mexique en exportant ses méthodes policières depuis 1985. Rappelons qu’entre mai et juin 2011, 30 policiers mexicains de l’Etat de Jalisco ont été formés par des hommes du RAID et du GIPN de Lyon pour des interventions à « haut risque », dans le cadre de la préparation des Jeux Panaméricains qui se sont ensuite tenus en octobre 2011. Une formation de même type avait eu lieu en 2009, tandis qu’une équipe du GIPN de Marseille et du RAID avait également formé des policiers de l’Etat du Yucatán fin 2010. Au programme : technique d’investigation, de défense d’arrestation.

La même expérience a été menée dans l’Etat de Mexico alors qu’un certain Enrique Peña Nieto y terminait son mandat de gouverneur. A l’époque, cette formation avait pour but de sensibiliser les policiers mexicains à préserver les scènes de crime.

Déjà pendant sa campagne, Enrique Peña Nieto avait plusieurs fois proposé la création d’une gendarmerie nationale. Le but est double : d’abord créer un corps national dans un pays tiraillé entre plusieurs niveaux de pouvoir, le fédéral et le local, souvent accusé d’être très corrompu. Par ailleurs l’idée d’un corps de police formé par des militaires mais capable d’intervenir auprès des civiles manque au Mexique. Ce sera, pour Enrique Peña Nieto, une manière d’éviter les critiques maintes fois formulées à l’encontre de son prédécesseur Felipe Calderón qui a envoyé les militaires dans des zones civiles pour lutter contre les cartels de drogue.

Enfin, pour le symbole, François Hollande et Peña Nieto ont convoqué l’histoire pour se réconcilier : le président mexicain a invité son homologue français à Mexico en mars 2014 pour célébrer les 50 ans de la visite de Charles de Gaulle.

A lire (partie payante de Mediapart): France Mexique: l'affaire d'enlèvement des Barbier-Cázares qui pourrait compliquer la relation diplomatique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.