Une nouvelle idylle controversée entre la France et le Mexique

Faisant fi des alertes répétées de l’ONU et des grandes ONG de défense des droits humains dénonçant les abus généralisés de l’armée mexicaine (massacres, torture, dissimulations), la France poursuit de plus belle sa coopération armée avec le Mexique.

Faisant fi des alertes répétées de l’ONU et des grandes ONG de défense des droits humains dénonçant les abus généralisés de l’armée mexicaine (massacres, torture, dissimulations), la France poursuit de plus belle sa coopération armée avec le Mexique. Des voix d’élèvent contre la venue du président Peña Nieto en France pour les cérémonies du 14 juillet.

C’est écrit noir sur blanc. L’ONU, les grandes ONG de défense des droits de l’homme (Human Rights Watch, Amnesty International), et même la Commission mexicaine des droits de l’homme l’affirment : l’armée mexicaine a recours à la torture et aux massacres en toute impunité grâce à des pratiques de dissimulation. Et pourtant, le gouvernement de François Hollande s’obstine à développer une coopération militaire toujours plus étroite avec le gouvernement d’Enrique Peña Nieto, un président élu grâce à une campagne suspecte, décrédibilisé par plusieurs scandales de corruption ; et surtout, incapable de mettre fin aux abus systématiques d’une armée déployée dans plusieurs Etats du Mexique depuis 2006, dans le cadre de la lutte contre les cartels de drogue. Le nombre de morts violentes durant les deux premières années du mandat de Peña Nieto s’élève à 57 899 selon les chiffres officiels.

De quels abus parle-t-on ?

« La torture et les mauvais traitements sont une pratique généralisée de l’armée et des polices au Mexique ». L’accusation sans détours lancée par un document de l’ONU présenté dans le cadre du Comité contre la torture à Genève en mars dernier n’a pas du tout plu au gouvernement mexicain qui a eu pour seule réponse d’attaquer l’auteur du rapport, Juan Méndez, expert international du sujet, en le qualifiant « d’irresponsable et peu éthique ». Dénigrer le messager faute d’arguments convaincants, voilà la stratégie adoptée par les autorités mexicaines déjà mises en cause dans des massacres récents à Ayotzinapa (enlèvement de 43 étudiants qui manifestaient le 26 septembre) et à Tlatlaya.

« Les disparitions forcées commises par des membres de toutes les branches des forces de sécurités mexicaines se sont poursuivies sous le gouvernement d’Enrique Peña Nieto, parfois en collaboration directe avec les organisations mafieuses » ; et ce, dans un climat d’impunité totale, considère pour sa part Human Rights Watch dans son rapport 2014 sur le Mexique.

La France, complice

Or, c’est cette armée mexicaine qui torture, qui viole, qui assassine et qui séquestre, qui va défiler le 14 juillet prochain sur les Champs-Elysées, sous les yeux de François Hollande et d’Enrique Peña Nieto, président du Mexique et invité d’honneur de la cérémonie afin de sceller la réconciliation entre les deux pays.

Sans craindre le ridicule, Philippe Faure, co-président du haut conseil stratégique franco-mexicain, un organe mis en place pour rapprocher commercialement, scientifiquement et militairement les deux pays, se réjouit même que la France puisse prêter son « expérience » en matière policière au Mexique (illustrée selon lui par la capture des frères Kouachi) pour éviter des drames comme celui d’Ayotzinapa.

S’il ne s’agissait que d’un défilé et d’une remise de médaille à un président décrédibilisé, l’affaire passerait encore. Après tout, Bachar-Al-Assad n’a-t-il pas été lui aussi reçu un 14 juillet ?

Mais avec le Mexique, la coopération va beaucoup plus loin. La France prête son concours au Mexique pour la formation d’un nouveau corps de police : une gendarmerie nationale calquée sur le modèle français, afin de lutter contre le crime organisé. Il faut ajouter à cela des contrats d’armements. Six hélicoptères EC-725 Cougar avaient déjà été vendus au Mexique en 2009 lors de la visite officielle de Nicolas Sarkozy dans ce pays. Et c’est un méga contrat qui s’annonce cette fois-ci avec la vente d’une vingtaine d’hélicoptères français de transport de troupes H225M qui pourrait être annoncée le 14 juillet lors de la venue de Peña Nieto, comme l’a révélé La Tribune. Le contrat pourrait aller plus loin si d’autres contrats, actuellement en négociation, se confirment. Le Mexique est intéressé par des bâtiments navals français de type corvettes de type Gowind2500, ainsi que des frégates Fremm.

Coopération contraire aux engagements

Or selon la Position Commune que la France a adopté avec les pays européens en matière d’exportation d’armements, « les États membres refusent l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires dont l’exportation est envisagée servent à la répression interne ». Le document est signé de la main de Bernard Kouchner en 2008, alors qu’il était ministre des Affaires Etrangères de la France qui assurait alors la présidence du Conseil européen. Sans compter que les Etats européens sont supposés faire preuve « d’une prudence toute particulière en ce qui concerne la délivrance d’autorisations aux pays où de graves violation des droits de l’homme ont été constatés par les organismes compétents des Nations Unies (…) », ce qui est précisément le cas avec le Mexique.

Sur le papier, toutes les conditions sont donc réunies pour une suspension des exportations d’armes au Mexique, comme l’Allemagne l’a décidé pour l’entreprise Heckler & Koch, après des soupçons de ventes illégales d’armes à certains Etats mexicains où la situation des droits humains est calamiteuse.

Qu’attend donc la France pour prendre une mesure similaire ? C’est ce qu’exige une pétition lancée par des citoyens mexicains résidents en France et indignés par la coopération militaire France Mexique.

>Pétition: "Mr Hollande, retirez l’invitation au président mexicain Enrique Peña Nieto aux commémorations du 14 juillet 2015".

 

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