Un autre article de Michel Costadau

Un autre article - plus philosophique - de Michel Costadau

Comme c’est souvent le cas, on parle on parle, et on n’arrive pas à dire l’essentiel. On tourne autour du sujet sans finalement l’aborder. Parce que notre véritable sujet c’est l’homme et son drôle de destin. Alors ce coup-là on y va et on n’a pas peur.

Sauf que si, justement, on a peur parce que quand on se demande qu’est-ce que l’homme, qu’est-ce que la vie, et ce que l’on fait sur terre, petite planète qui fonce dans le vide perdue au milieu des étoiles, ben on n’est pas très rassuré, parce que, en vrai de vrai, des réponses à ça on n’en a pas.

Cette absence de réponse immédiate génère chez la plus part des gens une espèce de vide dont d’autres abusent sans limites en jouant avec la peur ancestrale. En fait, seule l’acquisition et la maîtrise d’un certain nombre de connaissances permet de se défaire un peu de cette emprise. Et donc la tâche la plus importante que nous avons à faire, peut être même la seule, c’est de l’éducation et de l’enseignement pour répandre et partager les connaissances actuelles que tout homme devrait avoir sur le monde dans lequel il vit. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela concerne beaucoup, beaucoup de gens. L’objet de ce texte est donc de présenter quelques éléments du bagage que devrait avoir acquis et maîtrisé chaque humain. Une première partie propose quelques exemples des savoirs que l’on pourrait dire de base, et une seconde partie montre que l’humanité n’en est qu’à ses débuts. Ce texte a aussi un caractère d’introduction méthodologique, c'est-à-dire, puisqu’il s’agit de partager des connaissances, que la composante pédagogique a une énorme importance.

On peut commencer par un point assez simple : l’origine de l’homme. L’homme n’existe pas depuis très longtemps et la question de qui ou quoi a créé l’homme préoccupe presque tout le monde. Or la réponse est toute simple : c’est l’homme qui a créé l’homme. En effet, un être vivant du genre petit quadrupède, peut-être avec une queue, a évolué, a grandi, a subi diverses mutations, s’est mis debout, s’est mis à se promener et a, petit à petit, envahi la terre. Tout cela dans une grande continuité. D’autres l’ont fait avant lui et après lui, il n’y a là rien d’exceptionnel. Ce qui est original, c’est que l’homme a développé une pensée sur ce qui l’entourait et sur lui-même et qu’il a inventé ce qu’il était et il l’a appelé homme. Il n’y a probablement pas d’autres êtres vivants dans ce cas. Cela dit on a traité seulement un aspect de la question des origines, parce que ce n’est pas l’homme qui a créé la vie, puisqu’elle existait bien avant lui. Il faut donc regarder d’où vient la vie d’avant l’homme.

Alors d’où vient la vie ? La caractéristique de la vie c’est la multiplication presque à l’identique et la durée limitée. Les montagnes ou les atomes ne se reproduisent pas même s’ils vivent très longtemps. Par contre, tout un tas d’organismes se reproduisent et se multiplient, même s’il peut y avoir des cas douteux. Les méthodes utilisées sont extrêmement variées, depuis la simple division jusqu’à la fécondation de millions d’œufs, en passant par la pollinisation. Y a-t-il vraiment là un grand mystère ? Non pas du tout. C’est de la chimie. Le fait que les mécanismes les plus simples aient pu être observés donne le sentiment que, pour ces organismes élémentaires, les conditions se sont trouvées réunies pour qu’une multiplication ou une division se mette en place, créant ainsi le processus de la reproduction. Là où ça devient un peu plus compliqué, c’est l’explication de l’agrégation, simplement ou selon des codes et un peu de hasard, de petits bouts de vie en des organismes plus grands, plus complexes, avec des morceaux de vie très différenciés. On peut dire qu’il y a encore du boulot, mais les éléments se mettent en place et notre savoir est suffisant pour quelques énoncés. On peut donc tenir pour  correcte l’assertion que la vie s’est développée sur la terre quand la matière a rencontré des circonstances favorables et donc sans aucune autre intervention que les règles de la chimie, que ça a commencé par des organismes extrêmement simples et que ça a pris du temps. Pour conforter cela on voit que, maintenant, l’on cherche des traces de vie dans d’autres planètes uniquement avec des analyses physiques et chimiques.

Il nous faut quand même éviter un écueil, c’est la notion de dessein. C'est comme si la matière d’avant la vie avait en germe le projet de créer la vie. Rien ne permet d’accepter une telle assertion qui est clairement la projection de comportements humains sur la matière, comme si pour que quelque chose arrive il fallait que ce quelque chose ait eu le projet d’arriver. Le meilleur contre-exemple se trouve dans l’homme lui-même, pour lequel on peut être certain que personne n’a jamais décidé de naître. Il y a là au contraire une partie de hasard qui, à partir du moment où on constate son rôle, doit aussi être appliqué à l’origine de la vie.

Voilà, nous avons bien progressé en introduisant que l’homme descend de la vie, que la vie descend de la matière, mais alors la matière elle d’où vient-elle ? Nous en sommes à parler de la matière originelle, puisque la matière existait avant la vie. Les représentations qui nous sont proposées aujourd’hui ont comme caractéristique la notion de point origine de tout avec une explosion lançant la matière dans tous les sens. Il faut bien comprendre que ce ne sont là que des images et que l’on sait assez peu de choses de la matière originelle. Pour apprivoiser un peu cela, prenons l’exemple de la température minimale infranchissable dite zéro absolu et qui ne semble pas très basse puisque à peine quelques centaines de degrés en dessous de notre zéro qui correspond au gel. Intuitivement, on se demande pourquoi n’y a-t-il rien en dessous de ce zéro absolu, et la réponse c’est que cette température est infiniment froide et que l’image du zéro est trompeuse, parce que en fait il est impossible de l’atteindre puisqu’il faudrait une énergie infinie pour cela. La notion de l’infini, ce qui ne veut pas dire qu’il existe, est d’une grande richesse puisque vous pouvez vous en approcher aussi près que vous voulez, vous en êtes encore … infiniment loin. Nous pouvons nous inspirer d’une autre limite qu’est la vitesse de la lumière. Il faut comprendre que c’est en fait une vitesse infinie puisque pour un petit caillou il faudrait une énergie infinie pour arriver à cette vitesse. Cela nous permet d’envisager que le point origine évoqué plus haut est peut-être infiniment loin et que la matière a peut-être toujours existé. Certes ce n’est pas un concept facile à acquérir surtout parce que nous avons d’abord le réflexe du vivant qui, lui, a individuellement une fin. Mais la matière dont est fait l’individu ne disparaît pas avec lui, elle demeure.

A vrai dire nous devons aussi déjouer un autre piège : c’est le sens de la vie. C’est comme si, une fois lancé, le parcours de chaque individu devait suivre des règles préétablies afin d’atteindre un but, un objectif dans le présent ou dans le futur, but qui, lui seul, donnerait un sens au parcours. Il doit être clair qu’en fait de sens, la vie n’a pas de sens ni pendant ni après. Il n’y a, bien sûr, pas d’avenir après la mort. Car c’est aussi une des caractéristiques des êtres vivants qu’il y a une fin. Ce qui était vivant à un moment perd sa qualité et retourne au cycle de la matière. Evidemment on aurait envie que ça ne soit pas comme ça, mais en fait nous avons de sérieuses indications. La plus pertinente c’est que ce concept de sens et de destinée n’a jamais été appliqué qu’à l’homme. Honnêtement, il n’y a aucune raison, si l’homme doit donner un sens à sa vie, que le chien lui ne le doive pas, ou le bacille de Kock. Mais curieusement personne n’a demandé à un chien de donner un sens à sa vie. La seconde indication c’est l’expérience de ceux qui ont déjà vécu. Le nombre de vies humaines ou animales qui se sont déjà déroulées est très conséquent. Or jamais aucun retour d’expérience n’a été fait. Les morts sont morts même si on peut observer pas mal de traces et on est sûr qu’ils n’existent plus, sauf bien sûr le souvenir que l’on peut en avoir ou retrouver. Mais le souvenir n’est pas la vie. Nous pouvons donc prendre en compte les assertions suivantes, à savoir que l’origine de la vie c’est la simple réunion de conditions particulières favorables comme le hasard peut en fournir, que la vie de chaque individu n’a aucun sens ni aucune destinée et que, après la mort, il n’y a strictement rien.

A ce stade, nous ne pouvons laisser de côté un concept qui a marqué et marque encore notre histoire, c’est celui des divinités. J’entends par là que l’homme a, au cours du temps, conceptualisé quelque chose de différent de lui, d’extérieur à lui, auquel il a donné une force incontrôlable et l’ubiquité, c'est-à-dire une présence partout à la fois et une durée éternelle. Il est certain que cette invention a pour origine la crainte que l’homme a ressenti devant l’hostilité et la dureté de son environnement terrestre, voire de ses congénères. C’est bien une invention, parce que l’on peut suivre l’évolution de cette conceptualisation et elle va dans une seule direction. Au début l’homme a mis des divinités partout, dans l’arbre, dans la montagne, la rivière, le moineau, le soleil et dans la mer. Petit à petit, une réduction du nombre de divinités est apparue, correspondant à une meilleure maitrise de son environnement, pour arriver à une cosmogonie plus simple, permettant le culte de quelques divinités privilégiées. Notons qu’au fur et à mesure que le nombre de divinités diminuait, leur pouvoir augmentait et le nombre des intermédiaires aussi. Beaucoup plus tard, une grande évolution s’est produite, correspondant à un plus grand développement des moyens humains comme l’agriculture ou l’écriture, et c’est l’avènement du concept d’une unique divinité. Là encore, cette unicité permettait un culte plus facile mais, aussi, une concentration de pouvoirs dans les mains des intermédiaires, entre la divinité qui, du coup a été appelée le dieu, et la population que l’on a désigné sous le nom de croyants. Le malheur a voulu que, malgré tout, plusieurs dieux se trouvent en présence car chaque groupe humain avait le sien. Pour des raisons qu’il est difficile d’expliquer sans une manipulation explicite des croyants par des intermédiaires, une certaine intolérance s’est développée et le dieu est devenu un instrument de domination. D’où des conflits entre croyants qui ont amené des guerres fratricides dont nous ne sommes pas encore sortis. Il faut vraiment insister sur le fait que ces dieux uniques là ont été utilisés par beaucoup d’hommes seulement pour asseoir leur soif de pouvoir, et que la population des croyants a été entretenue, et l’est encore, dans une ignorance et une précarité rendant plus facile le travail de conversion des intermédiaires. Le rôle de ces intermédiaires et des institutions qu’ils ont créées dans notre histoire a été une énorme catastrophe et, comme on l’a dit, ça continue. Il faut noter, quand même, que dans beaucoup de groupes humains, ce n’est pas l’intolérance qui s’est développée mais au contraire un certain respect des autres croyances. Mais ces groupes humains là n’ont, du coup, pas été envahissants et se sont trouvés dominés. Heureusement, l’évolution continue et il apparaît qu’aujourd’hui se fait jour la fin de ces concepts, dans la mesure où l’homme, mais pas encore tous les hommes, a acquis une certaine connaissance qui lui permet de se passer de l’assistance des divinités. Ce qui ne veut pas dire que l’homme n’a plus peur de son environnement ou de ses concitoyens, mais que de nouveaux outils rationnels et méthodologiques ont transféré l’inconnu dans des domaines plus techniques et matériels où les croyances ont peu de place, bien que la tendance demeure. Cependant, le travail à faire est énorme car on ne peut passer sous silence la persistance et l’entretien par nos sociétés d’un grand nombre de croyances, y compris techniques. Des croyances il en faut, mais pas de celles qui abaissent l’homme ou ne font que jouer avec sa crédulité.

Ayant contourné quelques obstacles, nous pouvons maintenant établir une nouvelle assertion qui est que l’homme n’a reçu aucune consigne pour dominer le monde et qu’il est, seulement, un être vivant parmi les autres. Nous devons donc nous demander s’il a bien compris ce qu’il fait sur terre et surtout comment il le fait. D’une certaine manière, c’est une question récente dans le sens où l’on peut admettre qu’il n’était pas indispensable de se la poser avant. En effet, avant, l’homme ne connaissait pas les autres hommes, ni sa planète, ni son univers. Depuis quelques années, une étape a été franchie de ce point de vue là, c'est-à-dire que tous les hommes de la terre ont été répertoriés, que la terre aussi a été entièrement cartographiée et que l’univers, même s’il recèle encore bien des mystères, permet de connaître notre environnement immédiat et de comprendre que le prochain soleil est quand même assez loin. La réunion de ces constatations permet donc de se dire que les hommes sont une espèce vivante assez dynamique, qu’ils habitent une planète tempérée et assez sympathique, et que si nous devions avoir des voisins dans l’univers, nous ne sommes pas près de les rencontrer, car même à supposer qu’ils soient dans notre proximité, le voyage durerait plusieurs dizaines de milliers d’années, sans parler du retour. Bien sûr pour se téléphoner ça prendrait moins de temps, mais il faudrait quand même compter plus de dix ans pour entendre la réponse à sa première question.

En fait, l’homme est donc en train de prendre conscience de l’humanité, de son humanité. Clairement on peut affirmer que l’on en est qu’au début. Même si ce mot a été et est utilisé depuis des années, la notion d’humanité est vraiment nouvelle, et si vous vous souvenez bien, le choc de la découverte des amérindiens a débuté par un déni de la nature humaine des premiers autochtones. On parle encore beaucoup de races, de civilisés, de primitifs, tout cela faisant obstacle à l’avènement de l’humanité qui est tout simplement le nom de l’espèce humaine. Prendre conscience de l’humanité, c’est prendre conscience de son appartenance à l’espèce et de sa propre individualité. C'est-à-dire que les hommes sont semblables, ce qui doit inspirer du respect et de l’attachement, mais aussi que ce n’est pas un individu qui fait l’espèce et donc d’une certaine manière l’individu compte peu, les groupes ou l’espèce entière étant plus significatifs. Attention cela ne doit pas être mal compris car ça ne veut pas dire que l’on peut sacrifier sans problème un ou plusieurs individus, comme c’est le cas encore aujourd’hui, non ça veut dire que l’individu est social, qu’il ne peut pas exister sans les autres mais aussi qu’il est remplaçable, qu’il n’est qu’un parmi les autres. Ca veut dire aussi qu’aucune organisation ne peut reposer sur l’individualisme. Hélas sous l’effet du type de société que nous connaissons actuellement, l’organisation de l’espèce humaine a été atomisée, c’est à dire éclatée en groupes de plus en plus petit, de façon à arriver à un microcosme afin que chaque individu devienne un consommateur. La notion de famille monoparentale, contre-sens intrinsèque, représente l’aboutissement de cette logique. Les populations ont subi une énorme pression depuis des centaines d’années pour dissoudre les peuples, les groupes, les tribus et les familles. C’est une très mauvaise direction. Bien sûr il y a eu des réactions et des résistances, comme les communautés, les mafias, les associations, les sociétés secrètes, mais le retour à des groupes humains fonctionnels n’est pas trop facile. On est dans la situation d’avoir à tout reconstruire à partir de l’éclatement dans lequel nous sommes, au moins en occident. Cependant, le préalable indispensable est un grand travail d’éducation et de prise de conscience de ce que signifie l’appartenance de l’homme à son espèce. Il me semble que c’est commencé, mais le reste à faire est énorme.

Dans ce qui suit, nous allons présenter quelques illustrations de cette prise de conscience. Premier exemple, la multiplication. Sans se tromper, on peut dire que la reproduction effrénée est une des caractéristiques du vivant, comme si pour compenser la brièveté de chaque vie il fallait en multiplier le nombre. Cependant on doit se poser la question de savoir si la multiplication des individus doit conduire à une augmentation illimitée de la population ou à un renouvellement nécessaire au maintien. L’exemple des autres formes de vie semble conduire à un mixte, à savoir que, quand les conditions sont favorables, la population augmente, jusqu’à ce que cette augmentation ou une détérioration des conditions favorables amène une régression voire une disparition, même si avant cela des mécanismes d’adaptation performants voient le jour. Pour l’espèce humaine, on a pu constater aussi qu’il en a été de même, et la situation actuelle de finitude de l’espace disponible conduirait, plutôt, à une asymptote de l’humanité. Cependant on voit aussi que si d’un côté les conditions sont réunies pour l’augmentation de l’humanité jusqu’à l’asymptote, d’un autre côté les éléments pouvant entrainer une régression ou une disparition complète sont présents. Dans ces conditions nous sommes peut-être au début d’une grande phase d’adaptation dans laquelle est en jeu le métabolisme de l’espèce. Par exemple, la phase d’augmentation de taille et de corpulence de l’homme pourrait marquer le pas et s’orienter vers une économie, se traduisant peut-être par une réduction de taille mais avec une plus grande adaptabilité aux conditions que nous vivons et allons vivre. Bien sûr l’exemple de la taille ne doit pas être pris comme le critère de notre évolution, mais comme une illustration de la manière dont l’homme peut montrer qu’il a compris comment vivre sur terre, puisque pour le moment nous n’avons pas d’autres endroits pour le faire.        

Deuxième exemple, le rapport entre l’individu et le collectif. Il ne faut pas nier qu’il y a là une grande contradiction, c'est-à-dire qu’à la fois un homme ne veut rien dire, puisqu’il serait mort le lendemain mais en même temps le nécessaire collectif, quel qu’il soit, pose le problème du conflit des individualités. Cependant l’exemple du vivant et aussi le peu que l’on sait de notre histoire, indiquent que seule la survie du collectif compte, une fois de plus non pas par élimination des individus gênants mais par un mécanisme de reconnaissance, d’acceptation et de soumission. Le problème de la soumission ne doit pas être pris à la légère car son refus est la manifestation de l’individualisme nécessaire pour éviter qu’un seul ou quelques uns s’emparent du collectif, bien que seule l’acceptation par chacun de sa place et non de toute la place permette le fonctionnement du collectif. Il est vrai que beaucoup de gens n’ont pas encore bien assimilé cela, en particulier ceux qui ont eu ou ont encore la démarche de croire que la société c’est eux, ou d’accumuler de la richesse personnelle croyant peut être se prémunir contre les vicissitudes de l’existence voire son inéluctable issue. Seule la richesse collective est profitable à l’homme, mais il est vrai que les inégalités de condition que présente l’humanité, incite certains à vouloir agir pour eux seuls. Cette prise de conscience de la nécessité du partage et de l’entraide va prendre encore beaucoup de temps, car je ne suis pas sûr que le mouvement soit lancé.

Pour conclure, on peut déjà énoncer des conséquences assez importantes de nos premières assertions et dire que l’homme est indissociable de la vie, des autres formes de vie et de tous les êtres vivants. L’homme ne peut pas se penser sans tous les autres êtres vivants, animaux, végétaux, bactéries et autres organismes. On peut donc, sans se tromper, dire qu’en ce moment l’homme fait fausse route en traitant une grande partie des êtres vivants comme des objets, voire en les maltraitant. Cependant il faut encore préciser que certains pourraient penser que la disparition des animaux n’est pas catastrophique et envisager que l’homme reste le seul être vivant sur la terre. Cette perspective n’est pas sérieuse, car l’homme est lui-même composé d’êtres vivants et cette imbrication ne peut se résoudre sauf à faire des robots. Il est vrai que c’est peut-être, là encore, le projet de quelques uns, de créer eux-mêmes un homme nouveau en dotant des machines ou la matière de la pensée. Il y a cependant un obstacle à cela, qui est que l’homme ne peut pas penser un homme plus homme que lui. Le plus que l’homme peut penser c’est ce qu’il est lui-même, l’idée qu’il se fait de lui même. Je ne parle pas ici de logiciel, ou de puissance de calcul qui peuvent jouer un grand rôle, non je parle de la conscience et de la connaissance que l’homme a de lui même. L’homme a inventé l’homme, il lui faut maintenant inventer l’humanité. Inventer l’humanité, c’est construire le domaine de vie de l’espèce humaine. Presque tous les animaux ont déjà réussi cela. Pour l’homme, c’est encore très loin tant les conditions de vie de la plupart des individus sont innommables. Inventer l’humanité, c’est  mettre en pratique le concept que l’homme est indissociable des autres formes de vie et qu’il en va de sa survie de protéger la vie sous toutes ses formes. Et ce n’est vraiment pas ce qu’il fait pour le moment.

Michel Costadau

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