Communication en provenance de l'ORGANISATION MONDIALE DE LA SA NTE (O.M.S.) concernant la santé mentale des enfants

Pour étayer mon billet "2.017 les féministes intégristes..." ci-après,je poste ici l'un des textes qui tentent d'alerter sur la dégradation de la santé mentale des enfants...et qui sont ignorés, incapables de nous emmener vers les causes de ces atteintes à la santé psychique, et physique par répercussion, des enfants. Plus de style au mode allusif. Il faut hausser le ton.

 

 

 

 

personnes en situation de crise, et met au point des programmes d’information des-

tinés aux adolescents des lycées.

Santé mentale Europe

(18),

une ONG européenne, milite pour sensibiliser davan-

tage l’opinion à la charge du suicide et pour mieux faire connaître les programmes de

prévention au niveau décisionnel. Elle aide ses organisations membres, en particulier

dans les pays d’Europe centrale et orientale, à mener des actions et à mettre en place

des projets en coopération avec des institutions nationales et locales, des groupes

d’universitaires et de recherche européens, des utilisateurs des services de santé

mentale et des organisations sociales.

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80 Santé mentale : relever les défis, trouver des solutions

11. Santé mentale des enfants

et des adolescents

« La communauté sanitaire internationale s’inquiète de l’état de santé mental de nos jeunes...

il s’agit d’une véritable bombe à retardement et si l’on ne prend pas aujourd’hui les mesures

qui s’imposent, ce sont nos enfants, par millions, qui en subiront les conséquences. »

Dr Hans Troedsson, ancien directeur du programme Santé de l’enfant et de l’adolescent à l’OMS

Relever les défis

Dans la Région européenne de l’OMS, quelque deux millions de jeunes sont atteints

de troubles mentaux allant de la dépression à la schizophrénie, et bon nombre d’entre

eux ne reçoivent ni soins ni traitement. Pourtant, la santé mentale des enfants et des

adolescents est une condition essentielle à la construction de sociétés stables et à leur

préservation. Depuis longtemps, l’Europe montre la voie à suivre et élabore des pro-

grammes dans ce domaine, mais de nouveaux défis se font jour et il faut redoubler

d’efforts pour répondre aux besoins propres au XXI

e

siècle. L’immigration, les

déplacements de populations, l’évolution de la structure familiale, la dégradation des

perspectives d’emploi et le stress perpétuel lié aux conflits ont tous une incidence sur

la santé mentale des enfants et des adolescents et, au bout du compte, sur l’état

sanitaire des nations et de la Région.

Il est aujourd’hui admis que, dans bien des cas, les troubles mentaux chez l’adulte

remontent à l’enfance. La prévalence de nombreux problèmes psychiatriques tels que

la dépression et le comportement suicidaire augmente nettement au cours de

l’adolescence

(1,2)

.

À l’échelle mondiale, on compte jusqu’à 20 % des enfants et des adolescents

présentant des problèmes de santé mentale invalidants

(3)

. Selon les données

disponibles, le taux global de pathologies psychiatriques chez les enfants n’aurait pas

augmenté au cours des dernières décennies

(4)

. Néanmoins, le nombre de jeunes

déclarant spontanément souffrir de dépression a augmenté et les nouveaux cas de

maladies sont en hausse. Bien souvent, les troubles sont récurrents ou chroniques.

Quatre pour cent des 12-17 ans et 9 % des jeunes de 18 ans sont atteints de

dépression, ce qui fait de cette maladie l’un des troubles les plus répandus, avec toutes

les conséquences qu’elle entraîne

(5)

. On diagnostique plus souvent qu’autrefois des

troubles mentaux chez les jeunes filles, notamment les symptômes dépressifs. La

dépression mène parfois au suicide, qui constitue un problème important dans de

nombreux pays et représente la troisième cause de décès chez les jeunes

(3)

. Selon

Geller

(6)

, il existe un lien entre le trouble dépressif majeur chez l’enfant prépubère et

le trouble bipolaire, le trouble dépressif majeur, les troubles liés à la toxicomanie et le

suicide chez l’adulte. La consommation d’alcool et de drogues chez les adolescents a

81

 

 

de nombreuses conséquences, mais l’une des plus importantes est le lien avec le sui-

cide, avec les autres comportements dangereux tels que la violence et avec les décès par

accident de la route. Les taux de comorbidité, c’est-à-dire la coexistence d’un diagnos-

tic d’alcoolisme ou de toxicomanie et d’un trouble psychiatrique, semblent être en

hausse. La phase prémorbide ou prodromique de la schizophrénie commence souvent

à l’adolescence et une détection et un traitement précoces peuvent favoriser un

meilleur pronostic

(7)

.

Quelques exemples d’affections

Deux des diagnostics les plus courants et les plus largement débattus sont l’état de SPT

et le trouble hyperkinétique, ou trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention

(THADA). Dans certaines régions d’Europe, en particulier dans les Balkans, le diag-

nostic de SPT est aujourd’hui chose courante. Les éléments concourant à l’établis-

sement de ce diagnostic donnent une idée de la difficulté qu’il y a à comprendre les

pathologies de l’enfant et leurs conséquences. Il est probable que le contexte de

conflit et de stress favorise la manifestation de ce trouble, mais les facteurs familiaux,

la capacité de l’entourage à faire face et les antécédents psychiatriques jouent tous un

rôle à cet égard. De la même façon, le diagnostic du THADA est aujourd’hui établi

dans de nombreux établissements de soins, mais il reste toujours sujet à controverse et

suscite des questions liées au contexte. Faute de personnel correctement formé, on n’a

plus recours à des critères de diagnostic standards. En outre, les troubles peuvent être

plus symptomatiques d’un dysfonctionnement familial que d’une psychopathologie

individuelle et être dus à des défaillances du système pédagogique. Leibson

(8)

démontre qu’un enfant présentant un THADA représente un coût médical moyen

calculé sur neuf ans de 4 306 dollars des États-Unis, contre 1 944 dollars pour les

enfants ne souffrant pas de ce trouble. Ce chiffre s’explique par un recours plus élevé

aux soins de santé d’urgence et par des visites plus fréquentes dans les établissements

de soins primaires en consultation externe. Il n’inclut pas les soins dispensés par des

psychiatres ou d’autres professionnels de santé mentale.

Les troubles du comportement ont été étudiés dans diverses structures. Il s’agit de

l’une des pathologies mentales les plus couramment diagnostiquées chez les jeunes. Au

Royaume-Uni, selon les données déclarées, la prévalence des troubles du compor-

tement est de 7,4 % chez les garçons et de 3,2 % chez les filles. Ces taux sont plus

élevés dans les quartiers pauvres, les familles monoparentales et les familles sans emploi

(9)

. La prévalence de ces troubles a quintuplé au cours des 70 dernières années dans

les pays occidentaux

(10)

. Le diagnostic, qui peut être établi précocement, est impor-

tant en ce sens qu’il a une incidence sur l’apparition ultérieure de psychopathologies,

et en particulier de la délinquance. Les troubles du comportement vont de pair, chez

l’adulte, avec la criminalité, les problèmes conjugaux, les problèmes relationnels au

travail, le chômage et les problèmes de santé physique

(11).

Ils peuvent mener à

l’échec scolaire, à la consommation de drogue et à la toxicomanie, à l’anxiété, à la

dépression et au suicide. De 25 à 40 % des enfants atteints de ces troubles présentent

à l’âge adulte une personnalité dyssociale.

Depuis quelques années, on assiste à une augmentation des troubles de l’alimen-

tation. Au Royaume-Uni, 1 % de la population est concernée. Généralement, on asso-

cie l’anorexie et la boulimie mentales à une culture occidentale du corps, du poids et

des régimes. Or, si les études semblent corroborer cette hypothèse, elles indiquent

également que, lorsque des individus de diverses origines subissent l’influence de cette

mentalité occidentale, ils sont atteints de troubles de l’alimentation dans des

82 Santé mentale : relever les défis, trouver des solutions

 

 

 

proportions comparables à celles des occidentaux

(12,13)

. Il est important de

comprendre que ces troubles ont des conséquences pendant tout le reste de l’existence.

Une étude réalisée sur des étudiants a montré que 21,6 % des jeunes filles atteintes de

troubles de l’alimentation en présentaient encore les critères cliniques dix ans plus

tard

(14)

.

Selon la Charte sociale européenne

(15)

, le droit de bénéficier de services essentiels

est un droit fondamental ; pour autant, des enquêtes récentes sur les services destinés

aux enfants et aux adolescents ont mis en lumière des différences qualitatives et

quantitatives considérables quant à l’existence même de ces services et à leur niveau,

d’un pays de la Région européenne à un autre. Une étude portant sur 31 pays

européens a ainsi montré que la prestation de services et le nombre de pédopsychia-

tres variaient considérablement entre les pays

(16)

, ce dernier étant compris entre un

pour 5 300 et un pour 51 800 jeunes de moins de 20 ans. Il est indéniable que les

effectifs en personnel clinique assurant des services pédopsychiatriques sont fonction

du niveau de revenus

(16,17)

. Selon les données rassemblées dans le projet Atlas de

l’OMS

(17)

, 23 % des pays n’ont pas de programmes destinés aux enfants. Seuls 10 à

15 % des jeunes atteints de problèmes de santé mentale bénéficient d’une aide dans le

cadre des services de santé mentale infantile existants. Cette aide est très variable selon

les pays : ainsi, en Finlande et en France, il existe un spécialiste en pédopsychiatrie

pour 10 000 jeunes de moins de 20 ans, alors qu’au Royaume-Uni, ce chiffre n’est que

de un pour 30 000, et de un pour 50 000 ou plus en Serbie-et-Monténégro.

Impact social

Lorsqu’une société abrite en son sein des enfants et des adolescents atteints de trou-

bles mentaux ou ayant un risque de le devenir, c’est l’ensemble de cette société qui est

menacée de déstabilisation. Le diagnostic de troubles du comportement et l’existence

de troubles mentaux, combinés à la consommation et à l’abus d’alcool et de drogues,

sont liés à la violence, à la criminalité, à d’autres comportements antisociaux et à

l’incapacité, pour les intéressés, de devenir des citoyens productifs au sein d’un pays

ou d’une collectivité.

Financement

Il existe depuis longtemps en Europe des disparités dans le financement des services

de santé mentale, et en particulier de ceux spécialisés dans les enfants et les

adolescents. Autrefois, dans les pays économiquement forts du nord et de l’ouest du

continent, il était relativement facile d’accéder à des services de grande qualité, à peu

d’exceptions près. Durant l’ère communiste, les pays d’Europe de l’Est disposaient de

services auxquels il était relativement facile d’accéder, bien qu’il n’ait pas toujours été

possible d’en contrôler la qualité. À l’heure actuelle, avec le processus de privatisation

et la récession qui sévit dans certaines économies, l’accès à ces services est devenu beau-

coup plus problématique. L’apparition de la notion de « gestion coordonnée des

soins » et de divers systèmes d’assurance, souvent inspirés des pays d’Europe occiden-

tale, ont mis à mal des services qui fonctionnaient, même s’ils étaient plus coûteux.

Le projet Atlas de l’OMS a montré que les familles en sont trop souvent réduites

à payer de leur poche les soins dont ont besoin leurs enfants et leurs adolescents

atteints de troubles mentaux. L’accès à ces soins s’en trouve bien évidemment limité.

Les systèmes de prestation de soins mis en place dans les pays sont assez variables, mais

d’une façon générale, on semble renoncer au principe de soins universels financés par

l’État. L’accès aux médicaments, notamment aux nouveaux médicaments prometteurs,

Santé mentale des enfants et des adolescents 83

 

 

 

est limité lorsque leur coût doit être supporté par ceux qui, bien souvent, ont le plus

de difficultés financières.

Trouver des solutions

Des recommandations ambitieuses ont été formulées lors d’une réunion tenue à

Luxembourg en septembre 2004 et consacrée à la santé mentale des enfants et des ado-

lescents. Lors de cette réunion, organisée conjointement par la Commission

européenne, le ministère luxembourgeois de la Santé et le Bureau régional de l’OMS

pour l’Europe, on est parvenu à la conclusion qu’il était important d’accorder une plus

grande priorité et d’allouer suffisamment de ressources financières à la santé mentale

des nourrissons, des enfants et des adolescents, en intégrant ce domaine aux plans

nationaux dans le cadre des politiques nationales de santé publique

(18).

Les partici-

pants ont également mis l’accent sur le recours à des initiatives de proximité, sur la for-

mation et sur la mobilisation des patients. Les recommandations formulées dans le

cadre de cette réunion transparaissent dans le Plan d’action sur la santé mentale pour

l’Europe.

L’Europe doit renoncer aux modes de soins archaïques, où qu’ils existent. Dans la

mesure du possible, les enfants et les adolescents doivent être traités dans des environ-

nements garantissant au mieux leur autonomie et respectueux de leurs différences. Les

systèmes de santé mentale doivent être adaptés aux conditions propres à un pays

donné. L’objectif doit être d’élaborer une gamme complète de soins comprenant une

offre de services hospitaliers satisfaisante et des programmes de soins ambulatoires

accessibles et adaptés.

Le traitement de la question des troubles mentaux et la promotion de la santé

mentale des enfants et des adolescents en Europe doivent s’inscrire dans le respect des

droits fondamentaux des personnes concernées, selon les termes de la Charte sociale

européenne.

Afin d’éviter l’apparition de ces troubles, il convient en outre de mener des actions

de sensibilisation aux problèmes de santé mentale des enfants et des adolescents, à

l’intention des parents, des enseignants, des soignants, etc.

Grâce aux nouvelles techniques de diagnostic, à l’uniformisation des processus en

la matière et à une meilleure appréciation des facteurs environnementaux, biologiques

et familiaux, il est possible d’établir un diagnostic pertinent et, par conséquent,

d’opter pour un traitement adapté. Si l’on veut amener les services de santé mentale

pour enfants et adolescents à un niveau qui leur permette de satisfaire les besoins

constatés en termes de diagnostic et de traitement, il convient de renforcer les moyens

d’action. L’élaboration de bonnes politiques en matière de santé mentale des enfants

dans la Région européenne favorisera la mise en place de programmes de formation et

les mesures de soutien à des initiatives pédagogiques. À cette fin, l’OMS a récemment

publié un manuel intitulé

Child and adolescent mental health policies and plans (19)

,

qui contient des conseils sur l’évaluation des besoins, la prestation de services

rationnels et la mise en œuvre d’une gouvernance responsable et viable. La santé men-

tale des enfants et des adolescents devrait être clairement intégrée aux plans d’action

nationaux pour la santé mentale, et leurs différents volets mis au point en collabora-

tion avec les ministères chargés de l’éducation, des assurances et des affaires sociales,

afin de garantir une bonne mobilisation des différents secteurs concernés.

La prévention est un aspect essentiel des services de santé mentale des enfants et

des adolescents. Il est clair que la prévention des troubles présente un intérêt

économique et qu’elle sert au mieux les intérêts de l’enfant, de sa famille et de la

84 Santé mentale : relever les défis, trouver des solutions

 

collectivité. Des progrès importants ont été réalisés en matière d’élaboration de pro-

grammes de prévention, mais ces programmes ne sont pas encore très répandus et ne

bénéficient pas d’un soutien très important. La prévention et la promotion sont des

aspects primordiaux de la santé mentale infantile. Elles entrent en effet dans le cadre

d’une perspective plus globale des soins aux enfants qui doit intégrer les problèmes de

santé mentale.

Alors que les problèmes de santé mentale des enfants et des adolescents intéressent

beaucoup les médias et sont souvent au cœur des débats sur les systèmes éducatifs et

judiciaires, le soutien financier et législatif dont bénéficient les services chargés de

traiter ces problèmes, de même que la formation, accusent un retard considérable dans

la Région européenne. Les initiatives actuelles de réforme de l’économie et des soins

de santé menacent les services de soins et les systèmes de formation relativement bien

développés dans les pays à revenus élevés. Dans les pays à faibles revenus, le système

de protection garanti à ceux qui en ont le plus besoin a été affaibli par les réformes

économiques et politiques. Si l’on ne trouve pas les moyens de financer des services

performants, les sociétés prendront de plein fouet les conséquences, chez les adultes,

de troubles mentaux non détectés et non traités chez les enfants et les adolescents.

L’Europe a déjà commencé à mener des actions de coopération en matière de

formation et elle doit poursuivre sur cette voie et multiplier ses efforts. Les recom-

mandations en matière de formation professionnelle publiées par l’UE des médecins

spécialistes plaident clairement en faveur de soins de grande qualité adaptés aux

besoins des intéressés. Ces recommandations doivent être suivies par tous si l’on veut

garantir l’instauration de normes et de stratégies communes en matière de soins de

santé. Le programme Tempus de la Commission européenne constitue un modèle de

coopération, en matière de formation, entre les programmes déjà en place et les

programmes en cours d’élaboration.

Quelques exemples

À Marbourg (Allemagne), on a eu recours à un service mobile de santé mentale

infantile pour suivre les patients ayant été hospitalisés, recevoir de nouveaux cas en

consultation psychiatrique infantile et assurer une mission d’encadrement auprès

d’établissements pour enfants. Cette unité mobile se composait de trois professionnels :

un pédopsychiatre, un psychologue et un assistant social. Elle parvenait à toucher des

personnes incapables ou refusant de s’adresser à un grand établissement spécialisé.

Cette unité a pu ainsi dispenser des soins de qualité de façon efficace et rationnelle

dans des environnements qui, sinon, n’auraient jamais pu en bénéficier

(20)

.

En Finlande, le Projet Famille efficace

(21)

assure des services sanitaires et sociaux

dans l’optique de venir en aide aux familles et de prévenir l’apparition de troubles chez

les enfants. Ce programme tente d’établir un rapprochement entre la psychiatrie de

l’enfant et de l’adulte et l’action sociale. Il comprend notamment une initiative visant

à renforcer la résilience des enfants en les aidant à comprendre les troubles que peu-

vent présenter leurs parents. Cette intervention nommée « Parlons des enfants »

adopte une démarche psycho-éducative fondée sur la participation des parents à des

discussions portant sur les questions médicales qui les concernent. Le programme

prévoit également des formations permettant à des professionnels de maîtriser les

méthodes utilisées et de devenir à leur tour des formateurs.

Telefono Azzurro est un numéro d’appel national mis en place en Italie pour

prévenir la maltraitance des enfants. Il

permet aux enfants et aux adolescents victimes

de mauvais traitements de parler à quelqu’un sous couvert de l’anonymat. La personne

Santé mentale des enfants et des adolescents 85

 

qui appelle bénéficie sur-le-champ d’une assistance puis est orientée vers un service où

elle pourra recevoir des soins appropriés. Si l’on estime qu’un enfant est en danger

immédiat, on signale son cas aux autorités compétentes, avec son consentement. Ce

programme est aujourd’hui reproduit dans de nombreux pays.

Depuis de nombreuses années, un programme de thérapie de groupe mis en place

dans une clinique de Timisoara (Roumanie) a recours au mythe comme élément cata-

lyseur dans le cadre d’interventions thérapeutiques auprès d’adolescents. Les mythes

ont trait à des thèmes qui touchent au sens de la vie, question cruciale pour de nom-

breux jeunes présentant des signes de dépression et des idées de suicide. Les séances de

groupe visent non seulement à favoriser la thérapie par le dialogue, mais servent égale-

ment d’espaces de discussion sur la symbolique des mythes. Les échanges se déroulent

sous le contrôle d’un psychothérapeute, mais ils sont animés par un adolescent formé

pour jouer le rôle de « catalyseur d’expression ». Les séances sont organisées pendant

toute l’année scolaire et réunissent des adolescents présentant des symptômes de

maladie. Elles s’articulent principalement autour de la réalisation de psychodrames et

de l’analyse des scénarios présentés par les jeunes

(22)

.

En Norvège, le Centre de services psycho-éducatifs s’occupe d’enfants atteints

d’autisme ou de troubles apparentés (ASD). Ce centre étudie les besoins des enfants

et assure une mission de conseil auprès des crèches et des écoles. En Norvège, tous les

enfants atteints d’un handicap ou de troubles de l’apprentissage ont droit à un pro-

gramme spécial d’enseignement. Ce programme est conçu en coopération avec les

parents, les enseignants et les spécialistes du centre. Les enfants présentant des ASD

bénéficient dès leur plus jeune âge d’interventions spécifiques et suivent un pro-

gramme spécial d’enseignement dans les jardins d’enfants et les écoles maternelles. Les

plus âgés bénéficient d’interventions individualisées visant à favoriser leur intégration.

Les personnes atteintes d’autisme ou de troubles apparentés présentent souvent

plusieurs autres problèmes médicaux et psychiatriques. Le réseau national de l’autisme

de Norvège a créé des centres dispensant des services aux personnes atteintes de ces

troubles et de problèmes psychiatriques graves.

Mobilisation des parties prenantes

On constate une mobilisation importante des parties prenantes sur les questions rela-

tives à la santé mentale des enfants et des adolescents, en particulier sur certaines

maladies ou diagnostics. Certes, cette démarche permet la diffusion d’informations sur

des maladies précises et le renforcement des actions de sensibilisation, mais elle peut

également nuire aux efforts visant à satisfaire les besoins généraux en services et en for-

mation dans le domaine de la santé mentale des enfants et des adolescents.

Autisme-Europe

(23)

est un bon exemple d’ONG regroupant des personnes

touchées par une affection particulière et composée essentiellement d’associations de

parents. Elle compte de nombreux professionnels parmi ses membres agissant à titre

individuel et collabore avec des organisations professionnelles. Autisme-Europe est

aujourd’hui une source d’information faisant autorité. Il s’agit également d’une asso-

ciation très efficace de défense des droits des personnes autistes, qui se sert à la fois des

actions en justice et de la publicité que leur assurent les médias pour faire connaître

les besoins des jeunes autistes et de leur famille.

L’organisation Partnership for Children

(24)

a été créée en 2001 afin de promou-

voir la santé mentale et psychique des enfants et des jeunes. Cette organisation a repris

le programme Zippy’s Friends, dont la version pilote avait été lancée au Danemark et

en Lituanie par Befrienders International. Ce programme apprend aux enfants de six

86 Santé mentale : relever les défis, trouver des solutions

 

à sept ans à réagir face à des situations problématiques en partant d’histoires qui don-

nent lieu à des activités visant à développer leur capacité à surmonter les problèmes.

L’objectif de ce programme est d’améliorer la santé mentale et psychique de tous les

enfants.

La European Society for Child and Adolescent Psychiatry (Société européenne de

psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent)

(25)

, qui rassemble des professionnels venant

de toute l’Europe, a une triple mission de perfectionnement professionnel, de diffu-

sion d’informations et de sensibilisation. Les congrès organisés par cette association

permettent aux professionnels de différentes disciplines impliquées dans la santé men-

tale d’échanger les connaissances nouvellement acquises. La Société finance des pro-

jets de formation professionnelle.

Le projet FOCUS

(26)

préconise le recours à des pratiques efficaces dans le

domaine de la santé mentale de l’enfant et de l’adolescent. Il accorde une importance

particulière à la diffusion d’informations et défend une conception de la pratique

fondée sur des données scientifiques pour toutes les catégories de professionnels et

dans tous les cadres de services.

L’Association internationale de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des pro-

fessions associées

(27)

est un groupement d’organisations nationales consacrées à la

psychiatrie de l’enfant et d’organisations professionnelles associées. Cette ONG, qui a

des relations officielles avec l’OMS, œuvre en faveur du renforcement des services de

santé mentale destinés aux enfants en Europe de l’Est, appuie l’idée que la santé men-

tale des enfants fait partie des droits de l’homme et met en place des programmes

visant à faire progresser la recherche dans le domaine de la santé mentale des enfants

par le biais de différents programmes de formation.

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88 Santé mentale : relever les défis, trouver des solutions

 

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