UNE RELIGION TALIBANESQUE ET GALILEENNE S'EST IMPLANTEE EN FRANCE.EN FRANCE

La violence avec laquelle les préceptes sont imposés fait penser aux talibans, ou à l'église condamnant GALILÉE. Ci-après je vous propose un état des lieux fait il y a moins de trente ans, dont le sérieux ne peut être contesté.

Page 17 du livre d'Evelyne SULLEROT "Quels pères ? Quels fils ? (1992) on peut lire :

...S'ils étaient vraiment ces pères indifférents et/ou démissionnaires qu'on a pu soupçonner, les hommes s’accommoderaient de ces jugements en faveur des mères. Or ce n'est pas le cas. De plus en plus  de pères se réveillent, atterrés, quand ils se voient séparés de leur(s) enfant(s) sans avoir commis de faute  ni de manquement grave, au seul préjudice de leur sexe. Certains, nous le verrons, sombreront dans la dépression, s'éloignent, ne s'en relèvent pas. D'autres se rebellent, font appel des jugements, s'enflamment, finissent par mettre en cause le Code, le système judiciaire, la société tout entière. D'autres cherchent à s'unir, fondent des associations, impriment des journaux, défilent, manifestent. Dans l'Europe entière. Mais leurs clameurs pas plus que leurs plaintes ne trouvent d'écho dans les médias, dans l'opinion publique, ou auprès des décideurs.

De cela, je puis, mieux que d'autres, témoigner, mes fonctions m'ayant conduite à beaucoup fréquenter les décideurs sociaux que ces questions devraient "interpeller", mes écrits m'ayant conduite  à rencontrer constamment des journalistes spécialisés, et des auditoires  intéressés aux problèmes familiaux.

Pourquoi, quand j'aborde devant eux ces sujets, tant d'analystes de notre société, conseillers pou décideurs ès politique sociale, pourquoi tant d'importants militants familiaux, tant de juristes libéraux, si coucieux des droits de l'homme, me répondent-t-ils seulement par des échappatoires dubitatives : "Vous croyez, vraiment, chère amie ?" dont je ne sais si elles signifient qu'ils ont des doutes sur mes capacités de jugement, ou s'ils me conseillent de ne pas m'intéresser, par prudence, à un problème aussi embarrassant. S'intéresser à la paternité, et quand on est une femme, de surcroît, n'est-ce pas  le meilleur moyen d’apparaître "réactionnaire" ? Renégate, hérétique, relapse ou je ne sais quoi, au regard du féminisme pour lequel j'ai bien combattu et auquel, par mon travail quotidien, j'apporte une contribution appréciée en Europe, pour l'emploi et la formation professionnelle des femmes.

Tous me signifient que c'est là un sujet "qui marque mal". Aucun, jamais, ne s'enquiert du chemin qui m'a fait m'intéresser à cette question saugrenue, à ce sujet tabou - non plus que des arguments qui nourrissent ma curiosité. Ils me prennent tous pour une "militante", une fois de plus, qui a choisi une mauvaise "cause". Les questions que se pose la sociologue, ils n'y croient guère, et ne voient à l'évidence pas du tout la nécessité de les formuler.

Paternité, attention ! cela fleure le "paternalisme" et le goupillon, comme "famille" a des relents pétainistes. Je m'inquiète de l'avenir. Ils s'inquiètent de me croire retournée au passé - au passé le p;lus exécré.Le malentendu est total. On me croit passéiste quand je me sent avant-gardiste...

"ILS N'ONT QUE CE QU'ILS MÉRITENT"

Pourquoi, depuis des années que je fais salles comblent dans toutes les villes de France, de Belgique et de Suisse où l'on m'a demandé de venir parler des avatars de la famille en Europe, pourquoi, dans les débats qui suivent mes exposés, n'y a-t-il jamais eu une seule question sur les pères ni sur le devenir de la paternité ?

Si je me décide à poser moi-même à les auditeurs la question : "Vous voyez donc combien souvent, dans ces rapides et profonds changements qui affectent les familles, le père s'éloigne ou est éloigné : qu'en pensez-vous ?La paternité vous parait-elle en crise ?, pourquoi court-il souvent un rire étouffé dans la salle suivi d'un grand silence ? Si, finalement, quelqu'un se risque à répondre à ma question est-ce toujours une femme ? Son commentaire, souvent bien tourné et nourri des plus récents  termes de la psychologie moderne, revient à dire que, oui c'est certain, les pères ont perdu leur pouvoir ; oui, leur image est floue ; oui, ils tâtonnent ; oui, ce n'est pas à eux qu'on confie les enfants en cas de séparation, mais c'est bien "naturel", non ? Et puis...ne l'ont-ils pas bien mérité ? N'est-ce pas là un "juste retour des choses" ? Ne vous rendez-vous pas combien nos ancêtres furent odieux, oppresseurs, dans cette famille hiérarchisée qui leur réservait le pouvoir ?

Un murmure d'approbation ponctué de vigoureux hochements de tête  vient confirmer que voila bien traduite la pensée des mères présentes. Elles s'en soucient comme d'une guigne, des pères séparés de leurs enfants. Ils n'ont que ce qu'ils méritent ou plutôt ce qu'auraient mérité leurs arrière-grands-pères à col dur, ces pater familias  dont il parait justifié de se venger sur leurs arrière-petits-fils-jeunes-pères. Au nom des mères. Des enfants, il n'est point question.

Pourquoi aucun homme , jamais, ne vient-il répliquer là-dessus qu'il ne se sent pas responsable des excès de pouvoir qu'exerçait son aïeul ? Pourquoi se taisent-t-ils, les jeunes pères, et aussi les jeunes grands-pères ? Pourtant, je le sais par les conversations privées qui suivent la conférence, chacun a pensé à quelque divorce survenu dans sa famille, à quelque couple non marié qui justement se sépare. Chacun a pensé à son fils, à un frère, à un copain impliqué. Mais pourtant, tous se sont tus. Ont-ils peur d'avoir l'air de revendiquer ? Se sentent-ils solidaires d'une culpabilité masculine générale, et n'osent-t-ils enfreindre le silence auquel elle les condamne ?

Page n° 107 du livre "Pilule, sexe ADN d’Évelyne SULLEROT

...De la campagne initiale en faveur de l'avortement j'ai gardé souvenir d'un débat organisé par LE NOUVEL OBSERVATEUR dans une salle Pleyel bondée à craquer, chaude, électrique. Une escouade de jeunes femmes  organisait la prise de parole sur scène. Certaines portaient un badge à l'inscription stupéfiante ; non pas "Avortement libre ! " ou "droit à l'avortement ! ", mais "Je veux avorter ! " On eut dit qu'elles n'étaient pas militantes d'une cause  mais candidates à un baptême du feu qu'elles appelaient de leurs vœux. Pour moi qui cherchais à promouvoir la contraception afin de protéger les femmes de l'avortement, c'était une provocation, et, en attendant mon tour de parole en coulisses, je me demandais si je ne ferais pas mieux de quitter une telle manifestation. A mes cotés, Anne-Marie DOURLEN-Roller, avocate du planning, se sentait aussi mal à l'aise : Quand on a toujours été à l'avant-garde ça fait un drôle d'effet de se sentir grillée par plus en pointe que soi ! "me chuchota-t-elle. Je m'entendis répondre : "Elles ne sont pas en avant de nous, elles sont hystériques ! " et je résolus de rester. Au cours de la soirée, le professeur MILLIEZ, admirable médecin d'une ouverture d'esprit  rare, et alors fort âgé,  fut accusé de ne pas être net dans ses propos. Puis, bousculé dans la fosse d'orchestre par les ménades  au cours d'une mêlée confuse, il disparut un moment avant de réapparaître, pale et boitillant. La salle hurlait pendant qu'on l'emmenait, divisée contre elle-meme, avec ça et là des empoignades entre spectateurs venus pourtant presque tous en sympathisants.

Quand je fus poussée devant le micro, je rappelais notre lutte pour que la femme puisse éviter toute grossesse inopportune, puis j'ajoutais que, si elle était enceinte après un rapport non protégé, "ils étaient deux responsables, potentiellement parents, qu'elle n'était pas seule concernée, qu'elle ne pouvait prendre seule la..." Je crois avoir réussi à prononcer le mot "couple" avant d’être, comme à un radio-crochet musclé, littéralement arrachée du micro et assez malmenée, je le fus également à la sortie dans la rue, à l’effroi de mon mari qui tentait de me dégager de ces harpies" comme il disait.

Mon observation : La même situation qu’aujourd’hui existait déjà. Les protagonistes avaient déjà le même comportement. La différence est cependant colossale : La masse de faits venant en contradiction avec les affirmations du féminisme radical pouvaient encore être évoqués. La vox populi n'était pas complètement muselée.

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