Le monde d'après... Pourquoi, avec qui et comment ?

Nous avons tous un avis sur ce qu'il faudrait faire après la crise. Quel tournant nous devrions prendre. De façon unanime, les éditorialistes de tous poils, les "journalistes" des médias grands publics font globalement confiance au gouvernement en place pour le monde d'après. Refusons cet avenir écrit à l'avance.

D'autres ont bien compris que les discours compassionnels du Président ne sont qu'un ingrédient d'une entourloupe évidente. Le macronisme ne saurait, par essence, résoudre l'équation complexe du renouveau social et écologique dont la France a besoin. Un exemple très récent, s'il ne faut en citer qu'un, le prouve : les députés de la droite macroniste ont voté hier (17 avril 2020) l'attribution de 20 milliards d'aide publique aux grand pollueurs.

Alors quoi ? Doit-on attendre la prochaine élection présidentielle et le duo mortifère annoncé sans broncher ? Macron-Lepen au 2e tour, c'est l'horizon qui nous est promis ?

L'amarda médiatico-financiere possède les armes pour faire de ce projet une réalité. Nous le savons. Le matraquage de la presse, de la télévision est incessant et utilise le temps de cerveau disponible pour nous rentrer dans le crâne que notre Président est la seule alternative aux dangereux populistes que sont Lepen et Mélenchon. Dans ce scenario bien ficelé, réglé comme du papier à musique, dans lequel Mélenchon serait aussi haïssable que la représentante de l'extreme-droite, le sauveur de la nation est Emmanuel Macron. Evidemment. Tellement ridicule.

Je ne vais pas faire l'inventaire de l'action du Président pour convaincre qu'il est ce qui nous est arrivé de pire depuis longtemps. Ni que Marine Lepen ne représente rien d'autre qu'une émanation infâme de ce qu'a toujours été l'extreme-droite; quand elle ne sert pas l’intérêt des partis de gouvernement, elle exacerbe la haine de l'autre en période de crise, se choisit un bouc émissaire, parfois les juifs, parfois les musulmans, pour engranger les voix des pauvres et prospérer.

Une alternative doit naître de la convergence de ceux qui refusent cet avenir décidé dans les arrières boutiques du pouvoir.

De la gauche.

La gauche, oui. N'ayons pas peur des mots. Commençons par arrêter d'avoir peur d'utiliser ce mot. N'en ayons pas honte.
Certains ont récemment voulu casser ce qu'il représente au nom d'un en même temps mortifère. On voit, in fine, ce que ça produit : le macronisme. "En même temps" ? Il n'y a rien de gauche dans ce qu'il nous propose aujourd'hui.

La gauche, aujourd'hui, ce sont des valeurs et des actes :

C'est celle qui quitte l'hémicycle au sujet des ventes d'armes dans le conflit au Yemen, celle qui organise des réunions publiques pour dire #NonALaPrivatisationADP & qui manifeste pour le climat.

Celle qui est d’accord pour accueillir l'Aquarius, celle qui refuse d'enfermer les enfants dans les centres de rétention, celle qui veut rétablir l’I.S.F., qui est pour établir une vraie justice fiscale et sociale, pour s'attaquer vraiment à la fraude fiscale, investir dans la transition écologique et les services publics.

D'accord pour que la police ne soit pas le bras armé qui mutile le peuple, que le droit de manifester et la liberté de la presse ne soient pas mis à mal, pour revenir sur la loi du secret des affaires, pour agir en faveur des centaines de sans domicile fixe qui meurent chaque année dans la rue, pour augmenter les minimas sociaux, pour annuler les privatisations d’ADP, de la FDJ, des barrages électriques, pour interdire le glyphosate, réorienter par exemple le CICE « nouvelle génération » sur les TPE/PME (pour qu’elles créent des emplois, elles, et le supprimer pour les grands groupes qui engraissent les actionnaires et licencient par milliers), agir contre les lobbies et les paradis fiscaux.

Face au constat évident d'une convergence des valeurs et des idées à gauche et de l'urgence d'agir, nous assistions hier, effarés, à une guéguerre publique et "fratricide" sur les réseaux sociaux. il faut avouer quand même que le sujet de la dispute n'est pas anodin... Les verts proposent un jour d'après qui devrait être pensé de concert avec les macronistes. Autant je regrettais la prise à partie publique de Mélenchon, autant je la comprends tant la proposition de Julien Bayou est incroyable. Comment imaginer composer un avenir meilleur avec cette droite ultra libérale ?

Hallucinante aussi, cette tribune signée par Yannick Jadot, ce "manifeste" signé par Danone, Ikéa, Coca Cola, L'Oréal Suez, Volvo, Nestlé, Renault et des eurodeputés LREM... Julien Bayou, dans sa lettre à Jean-Luc Mélenchon disait "la période réclame de la clarté." Oui du coup, ce désir de réfléchir au monde d'après avec la macronie et cette tribune signé par Y. Jadot entretiennent un flou qui mérite clarté... Parce qu'on ne comprend pas... Il est évident que ce gouvernement ne peut pas concevoir l'avenir tel que nous l'imaginons à gauche. Social et écologique.

Beaucoup sont persuadés qu'un autre avenir est possible. Plus humain, plus collectif, plus écolo. Persuadés que Macron et ses amis ne pourront pas en être les artisans. Persuadés que seule la gauche, celle qui s'assume en tant que telle, peut la construire.

Mais il faut être fort. Fort face à l'ogre médiatique abreuvé de l'argent des milliardaires. Ces derniers préféreront toujours mettre en balance un ex-banquier et l'extreme-droite, au risque que cette dernière l'emporte, plutôt que de devoir céder un pouce de terrain à ceux qui leur réclament de partager leurs richesses indécentes.

Alors rassemblons-nous.

Puisqu'à plusieurs nous serons plus forts. Du NPA de Besancenot, au PCF de Roussel, Jumel et Faucillon, à Generation.S de Balas et Hamon, à la France Insoumise de Fiat, Autain et Mélenchon, aux verts (s'ils clarifient leur discours)... Quand au PS... C'est un sujet délicat pour le moins, tranché pour beaucoup... Le quinquennat de Francois Hollande est dans les mémoires.. La trahison fut rude, la mise en orbite d'Emmanuel Macron, impardonnable... Mais certains pourraient se rallier si une alternative crédible existe. Les autres partiront chez Macron... Rassemblons tous ceux qui refusent cet avenir obscur pour nous et nos enfants.

Créons ensemble les bases d'un programme, d'une vision commune de la société que nous voulons tous, l'inverse de celle de Macron, avec des lignes à tracer clairement, nettes, intangibles (maintien de l'ordre, (violences policières), libéralisme, CRA, fiscalité... investissement massif dans l’écologie et les services publics, justice fiscale, sociale etc..)

Nous vivons un moment critique de notre histoire, dans deux ans, il sera trop tard pour regretter d'avoir tout tenté pour éviter la chute...

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