Pour une alliance des gauches et contre un 2e tour Macron/Lepen en 2022.

La France Insoumise n’a pas confirmé son statut de leader de la gauche. Aujourd’hui rien ne semble pouvoir empêcher un 2e tour Macron/Lepen en 2022 et certainement pas une gauche éparpillée. Est-il fou d’envisager qu’une gauche unie sur des valeurs communes nous permettrait de passer le 1er tour en 2022, d’enfin mettre fin à la monarchie présidentielle et d’instaurer la 6e république ?

Le résultat de la France Insoumise a fait mal. 6,3%, cinquième juste devant un PS à 6,2% qu’on annonçait déjà mort… Alors, on peut se gargariser du fait que cinq députés supplémentaires rejoignent le parlement européen… C’est mathématique, leur nombre dépend du score et ce score est faible. Bien plus faible que ce que les 19,58% de 2017 aurait pu faire espérer.

Le Premier constat que l’on peut faire, c’est que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’a pas confirmé son statut de leader de la gauche.

Rien, dans les résultats de ces élections européennes ne semble faire entrevoir une issue favorable à la présidentielle de 2022. Rien ne semble pouvoir empêcher un deuxième tour Macron/Lepen. Est-ce que le score d’EELV pourrait faire de ce parti la force politique qui rassemblera derrière lui les électeurs de gauche ? Y. Jadot semble le croire comme Mélenchon avec la FI avant lui…

Rien ne semble empêcher l’issue fatale de 2022… Et certainement pas une gauche éparpillée façon puzzle face au duo construit conjointement et de mains de maître, il faut le dire, par la macronie et les médias de masse. Rien.

Après les déclarations des uns et des autres dans les médias, au lendemain de ces élections, on se demande ce que cherchent vraiment les dirigeants de la France Insoumise.

Deux lignes sembleraient « s’affronter ». Une ligne C.Autain / M. Aubry (appelée ainsi par Raquel Garrido dans son interview à Regards) clairement de gauche, tournée vers l’espérance (d’une union ?) moins dans l’invective et les coups d’éclats et une autre défendue par R. Garrido elle-même mais aussi A. Corbière (et la plupart des cadres FI ?) plus dure, revenant aux fondamentaux de 2017, une France Insoumise où Vukuzman était encore là par exemple… Une ligne « populiste » assumée qui considère par exemple que Macron n’a, en réalité, pas gagné, que sa supposée défaite en fait un cas réglé d’avance (dixit R. Garrido) et que la vraie force étant le RN, ce sont vers ses électeurs qu’il faut aller pour y grapiller des voix. En gros, il ne faudrait plus parler de gauche, ni à gauche mais à tout le monde y compris aux soi-disant « fâchés mais pas fachos » qui auraient pourtant continué à voter massivement extrême-droite aux européennes… Et pourtant, ce n’est pas faute de les avoir lourdement dragués à longueur de manifestations Gilets Jaunes… Ça n’a pas fonctionné.

L’analyse faite pas les cadres FI de cette déroute électorale est étrange.
Ils semblent croire qu’il s’agit d’un accident. Que les 19,58% de 2017 sont là, cachés, quasiment acquis, et qu’ils vont miraculeusement revenir en 2022 et rééditer l’exploit incroyable de la dernière présidentielle.
Et quand bien même cela se produirait, ça ne suffirait pas à franchir le 1er tour.

Ce que nous vivons aujourd’hui est si grave, si dangereux pour la démocratie, si injuste (fiscalement et socialement notamment) pour les français que ces stratégies politiques ne sont à l’évidence pas à la hauteur des enjeux.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que nous allons tout droit vers un nouveau deuxième tour Macron/Lepen dont l’issue est loin d’être jouée d’avance contrairement à la dernière fois.

Cet avenir sombre devrait permettre de considérer que les petits calculs, l’espoir d’une remontada et d’une victoire de la FI en 2022 ne suffisent pas.

Le risque est trop grand. Un quinquennat Lepen ? L’extrême-droite au pouvoir ? Ce serait Macron en bien pire. Et un deuxième quinquennat Macron ? Serait-ce supportable ?

Alors que la victoire de Macron, ce 26 mai, (oui, c’est une victoire) nous plonge dans une 2e partie de quinquennat qui s’annonce pire que la 1ere, peut-on encore fermer les yeux sur ce que nous vivons et sur cet avenir obscur qui nous est promis ?

C’est à se demander si les dirigeants des partis de gauche ont réellement conscience de la situation, comme nous nous la ressentons dans nos tripes…

Ces petits calculs politiques ne sont-ils pas hors de propos quand on a réellement conscience de ce que fait Macron ?

N’est-ce pas suffisant pour prendre ses responsabilité une bonne fois pour toutes et tout faire pour cesser les agissements de ce président qui n’est qu’un produit marketing vendu par la finance ?

Si les partis et mouvements de gauche sont d’accord avec ce qui suit*, qu’est ce qui justifie le fait de ne pas créer une « fédération » des mouvements et partis de gauche unis ? FI, Génération.s (B. Hamon), PCF (I.Brossat), EELV (S.Regol, E.Benbassa) et PS (Glucksman/C.Nouvian) unis sur un socle commun, des valeurs, un programme pour atteindre les 28-30% qui nous permettrait de passer le 1er tour en 2022 et battre Lepen par exemple au 2e tour et enfin mettre fin à la monarchie présidentielle et instaurer la 6e république ?

*Si tout le monde est d’accord pour accueillir l'Aquarius, ne pas enfermer les enfants dans les centres de rétention, rétablir l’I.S.F., pour établir une vraie justice fiscale et sociale, pour s'attaquer vraiment à la fraude fiscale, investir dans la transition écologique et les services publics…

Si tout le monde est d’accord pour que la police ne soit pas le bras armé qui mutile le peuple, que le droit de manifester et la liberté de la presse ne soient pas mis à mal, pour revenir sur la loi du secret des affaires, pour agir en faveur des 600 sans domicile fixe qui meurent chaque année dans la rue, pour augmenter les minimas sociaux, pour annuler les privatisations d’ADP, de la FDJ, des barrages électriques, pour interdire le glyphosate, réorienter par exemple le CICE « nouvelle génération » sur les TPE/PME (pour qu’elles créent des emplois, elles, et le supprimer pour les grands groupes qui engraissent les actionnaires et licencient par milliers), agir contre les lobbies, les paradis fiscaux et la fraude fiscale.

Pour l’essentiel de ce qui est cité plus haut, l’UE n’a pas de réelles influences. On peut agir au niveau national. Et quand bien meme ça irait à l’encontre des directives européennes, et alors ? Où est l’Europe quand l’Autriche vote la semaine de travail à 60h ou quand d’autres pays de l’Union Européenne bafouent les libertés publiques ?

Rien ne justifie que l’union de la gauche ne se fasse pas. Rien.

A part l’ego démesuré de certains dirigeants politiques qui pensent qu’ils gagneront seuls. Mélenchon, Hamon hier, jadot Aujourd’hui.

A part considérer que c’est un jeu, que les enfants, à genoux, mains sur la tête de Mantes-la-Jolie, au fond, c’est pas si grave, que huit journalistes d’investigations soient interrogés par la DGSI pour connaître l’identité des sources ( !), que 24 manifestant aient été éborgnés, que 5 ont eu une main arrachée et que, parmi les victimes, 43 sont des mineurs, 107 des journalistes et 32 des médics (bilan Mediapart/D. Dufresne au 30 mai 2019) …ne nécessitent pas une vraie prise de conscience, une remise en question et que, devant l’ignominie, la seule arme efficace soit mise en œuvre : l’union à gauche, seule force qui puisse nous faire arrêter le massacre.

La défaite annoncée de 2022, qui nous prolongerait dans un chaos encore plus grand, que ce soit Macron une nouvelle fois, ou l’extrême-droite (un cauchemar encore bien pire) doit mobilier LES gauches pour créer ce mouvement historique qui renverserait la table et ferait de l’avenir, une espérance réjouissante.

Et pour rassurer ceux, à la France Insoumise ou ailleurs, qui verrait l’union de la gauche comme un nouveau PS à la Hollande, une gauche traitre, celle qui a servi de marchepied à la macronie, il faut les rassurer : Si il y a alliance, elle se fera sur un programme que chacun aura validé sur la base de ce qui a été dit plus haut. Et contrairement à 2017, l'union avec le PS n'a pas le même parfum de soufre, puisque l'essentiel des traîtres à la Gauche est parti chez Macron, et que nous n'avons plus à redouter un Manuel Valls, un François Hollande ou toute autre personnalité qui ne défend que les valeurs ultra-capitalistes de l'Europe, autrement dit un produit "Macron". 
Une fois l'union faite, les cadres de la FI ne vont pas disparaître dans la nature, ils seront là pour mener le projet à bien avec tout le monde : la fin de la monarchie présidentielle et instaurer la 6e république pour une démocratie juste, écolo et solidaire.

 

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