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Billet de blog 17 mai 2021

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Agressions de cortèges syndicaux le 1er mai 2021: faits et éléments d’analyse

La lettre de «Rebond Anticapitaliste» est un courrier "irréguliomadaire" publiée selon l'actualité. Cette première lettre consacrée aux agressions contre des cortèges syndicaux le 1er mai 2021 a été envoyée la semaine dernière par mail sur des listes de diffusion et à celles-ceux qui nous ont contacté. Nous la partageons ici. 

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La lettre de «Rebond Anticapitaliste» est un courrier "irréguliomadaire" publiée selon l'actualité. Cette première lettre consacrée aux agressions contre des cortèges syndicaux le 1er mai 2021 a été envoyée la semaine dernière par mail sur des listes de diffusion et à celles-ceux qui nous ont contacté. Nous la partageons ici. Rappel contact : rebondanticapitaliste@protonmail.com

Agressions de cortèges syndicaux le 1er mai 2021 : faits et éléments d’analyse

Les attaques contre le cortège de la CGT sur la place de la Nation lors du 1er mai parisien ainsi que les agressions contre le cortège CGT à Lyon ne peuvent pas être minimisés comme le rappelle Annick Coupé. Plusieurs compte-rendus journalistiques ont relaté ces événements, par exemple « à chaud » sous forme de thread twitter Taha Bouhafs ou sous forme d’article abordant également certains éléments de fond.

Les faits vécus par certains d’entre nous recoupés avec les témoignages d’autres camarades vont globalement dans le même sens que ces comptes-rendus.

A Nation, le public hostile n'était pas en nombre (quelques dizaines), il était varié (des individus portant des « Gilets Jaunes », quelques cagoulés en mode Black Blocks). Avant les incidents, personnes qui arrachaient des affiches CGT pour bomber des trucs anti masques/ anti vax... C'est important car ça a été le cas dans plusieurs villes (complotistes, anti vax...). Et qu'y compris dans les syndicats, la matrice idéologique complotiste monte beaucoup (des individus dans les milieux syndicaux se sont embourbés dans ce disent discours et disent que les syndicats se sont couchés sur la question sanitaire…). En France il n'y a pas eu de manifs ou même d'émeutes "contre la dictature sanitaire" comme dans d'autres pays européens. Une partie de ces "réseaux" étaient là samedi. Mais ces groupes n’étaient pas coordonnés, ils se sont amalgamés dans l’action. Ce n'était pas une initiative anticipée et organisée.

Les événements se sont enchaînés rapidement : blocage des camions, provocations et insultes, militants CGT vite débordés, coups, jets de projectile contre la CGT, encore plus de monde autour des camions, bagarre avec insultes (« collabos » etc.).

La police a laissé les camions CGT très longtemps près de la place des Antilles sans ouvrir les barrières anti-émeutes. Des gens sont revenus vers les camions entraînant de nouvelles bagarres. La non-ouverture des barrières aux camions a duré longtemps, coincés de ce côté les militants de la CGT avaient l'air bien seuls et anxieux.

Cette agression ne vient pas de nulle part. Il existe sans doute différents degrés de haine contre les organisations. Il monte depuis quelque temps une ambiance nocive et une haine dans les manifs (voir notamment la manif sécurité globale parisienne du 5 décembre : https://www.unioncommunistelibertaire.org/Des-flics-devant-des-agresseurs-dans-le-dos-la-manif-parisienne-du-5-decembre). Et ce n'est pas un débat extérieur au monde militant.

L'attaque de samedi est le fait d'un groupe plutôt confus/issu des gilets jaunes pouvant avoir des tonalités d’extrême-droite sans en être une composante. Une illustration est la manière dont cet événement est relaté par un individu qui a participé aux GJ sur Facebook. Il ne s’agit pas d’un militant d’un courant politique défini, il peut rendre hommage à un militant syndical récemment décédé quelques jours avant le 1er mai et arborer le drapeau confédéré sur un t-shirt. Son discours global n’est pas celui d’un militant d’extrême-droite mais plutôt celui d’un « consommateur individuel» de manifestation, ne concevant pas une action « collective » et « sanctionnant » une entité n’ayant pas suivi ou facilité ses décisions qui sont avant tout marqué par une naïveté « insurrectionniste ». L’émeute insurrectionnelle est fétichisé quel que soit le rapport de force à l’échelle de la société (qui passe au second plan) et le contenu politique (avec, du coup, une fascination pour l’invasion du Capitole par l’extrême-droite US). En somme, un niveau de compréhension politique très faible mêlé à du ressentiment et un sentiment de bonne conscience qui légitime les pires violences masculiniste en se prenant pour un modèle de pureté et de radicalité politique.

Cette conception s’est sédimentée lors de la dernière phase, descendante, des Gilets Jaunes. Ainsi, lors des dernières manifestations GJ ne regroupant que les quelques milliers de manifestants (rien avoir avec les dizaines de milliers des premières tout aussi violentes), de nombreux participants trouvaient que la manifestation était un échec en l’absence d’affrontements violents avec la police et d’utilisation massive de lacrymos. Ces cortèges de la phase de décomposition des GJ a pu se confondre avec ce qui restait du « cortège de tête » pour en arriver à cette fétichisation de l’émeute aboutissant au slogan "Morts aux syndicats".

Force est de constater que beaucoup de groupements se réclamant de « l’autonomie » ou des intellectuels « en soutien » n’ont eu qu’une fonction opportuniste de glorification de ce magma sans avoir la moindre prise dessus, l’exécrable site Lundi Matin (issu de la mouvance « Appeliste »/« L’insurrection qui vient ») légitimait l’agression. Sans en arriver à ce degré caricatural d’ultragauchisme fantasmant un monde dans la fumée des lacrymos, une tentation a pu exister de considérer les « services d’ordre » syndicaux, en particulier celui de la CGT, comme une entité invariante (et qui porterait, au fond, une part de responsabilité depuis les années 70 dans ce qui s’est passé le 1er mai).

Or, sans nier des limites, contradictions et problèmes pouvant exister dans les services syndicaux. Cette vision omet un certain nombre d'évolutions. Le SO de la CGT n'est pas plus le même s’il n’est pas un idéal ou présentant certains standards organisationnels (par exemple, comme ceux forgés par le SO de la LCR), il existe en son sein des débats, une démarche pour un SO mixte (évolution non aboutie mais avec des changements ces dernières années) et surtout, contrairement à ce qui a pu être affirmé cette semaine, le SO ne bloque plus le repli du « cortège de tête »/ « Gilets Jaunes » ! C'est le fruit de débats au sein du SO de la CGT depuis 2016, de tentatives de liens avec le cortège de tête (discussions informelles avec des anti-fa etc...) pour éviter les bagarres de mai 2016 ... Politiquement, le recrutement du SO de la CGT est bien plus divers, comprenant des militants de gauche radicale dont la présence dans cette structure aurait été inimaginable durant les 70s. L’immense danger est que ces évolutions positives soient remises en cause ou bloquées par cette agression du 1er mai 2021.

Au contraire, il s’agit d’approfondir ces efforts, d’isoler la partie des « autonomes » s’étant eux-même situés en adversaires (et, évidemment, l'extrême-droite) en convainquant les éléments d'extrême-gauche qui sont tentés par ce genre de comportements ou au moins en faisant comprendre que cette violence contre la gauche sociale et politique est inacceptable et ne sera pas sans conséquence.

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