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Billet de blog 15 déc. 2021

La vision des femmes

Analyser la conjoncture avec les yeux des femmes ce n’est pas biaiser l’analyse ou la voir d’un seul angle. C’est rendre visible ce qui est invisible, ce qui passe toujours sous la table, ce qui reste dans le silence.

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Mardi 14 décembre 2021 / DE : GINETTE LEWIS

photo Georgia O’Keefe abstraction

L’ajustement budgétaire du gouvernement Legault

Le ministre Girard avait une bonne nouvelle à annoncer à la population québécoise : les finances publiques vont bien.

Ce qui n’est pas dit c’est que ce beau score c’est sur le dos des femmes bas salariées dans le secteur public que le gouvernement a belle jambe. Les anges gardiens (au masculin même si ce sont à 75% des femmes dans le secteur public) n’ont pas obtenu des augmentations faramineuses ni des primes. Le gouvernement Legault a négocié en divisant les titres d’emplois. Il a avantagé les infirmières et les préposées aux bénéficiaires. Ces deux titres d’emplois étant au front de la Covid et donc les bonifier était électoralement payant. Mais les autres titres d’emplois n’ont reçu que ce que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) recommandait à l’ensemble des pays industrialisés soit 2%. Monsieur Legault est donc fidèle à l’application des mesures néolibérales mondialement déterminées.

Ce qui n’est pas dit non plus c’est qu’avec un inflation de 5%. Ces femmes du secteur public voient leur salaire baissé de 3% compte tenu du 2% d’augmentation. À peine signée la convention collective est déjà symbole d’appauvrissement des femmes.

Les organismes communautaires ont vu la somme de 163 millions seulement reconduite. Pas de nouvelles sommes pour financer adéquatement ces 4000 groupes à travers la province et pas d’indexation pour pallier à l’inflation. Se sont 460 millions qu’il faudrait au communautaire car les groupes ont de la misère à bien rémunérer leur personnel et surtout à le garder en période de pénurie. En plus, la crise sanitaire a créé des besoins plus urgents pour les personnes démunies qui ont obligé les groupes à développer plus d’énergie et de ressources.

La lutte des éducatrices en garderies

Une lutte exemplaire parce qu’utilisant la grève générale illimitée démontrant une radicalité assumée. Une grève exemplaire aussi par la solidarité des parents et aussi par la mise en place de l’intersyndicalisme pour unifier les troupes. Enfin le fait de refuser la tactique de division caquiste de graisser un titre d’emploi : les éducatrices en service de garde pour lutter pour des augmentations de l’ensemble des membres des CPE montre une autre voie que celle déployée dans le secteur public à savoir négocier centrale syndicales par centrale pour aller chercher le plus possible en tirant la couverte de son bord.

Leur lutte illustre l’importance de construire des fronts communs et de s’allier la population par des revendications claires et justifiées. Et leurs revendications étaient justifiées. Pour une personne cuisinière il y avait 10 $ de l’heure de différence avec le secteur public.

Et cette lutte exemplaire est le fait des femmes dont le travail, la compétence, la profession est sous-estimée. La vieille notion de gardienne d’enfants demeure collée à leur profession et justifie des salaires les plus bas pour des diplômées de techniques de Cegep. Quelle différence entre une infirmière qui prend soin de personnes malades et une éducatrice qui fait l’apprentissage des enfants ? Le salaire est différent.

Pourtant le gouvernement Legault a reçu du fédéral 6 milliards sur 5 ans pour le système de garderies. Où va aller cet argent ? Aux petits amis du ministre Fizgibbon, 68 millions sans appel d’offres ?

L’arrogance misogyne et antisyndicale de ce gouvernement a de quoi mettre en rogne.

Et si on parlait des CHSLD et de la Covid ?

Oui les femmes vivent plus vieilles que les hommes. Mais soulignons qu’elles sont plus nombreuses à être décédées de la Covid.

Comment le gouvernement Legault a-t-il géré cette crise sanitaire ? En bon père de famille qui apparaît à la TV à tous les jours et semble en contrôle de la situation.

Pourtant les travailleurs et travailleuses de la santé ont manqué de matériel pour se protéger et pendant 6 mois ( jusqu’au vaccin) sont allée-e-s travailler au risque de leur vie. Une vingtaine sont d’ailleurs décédé-e-s du virus.

Les femmes ont été en première ligne : tous les jours arriver au travail et risquer leur vie. Il ne faut pas oublier cela. Aucune profession n’a connu un tel stress.

Et le vaccin, après 6 mois passe de 90% d’efficacité à 40%. Le personnel en santé a été vacciné début 2021. Depuis le 9 novembre, les infections sont en augmentation chez le personnel soignant. Le gouvernement Legault parle de troisième dose maintenant.

Et qu’est-ce qui arrive avec la nationalisation des CHSlD privés promise par monsieur Legault. Les femmes racisées dans les agences de placement au salaire minimum et souvent sans papiers aimeraient bien voir leur situation s’améliorer.

Et les agences de placement que font-elles encore dans le secteur de la santé ? Sur les moins bons horaires de travail promet Legault ? Pourquoi pas les abolir et les intégrer au secteur public ? Les femmes verraient leur situation s’améliorer, c’est trop pour un gouvernement misogyne ?

Parlons aussi maternité. Les premiers services fermés en période de délestage ont été les maternités. Les femmes devaient faire, surtout en région, beaucoup plus de kilométrages pour aller à l’hôpital. Ce sont ces services qui ont aussi connu un manque flagrant de personnel. Et au début de la pandémie, les femmes ont accouché seules, le ou la conjoint n’étant pas autorisé à y assister.

Enfin le gouvernement Legault a géré la crise à la va comme je te pousse en improvisant les mesures sur le dos de la population. Les citoyens et citoyennes québécoises n’ont pas eu leur mot à dire, car monsieur Legault a imposé un baillon au parlement et a agi par décret. Et il s’en est servi dans le contexte de négo du secteur public et para public pour forcer les conditions de travail des infirmières entre autres.

Un gouvernement vert

En pleine crise sanitaire combinée avec une crise écologique au niveau mondial, le gouvernement Legault prépare ses élections en se parant de beaux discours verts. Il va à la COP 26. Il rejette GNL. Il parle de pétrole sale et des énergies fossiles. Tout cela pour mieux faire des affaires avec Hydro Québec et l’hydroélectricité : en vendre aux États-Unis, mêler l’hydrogène dans les pipelines avec le gaz naturel (qui est un gaz de schiste) avec Énergir. Permettre l’exploration du pétrole en Gaspésie, détruire les milieux humides pour la construction domiciliaire et construire un troisième lien au coût de dix milliards pour les autos et que dire de l’extraction du lithium ?

Ces projets non verts mais couleur pétrole visent à développer des emplois masculins majoritairement : ingénierie, construction, surveillance etc.

Tout ce discours resurgit en même temps que le ‘prendre soin’ des communautés en période de pandémie a prouvé son importance capitale. On ne paie pas les femmes, on ne les reconnaît pas dans leurs compétences et on lance des projets qui vont accentuer la crise climatique et poser encore plus le "prendre soin" au bord du gouffre. Tout cela pour les profits des entreprises extractivistes et pour des visées électorales de création d’emplois.

Les communautés autochtones ont été les premières à se mobiliser pour dénoncer tous ces projets extractivistes et destructeurs de la terre, de la forêt et des animaux. On les a écouté ? Non, et cette stratégie de sourde oreille va empirer la situation.

C’est le prendre soin fait par les femmes ou les grands projets d’infrastructures au profits de multinationales gloutonnes et destructrices de la terre.

Et les violences

18 féminicides...Ça a pris 18 meurtres de femmes pour que le gouvernement qui a, ne l’oublions pas, de bonnes finances publiques pour débloquer d’abord 4.5 millions de dollars puis un rajustement de 92 millions sous les pressions de l’opinion publique alors que les besoins sont de 450 millions pour les maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violences conjugales. Mais bien des besoins sont encore laissés en plan : rien pour financer la prévention dans les centres de femmes et dans les maisons d’hébergement pour les femmes séparées alors que les plus grandes violences se produisent à ce moment là. Quant aux femmes autochtones et celles en itinérance : les sous ne sont pas sur la table.

La vie des femmes a-t-elle un prix ? Les finances vont bien mais c’est au compte goutte que l’argent sort et à la condition d’en mettre autant pour aider les hommes. Mais est-ce que ce sont les hommes qui meurent ? Les femmes souffrent, sont blessées physiquement et psychologiquement et meurent...ça ne vaut pas une priorité en terme de financement ?

Et si on parlait de violence économique et de pauvreté des femmes. 68% des emplois perdus pendant la Covid étaient des emplois de femmes selon l’Iris. Depuis le 1er décembre et jusqu’à la fin du mois les femmes québécoises travaillent gratuitement si on fait une comparaison pour mieux situer les inégalités salariales. La crise du logement fragilise encore plus les femmes et particulièrement celles victimes de violence conjugale. L’inflation va devenir aussi cruciale au cours des prochains mois avec un panier d’épicerie qui va augmenter de 7%.

Conclusion

Le sort fait aux femmes dans notre société doit être mis en lumière. Le taire c’est biaiser l’analyse. Les femmes forment la moitié de l’humanité ne l’oublions pas.

Mentionnons que le gouvernement Legault, par ses politiques droitières, n’a fait que se situer dans les mouvances internationales de gestion de la crise. Qu’on regarde en France. La crise sanitaire a servi, dans bien des pays, à imposer des mesures de droite et même d’extrême droite avec Trump et Bolsonoro comme modèles.

Mais les premières à souffrir de ces mesures sont les femmes que ce soit sur les restrictions concernant l’avortement ou les violences féminicides ou la répression et le viol des femmes comme au Chili et au Mexique. Les femmes ont perdu 800 milliards durant la Covid soit le PIB de 98 pays. Les politiques de droite méprisent les femmes.

De dollars

Crise économique, crise sanitaire, crise écologique, crise sociale : quatre crises qui vont s’imbriquer encore davantage dans les prochaines années. Les femmes vont avoir à lutter fermement pour ne pas perdre des acquis et gagner leur indépendance et leur autonomie. Mais tant que toutes les femmes ne seront pas libres, les femmes lutteront pour prendre leur place et sortir de l’ombre et de l’invisibilité.

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