LA DÉRİVE FOULİSTE DE LA FRANCE İNSOUMİSE.

Le ver était dans le fruit. Mais je ne pensais pas qu'il grossirait si vite.

Au mois de février 2016, Jean-Luc Mélenchon annonçait la création de La France Isoumise, et mettait donc fin au Front de Gauche, l'alliance qu'il avait nouée en 2009 avec le Parti Communiste Français.

Ce faisant, il développait la ligne dite du"populisme de gauche", théorisée notamment par la philosophe politique belge Chantal Mouffe.

Au fond, le "peuple" contre les dirigeants, auxquels il lance : "Qu'ils s'en aillent tous !".

Cette vision mythifiée d'un "peuple" vertueux devant s'opposer à des dirigeants illégitimes est la clé pour comprendre deux actes politiques fondamentaux de La France Insoumise.

1° Le refus d'appeler à voter contre Marine Le Pen et donc pour Emmanuel Macron lors du second tour de l'élection présidentielle de 2017.

Ainsi, face à l'extrême droite, Jean-Luc Mélenchon, qui, en 2002, appelait tout à fait à juste titre à voter pour Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen, alors que ce denier avait recueilli 16% des suffrages, s'est refusé à faire de même en 2017 contre Marine Le Pen qui en obtenait 21%.

Cette position politique irresponsable et très dangereuse s'expliquait, pensais-je à ce moment, par sa volonté de ne pas apparaître comme un soutien d'Emmanuel Macron.

Ce qui par ailleurs n'excusait rien du tout.

Mais je pense désormais qu'une deuxième raison existait.

A savoir, dans la logique du"populisme de gauche", le fait de ne pas déplaire à la partie des électeurs du Front National venant de la gauche communiste. Voire, au-delà de ces électeurs-là, au "peuple" électeur du FN. 

Je suis sûr que Jean-Luc Mélenchon ne s'alliera jamais avec le Rassemblement National.

Mais je suis certain que la seule position électorale conséquente quand l'extrême droite est présente au deuxième tour d'une élection est de se désister sans condition pour son adversaire.

2° Le soutien sans réserves apporté par LFI au mouvement des "gilets jaunes".

Après pourtant que Jean-Luc Mélenchon ait déclaré juste avant la première journée de mobilisation du 17 novembre dernier : "Ce sont les fachos qui vont y aller".

A ce stade de mon raisonnement, je dois revenir sur la nature et l'évolution de ce mouvement.

A son début, déclenché par la hausse inacceptable de la taxe carbone sur les carburants, celui-ci se caractérisait par le refus de la baisse du pouvoir d'achat formulée par le refus de l'augmentation de la CSG des retraités et par un rejet global de la fiscalité, et par un rejet violent des élus politiques et de tous les corps intermédiaires, notamment syndicaux.

Soit un thème (le premier) plutôt de gauche, un autre (le deuxième) à la fois de droite et d'extrême droite, et le troisième totalement d'extrême droite.

Il faut reconnaître que l'engagement dans ce mouvement principalement de l'extrême gauche trotskyste et de LFI a contribué à "gauchir" partiellement les demandes des "gilets jaunes", notamment sur le thème du rétablissement de l'ISF et sur celui du retour des services publics dans les zones rurales ou "périphériques", ce dernier sujet déjà présent, mais moins fortement.

Il n'en demeure pas moins que le mode d'action choisi, le blocage ou le filtrage des axes routiers était intrinsèquement dangereux (entraînant d'ailleurs la mort de dix personnes), et qu'un nombre (très) important de "gilets jaunes" se comportaient comme des milices en intimidant ou en menaçant les automobilistes n'arborant pas leur gilet jaune au bas de leur pare-brise.

Il n'en demeure pas moins qu'un nombre certain de "gilets jaunes" médiatisés ont tenu des propos d'extrême droite, ou au minimum complotistes, fascisants ou factieux, et que ces propos n'ont quasiment jamais été condamnés par ceux des "gilets jaunes" médiatisés qui ne les ont pas tenus, au nom de...la liberté d'expression de chaque "gilet jaune"...

Idem s'agissant des manifestations quasiment jamais déclarées en préfectures, des violences et des dégradations des samedis successifs, des actes homophobes, racistes, antisémites, néo-nazis. 

S'il est évident que tous les "gilets jaunes" manifestant ne sont pas coupables de ces actes inadmissibles, il reste qu'un certain nombre d'entre eux les ont commis, ainsi que les militants de l'extrême droite et de l'ultra gauche infiltrés ou tout simplement présents dans ces cortèges anarchiques.

Et qu'on le veuille ou non, il suffit de lire les enquêtes d'opinion et d'observer la sociologie et la géographie électorales de ce mouvement pour constater que sa majorité au moins relative au début, et très probablement absolue depuis la fin du mois de décembre, est constituée par des électeurs du Rassemblement National et par des abstentionnistes plutôt bienveillants envers l'extrême droite.

J'en reviens à La France Insoumise.

En dépit de tous les faits précités, LFI a soutenu totalement ce mouvement quand il s'est déclenché et le soutient toujours 

Ce qui s'explique par sa ligne politique "populiste de gauche" selon laquelle "le peuple" a forcément raison contre ses représentants.

Ce faisant, plusieurs dirigeants de LFI ont frôlé ou franchi la ligne jaune, si je puis dire.

Frôlé : c'est Jean-Luc Mélenchon évoquant une instrumentalisation de l'antisémitisme après l'agression dont a été victime Alain Finkielkraut, alors qu'il s'agissait de la condamner sans contorsions langagières. (Alors que Jean-Luc Mélenchon n'est pas antisémite.)

Franchi : c'est François Ruffin qui cite Etienne Chouard, proche de l'extrémiste de droite Alain Soral condamné pour antisémitisme, pour vanter le Référendum d'Initiative Citoyenne.

Franchi : c'est le même François Ruffin qui exprime sa détestation physique du visage d'Emmanuel Macron, utilisant là un procédé typique de l'extrême droite. 

Pour rester sur le RIC, LFI va jusqu'à proposer l'instauration  d'un référendum révocatoire des élus du peuple, se prononçant ainsi, de fait, contre la démocratie représentative, pourtant indispensable pour faire vivre précisément une démocratie.  

LFI devrait réfléchir à une leçon de l'Histoire du siècle dernier.

Tant Mussolini en Italie que Hitler en Allemagne, pour conquérir le pouvoir, ont relayé et exprimé des demandes sociales : c'est une constante des mouvements d'extrême droite de s'appuyer en partie sur les classes populaires quand ils sont dans l'opposition, pour ensuite gouverner en faveur du capital.

Il ne faut jamais oublier que Mussolini était, avant de fonder le parti fasciste, un militant socialiste, ni que le mot nazi est la contraction de national-socialiste.

LFI devrait également réfléchir à une autre leçon de l'Histoire : quand l'extrême gauche et l'extrême droite sont en concurrence, c'est toujours l'extrême droite qui gagne à la fin.

Pour une raison simple : il est toujours plus facile de s'en prendre à l'immigré que l'on croise tous les jours et qui n'a pas de pouvoir, qu'au banquier que l'on ne voit jamais et qui a le pouvoir.  

Et enfin, Jean-Luc Mélenchon, féru d'Histoire et de littérature, devrait méditer le mot de Victor Hugo : "Souvent la foule trahit le peuple."

 

 

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