GILET JAUNE ET VÊTEMENT BRUN : ÇA COMMENCE À BIEN FAIRE.

Agé de 58 ans, célibataire, percevant une pension d'invalidité de 1500 € mensuels depuis 2 ans, locataire d'un appartement T2 d'un organisme HLM situé en banlieue d'une grande ville de province, ancien employé durant 36 ans d'une grande administration, ancien syndicaliste CGT de 1984 à 1994, je ne suis pas soupçonnable de faire partie des «élites» du pays.

J'ai déjà exprimé sur ce blog mon soutien aux revendications de gauche en matière de justice sociale et fiscale du mouvement des gilets jaunes.

J'y ai également, dès avant le 17 novembre 2018, souligné la partie d'extrême droite de ce mouvement.

Marine Le Pen ne s'y est d'ailleurs pas trompée, en soutenant celui-ci dès son début.

J'ai le regret de constater que, s'agissant de cette dimension d'extrême droite, plusieurs faits et propos me donnent raison.

Pour ce qui est des faits :

- 9 morts consécutifs au mode d'action violent en lui-même choisi par les gilets jaunes, à savoir entraver la liberté de circulation sur les axes routiers.

- Des attitudes intimidantes ou agressives envers des automobilistes n'arborant pas un gilet jaune.

- Quelques agressions homophobe, raciste, la chanson ultra-vulgaire et antisémite de Dieudonné visant Emmanuel Macron entonnée à Paris lors d'une manifestation.

-Trois gilets jaunes, dans une rame du métro parisien faisant des quenelles, insultant une vieille dame de confession juive et scandant "on est chez nous", slogan favori des meetings du Rassemblement National.

- Des manifestations jamais déclarées en préfectures, sans services d'ordres, se traduisant par des marches anarchiques de rues en avenues. 

- Des provocations et des violences très graves envers la police républicaine lors de manifestations dans plusieurs villes.

- De nombreuses agressions physiques de journalistes par quelques meutes haineuses.

- Des gilets jaunes dissuadés de rencontrer Edouard Philippe à Matignon par des menaces de mort.

Pour ce qui est des propos :

Certains gilets jaunes invités notamment sur les chaînes d'information en continu ont exprimé dignement des revendications salariales et fiscales parfaitement légitimes.

Un certain nombre d'autres y ont exprimé tout autre chose.

- Maxime Nicolle, dont le surnom sur Facebook "Fly Rider" pouvait déjà faire douter de la profondeur de la réflexion, ne nous a pas déçu.

Auteur de propos complotistes  au sujet de l'attentat terroriste de Strasbourg et affirmant "qu'un vrai attentat était un attentat kamikaze au milieu d'une foule", au mépris des faits constitués par de précédents attentats de même nature qu'à Strasbourg perpétrés en France.

Conversant sur une messagerie vidéo avec son acolyte Eric Drouet en affirmant tous les deux une infox de l'extrême droite au sujet du pacte de Marrakech sur les migrations, faisant croire que les Etats perdaient leur souveraineté en matière migratoire, alors que le texte du pacte dit exactement le contraire.

S'affichant lors d'une conférence de presse avec Etienne Chouard, un proche d'une figure de proue de l'extrême droite Alain Soral condamné entre autres pour "incitation à la haine raciale" et "apologie de crimes de guerre et contre l'humanité".

Déclarant dans un enregistrement vidéo tout récent, "que des gens préparent un soulèvement national avec des armes", et que "des gens se préparent à être beaucoup moins pacifiques, voire plus du tout pacifiques".

- Eric Drouet :

Appelant lors d'un débat télévisé les gilets jaunes à entrer à l'Elysée, ce qui lui a valu une convocation par la Justice pour appel à une manifestation illicite.

Interpellé une première fois lors d'une récente manifestation à Paris en possession d'une arme par destination, et qui sera jugé à ce propos le 5 juin prochain.

Interpellé une deuxième fois à Paris après avoir une énième fois appelé à une manifestation non déclarée en préfecture, manifestation ayant pour but a-t-il dit "de choquer un peu l'opinion", et se déroulant comme par hasard à quelques centaines de mètres de l'Elysée.   

Niant avoir voté aux deux tours de l'élection présidentielle pour Marine Le Pen, mais parlant dans un post sur Facebook supprimé depuis "d'invasion migratoire" et de "racaille", soit exactement la terminologie permanente du Rassemblement National.

- Christophe Chalençon :

Employant à la télévision au mois de décembre des termes comme "enfoncer la lame", "porter le fer" pour qualifier la suite du mouvement des gilets jaunes.

Réclamant le 3 décembre sur Europe 1 le remplacement d'Edouard Philippe à Matignon par le général de Villiers.

Déclarant dans un enregistrement vidéo le 23 décembre que "beaucoup de manifestants gilets jaunes sont armés", que "la guerre civile est inévitable à partir du samedi 5 janvier prochain", et que "Macron doit plier, sinon c'est aux militaires d'entrer en jeu pour permettre la mise en place d'un gouvernement de transition".

Ces derniers propos tombent à mon avis sous le coup de la loi.

Evidemment, je n'assimile pas tous les gilets jaunes à ces provocateurs proches ou faisant partie de l'extrême droite.

Mais il demeure que ce mouvement est quand même largement représenté médiatiquement par ces petits personnages qui auront eu leurs quarts d'heure warholiens.

Et quand je vois Jean-Luc Mélenchon parler de sa "fascination" pour "le personnage révolutionnaire" qu'est selon lui Eric Drouet en le comparant avec un homonyme du temps de la Révolution Française, cela m'inspire trois réactions :

Voir un ancien ministre de Lionel Jospin et de Jacques Chirac fasciné par un tel provocateur fascisant est lamentable.

Voir un féru d'Histoire mettre sur le même plan une monarchie absolue et une République fondée sur la démocratie représentative en dit très long sur son aveuglement ou sa mauvaise foi extrémistes.

Et pour continuer en matière d'Histoire, Jean-Luc Mélenchon pourrait rappeler que Mussolini et Hitler ont su pour parvenir au pouvoir relayer des revendications sociales de gauche, pour mener ensuite une politique toute en faveur du capital.

Toute personnalité politique prétendant représenter le peuple à elle seule est en fait un potentiel dictateur. D'extrême droite comme d'extrême gauche.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.