2022 : CONTRE MARINE "TRUMP" LE PEN, LA GAUCHE AVEC EMMANUEL MACRON.

Les électeurs de gauche ont des raisons d'être déçus par Emmanuel Macron.

En matière fiscale, du fait de la diminution de l'imposition sur les plus hauts revenus et pour les grandes entreprises, sans aucune contrepartie.

En matière de droit du travail, par une réforme réduisant les droits syndicaux et donc les contre-pouvoirs représentés par les syndicats dans les entreprises.

En matière d'indemnisation du chômage, en réduisant le montant des allocations et (plus tard) en en rendant l'accès plus restreint.

Plus globalement, s'agissant de sa conception libérale et pro-patronale du travail et des conditions du travail.

Simultanément, d'autres mesures prises par le président Macron sont de gauche.

La mise en oeuvre du chômage technique indemnisé à 84% du salaire net depuis le début de l'épidémie du Covid.

L'augmentation respectivement de 11% et de 12% de l'Allocation Adulte Handicapé et de l'Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées. 

L'augmentation de 180 € mensuels pour les personnels soignants non médecins (objectivement, une première depuis 1968).

Le zéro reste à charge pour quasiment tout le monde en matière de prothèses dentaires esthétiques, de lunettes et d'audioprothèses (chacune dans certaines gammes).

Au total, il reste que sur la question économique et sociale, Emmanuel Macron est clairement de droite (ou, au mieux, de centre droit).

J'en viens à la prochaine élection présidentielle.

Pour reprendre une expression du théoricien communiste Lénine, "l'analyse concrète d'une situation concrète", quel est l'état de la gauche partidaire ?

La France Insoumise, du fait notamment d'erreurs répétées d'analyse dues à une vision largement fausse et populiste de la société française, n'est plus en mesure d'obtenir le résultat de 19,5% des voix enregistré par Jean-Luc Mélenchon en 2017.

Le Parti Communiste Français est durablement marginalisé sur le plan national.

Europe Ecologie Les Verts est divisé sur la politique écologique à conduire, et ne dispose pas d'une crédibilité suffisante pour que son candidat soit élu.

Le Parti Socialiste est très affaibli du fait du quinquennat de François Hollande, qui l'a décrédibilisé durablement comme expression d'une alternative politique.

Toutes les enquêtes d'opinion convergent : la gauche ne représente que 30% de l'électorat.

La présence certaine d'au moins deux candidats émanant de ces quatre formations politiques conduit à la quasi-certitude suivante : la gauche sera malheureusement absente du second tour de l'élection présidentielle.

Ce qui ne sera malheureusement très vraisemblablement pas le cas de la candidate de l'extrême droite, Marine Le Pen. 

Il apparait clairement qu'elle dispose d'un socle d'électeurs suffisant pour être pour la seconde fois consécutive au second tour.

Je souhaite de tout coeur me tromper, et ferai tout mon possible pour l'empêcher.

Si on se situe dans  l'hypothèse qu'elle y figure, un deuxième problème capital se pose à la gauche.

Car si, par miracle, un candidat de gauche se retrouvait face à elle au second tour, je ne suis pas du tout certain que celui-ci l'emporterait.

Pour une raison simple : une partie significative de l'électorat de la droite républicaine pourrait très bien soit voter Le Pen, soit s'abstenir.

Dans extrême droite, il y a droite. Cette lapalissade me semble utile à formuler.

Alors, pour reprendre le titre d'un ouvrage du même Lénine, que faire ?

D'abord, prendre acte d'une réalité électorale constante : c'est tout sauf un hasard si ce sont Jacques Chirac puis Emmanuel Macron qui ont respectivement écrasé et largement distancé Le Pen père et fille en 2002 et 2017.

En effet, la droite et le centre sont de très loin les mieux placés pour battre l'extrême droite, car conservant de fait leur électorat au second tour et "empêchant" donc une partie de la droite de voter pour l'extrême droite.

Cette condition nécessaire n'est pas suffisante.

Pour battre l'extrême droite, et la mettre au plus bas niveau électoral et donc politique possible, l'électorat de gauche doit voter, même sans plaisir, pour le candidat opposé à Marine Le Pen, afin d'éliminer celle-ci.

Je n'emploie pas le mot éliminer par hasard.

Le Front National, quoique tente Marine Le Pen pour opérer un ripolinage de façade, est un parti anti-républicain, néofasciste et raciste.

Au congrès du Front National, le 10 mars 2018, Steve Bannon, principal conseiller politique de Donald Trump, s'adressait aux militants du FN en ces termes : "Laissez-les vous appeler racistes, xénophobes, islamophobes...Portez-le comme un badge d'honneur...".

Au début de l'année 2014, Marine Le Pen déclarait : "En France, quand un pouvoir se met en place, il est toujours confronté à des contre-pouvoirs limitant ou empêchant la mise en oeuvre de ses projets ; cela doit cesser".

Soit la condamnation de la définition même d'un régime démocratique.

Elle ajoutait : "Si j'arrive au pouvoir, je serai dure avec ceux qui ne jouent pas le jeu...".

Tout récemment, lors du débat qui l'a opposé à Gérald Darmanin sur France 2, elle a déclaré au sujet du nombre d'étrangers vivant en France : "J'en appelle au bon sens des Français qui eux savent que l'immigration s'est considérablement aggravée depuis des années".

Déjà, notons le mot "aggravée" accolé au mot "immigration". Classique pour l'extrême droite.

Alors qu'en réalité, l'immigration a très faiblement augmenté en France durant les dernières décennies.

Et justement, Marine Le Pen, par ses propos, exprime sa vraie nature raciste et dévoile la véritable politique raciste qu'elle veut mettre en place.

Car elle assimile très clairement l'immigration, donc la présence d'étrangers en France, à la couleur de peau des individus.

Sinon, comment les "Français" comme elle dit (au fond, ceux blancs de peau) pourraient savoir si une personne arabe ou noire de peau est étrangère ou Française ?

En réalité, son obsession affichée contre l'islamisme radical cache son rejet dirais-je "quasi congénital" de tout ce qui n'est pas blanc de peau.

C'est si vrai que le Front National ne vote jamais à l'Assemblée Nationale ni au Parlement Européen les lois visant à combattre le terrorisme islamo-fasciste.

C'est si vrai que dans les manifestations contre le mariage pour tous en 2013, Marion Maréchal Le Pen et les autres dirigeants du FN défilaient avec les catholiques traditionnalistes et dans le même cortège que les musulmans salafistes.

Extrémistes religieux de toutes confessions, unissez-vous.

Lors de ce débat, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a eu le très grand tort de dire à Marine Le Pen qu'elle était soi-disant "molle".

Car, loin d'être molle, elle est dure, inhumaine, comme tout(e) néofasciste raciste qui se respecte.

Cela dit, accuser Gérald Darmanin de complicité avec l'extrême droite comme le font un certain nombre de dirigeants de gauche n'est pas fondé.

Ne serait-ce que parce que le conseil des ministres vient de prononcer la dissolution du groupuscule d'extrême droite Génération Identitaire, sur proposition du ministre de l'Intérieur (dissolution qui aurait dû intervenir bien avant selon moi).

Génération Identitaire, mouvement ouvertement raciste, violent, qui est devenu en fait l'équivalent du mouvement de jeunesse du Front National.

Pas seulement en disant plus haut ce que pense et dit en tentant de le camoufler le parti de Marine Le Pen.

Egalement car un grand nombre de dirigeants tout récents et actuels de Génération Identitaire font totalement partie, comme dirigeants, attachés parlementaires ou conseillers politiques, de l'organigramme dirigeant du Front National.

Un dernier élément concernant ce groupuscule : Brenton Tarrant, le terroriste d'extrême droite qui a assassiné 51 musulmans dans des mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019, était "membre bienfaiteur", donc donateur, de Génération Identitaire.

Un dernier élément concernant le Front National : pour la énième fois, un élu local du FN, en l'occurrence un maire adjoint de Fréjus, vient de publier sur Facebook le post raciste suivant, à propos d'une publicité de la sécurité routière : "Un couple mixte, un Noir et une Blanche qui font l'amour, trop c'est trop"...

Pour conclure, Emmanuel Macron sera probablement le candidat qui affrontera, si elle y figure, Marine Le Pen au second tour de la prochaine élection présidentielle.

Jusqu'à plus ample informé, celui-ci ne véhicule pas d'idées racistes, haineuses, violentes.

J'ai beaucoup de mal, pour le moins, à imaginer que des électeurs de la gauche républicaine ne votent pas pour lui dans cette situation.

 

 

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