JUPITER ET LA CONTESTATION SOCIALE.

L'affaire Benalla/Crase est très grave. A plusieurs titres.

Celui des faits commis.

Ces deux faux policiers ont fait actes de violences physiques sur des manifestants le premier mai alors qu'ils n'avaient donc aucun droit de le faire, en se substituant aux CRS présents.

Monsieur Benalla a menti en affirmant dans son interview au Journal du Dimanche que son agissement sur la place de la Contrescarpe était le seul. Une vidéo l'a par la suite montré en train "d'interpeller" un manifestant au Jardin des Plantes avec Monsieur Crase (qui avait servi en tant que réserviste dans le commandement militaire de l'Elysée) trois heures auparavant.

Celui de la réaction de l'Elysée.

Une sanction envers Monsieur Benalla d'une indulgence totale de quinze jours de mise à pied avec maintien du salaire (!) et d'une rétrogradation contredite par les photos et vidéo où le voit aux côtés d'Emmanuel Macron lors de trois événements majeurs : la panthéonisation de Simone Veil, les cérémonies du 14 juillet et le retour de l'équipe de France de football championne du monde.

Une non application de l'article 40 du Code de Procédure Pénale qui fait obligation à toute autorité constituée de d'informer sans délai le Procureur de la République du délit commis.

La preuve supplémentaire, s'il en était besoin, de cette non-application de la loi, est que le Procureur de la République de Paris s'est immédiatement saisi de l'affaire dès que le journal le Monde l'a révélée le 18 juillet.

Sans parler, entre autres, de l'autorisation de port d'arme donné par la Préfecture de Police de Paris à Monsieur Benalla à partir d'une demande de l'Elysée indiquant une "mission de police" de ce dernier, alors que désormais les soutiens d'Emmanuel Macron affirment que jamais Monsieur Benalla n'a assuré la sécurité du Président de la République...

Celui de la signification de la réaction de l'Elysée.

A ce sujet, je ne peux pas ne pas rappeler deux propos d'Emmanuel Macron.

Le 5 octobre 2017, confronté à une manifestation des salariés de l'usine GM&S, il parle de ces derniers en ces termes : "Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu'il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n'est pas loin de chez eux".

"Là-bas", c'est l'usine Constellium à Ussel, en Corrèze. 

"Pas loin de chez eux" ? La distance entre la commune de La Souterraine où se trouve l'usine GM&S et celle d'Ussel où se trouve l'usine Constellium est de 140 km.

Le temps de trajet aller en train est de 2h30 à 3h30. Celui par la route est de 2 heures, d'après le site Google Maps.

Le 8 mai dernier, lors de la cérémonie de la célébration de la victoire sur l'Allemagne nazie, un ancien combattant dit à Emmanuel Macron : "Si je peux me permettre, soyez très ferme avec tous ces gauchos de la politique qui ne veulent que foutre la merde".

Le Président de la République a souri. Puis, en continuant de lui serrer la main, lui a tapé sur l'épaule et lui a répliqué : "Ne vous inquiétez pas. Regardez-moi faire". Puis, "Je ne commenterai pas ce que vous avez dit. Il faut que tout le monde puisse s'exprimer, mais il faut qu'il y ait un peu d'ordre". Enfin, "En tout cas, on continue et on avance".

Précédemment,  les ordonnances relatives au droit du travail décidées en septembre 2017 avaient mis en place l'inversion de la hiérarchie des normes au bénéfice du patronat et simultanément la réduction des heures de délégation permettant aux syndicalistes de défendre les intérêts de leurs collègues salariés.

Ces ordonnances, ainsi que ces deux propos du Président de la République tissent en quelque sorte une toile de fond à l'affaire Benalla/Crase.

Car c'est un proche parmi les proches d'Emmanuel Macron qui fait illégalement le coup de poing contre des contestataires sur le plan social.

En effet, un fait me parait de plus en plus occulté : ces violences ne se sont pas produites n'importe quand ni n'importe où.

Elles se sont produites un jour symbolique entre tous de la contestation sociale syndicale : le premier mai.

Emmanuel Macron n'a évidemment pas demandé à l'adjoint de son chef de cabinet d'agir ainsi.

Mais c'est un collaborateur salarié de l'Elysée très proche d'Emmanuel Macron qui a commis ces faits.

Le simple fait de ne pas l'avoir immédiatement licencié est lourd de signification : celle, pour être mesuré, d'une très grande distance entre le Président de la République et les difficultés et contestations sociales vécues et exprimées par une partie fort importante du peuple.

Emmanuel Macron, tout libéral qu'il est, devrait avoir bien en tête qu'il n'est pas que l'élu des "premiers de cordée", comme il dit ; la majeure partie de sa base électorale du premier tour de l'élection présidentielle est constituée de l'électorat socialiste de François Hollande au premier tour de l'élection présidentielle précédente.

Et de droite, on voit bien. Et de gauche : peut et doit beaucoup mieux faire.

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