2022 : POUR MÉLENCHON, PLUTÔT LE PEN QUE MACRON ?

Jean-Luc Mélenchon a déclaré tout récemment : "(en 2022), Il faut chasser Macron, les macronistes et tout ce qui y ressemble de près ou de loin...".

Deux constats à propos de cette prise de position.

D'abord, c'est que Macron, les macronistes et tout ce qui y ressemble de près ou de loin, cela fait beaucoup de monde sur l'échiquier politique français actuel.

Ensuite, La France Insoumise est passée de 19,58% à l'élection présidentielle de 2017 à 11,03% aux élections législatives qui ont suivi, puis à 6,31% aux élections européennes de 2019.  

A moins d'avoir la foi du charbonnier, on voit mal comment l'homme politique expérimenté qu'est Jean-Luc Mélenchon peut penser que le candidat de LFI pourra constituer une alternative électorale crédible à Emmanuel Macron en 2022.

Je rapproche ces propos d'une autre déclaration de Jean-Luc Mélenchon faite le 5 décembre 2019, jour de la première manifestation inter-syndicale contre la réforme des retraites menée par le gouvernement.

Je le cite : "Même madame Le Pen dit qu'il faut manifester, c'est un grand progrès..." ; puis : "Elle a compris que, quelle que soit sa religion ou sa couleur de peau, on a tous des intérêts communs et qu'on est semblables...; elle est en train de faire un progrès en quelque sorte en direction de l'humanisme, je ne vais quand même pas me plaindre de ça."

Avant d'ajouter que les adhérents du Front National étaient les bienvenus dans les manifestations contre la réforme des retraites.

Or, qu'a réellement déclaré Marine Le Pen au sujet du financement de la position affichée par le Front National du droit à la retraite à 60 ans avec 40 annuités ?

Premièrement, qu'il fallait récupérer le montant de la contribution budgétaire de la France à l'Union Européenne ; autrement dit, sortir de l'Union Européenne... alors que depuis 2017, elle se prononce pour le maintien de la France dans celle-ci. Comprenne qui pourra.

Deuxièmement, qu'il fallait récupérer "les milliards" que la France dépense en faveur de l'immigration.

Ce qui, pour s'en tenir à l'aspect économique de cette position, est d'une totale inanité, car la France se priverait alors des cotisations sociales versées par les travailleurs immigrés.

Et c'est donc cela que Jean-Luc Mélenchon qualifie de "...progrès...en direction de l'humanisme..." !!!

Troisièmement, Marine Le Pen a conclu en déclarant en substance : Avec ces deux mesures, je pense que ça passe... Si ce n'est pas le cas, alors nous reviendrons vers les Français pour leur demander des efforts.

Comme toujours de la part de l'extrême droite, aucun financement n'est demandé aux plus fortunés, ni au grand patronat.

Concernant les  soi-disant "progrès en direction de l'humanisme" de Marine Le Pen, et pour citer la énième source en date, le film documentaire réalisé par Mathias Théry et Étienne Chaillou, "La cravate", qui sort en salle ce 5 février,, en donne un aperçu saisissant.

Le militant du Front National au centre de ce documentaire déclare, devant des amis rigolards: "T'es patriote ? T'aimes pas les noirs ? Allez, on t'embauche !" pour décrire comment l’on fait carrière au FN.

Derrière la vitrine respectable que s'efforce d'afficher les dirigeants du "Rassemblement National", se tient aux aguets le véritable Front National, porteur d'un projet révolutionnaire d'extrême droite, celui d'une France fermée sur elle-même, raciste, ethniquement blanche.

A l'inverse de Jean-Luc Mélenchon, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, interrogé récemment sur LCI sur une éventuelle convergence avec Marine Le Pen, a répondu : " Le jour où je validerai ses propos, il faudra m'exclure de la CGT. C’est clair ce que je dis ? Je n’ai aucun autre commentaire à faire."

Je ne peux que me demander ce que l'éditorialiste politique sur LCI Gérard Miller et la députée LFI Clémentine Autain font encore dans cette galère qu'est devenue La France Insoumise, qui dérive lentement mais sûrement vers le rouge-brun, en plaçant, au mieux, Emmanuel Macron sur le même plan que Marine Le Pen.

Le refus de Jean-Luc Mélénchon d'appeler à voter pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de la dernière élection présidentielle était donc bien la première pierre sur ce chemin dont l'Histoire toute récente a montré les terribles conséquences.

 

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