MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : EN MEME TEMPS, C'EST TOUT DE SUITE !

Je prends très au sérieux l'information donnée hier à l'Agence France-Presse par l'Elysée déclarant "avoir des raisons de redouter une très grande violence ce samedi 8 décembre", indiquant "des remontées du terrain extrêmement inquiétantes" et la crainte de la présence de milliers de personnes dans les rues parisiennes venues "pour casser et tuer".

Si cela se produisait, la police républicaine sera malheureusement amenée à réprimer durement les activistes de l'extrême droite et de l'ultra gauche voulant renverser la République par la violence.

Un aspect bouleversant de la grande gravité de la situation, c'est qu'une partie des "gilets jaunes" est prête à se mêler à ces extrémistes factieux. Difficile de quantifier et de distinguer la part de "gilets jaunes" extrémistes avant de revêtir un gilet jaune de celle de"gilets jaunes" exaspérés, entre autres causes, par le temps perdu par le pouvoir depuis le début de ce mouvement.

Ce dont je suis certain, c'est que l'intégrité de la personne et la vie humaines sont sacrées, et que la violence n'a jamais rien résolu. Au contraire, elle aboutit à l'instauration de régimes dictatoriaux, en faveur de ceux qui exercent le pouvoir politique et des puissances d'argent qui les soutiennent ( Italie de Mussolini  et Allemagne de Hitler), ou de ceux qui détiennent le pouvoir politique et s'accaparent le pouvoir économique ( URSS de Staline).

Le communiqué commun de ce jour de toutes les centrales syndicales (hormis SUD), comme quoi "le dialogue et l'écoute doivent retrouver leur place dans notre pays, et dénonçant toutes formes de violence dans l'expression des revendications" est parfaitement bienvenu.

Dans le même communiqué, les sept confédérations syndicales soulignent à raison que "la mobilisation des gilets jaunes a permis l'expression d'une colère légitime", et que "le gouvernement, avec beaucoup de retard, a enfin ouvert les portes du dialogue".

Ce mouvement des "gilets jaunes" exprime des demandes différentes, pour s'en tenir aux questions sociales et fiscales.

Certaines, comme "la fin de l'assistanat", un rejet fiscal de l'Etat Républicain, sont de droite et surtout d'extrême droite pour la première, d'extrême droite pour la deuxième.

Mais la majorité de celles-ci sont de gauche : augmentation du SMIC, des salaires et des pensions, une fiscalité plus juste et donc mieux répartie.

En dépit des efforts répétés du Rassemblement National pour faire porter aux immigrés une partie de la responsabilité de la situation économique et sociale, cette tentative a échoué. (En tout cas pour l'instant).

L'annulation par Emmanuel Macron de l'augmentation initialement prévue pour le 1er janvier 2019 de la TICPE sur le gazole et l'essence, ainsi que le gel des tarifs du gaz et de l'électricité (sur lequel existe une incertitude juridique) sont tout à fait insuffisants.

Le sens profond de ce mouvement social inédit, et qui explique le soutien d'entre deux français sur trois à trois français sur quatre, est tout simplement de vivre mieux, de ne plus perdre sa vie à la gagner.

Y répondre nécessite bien plus.

La politique d'Emmanuel Macron depuis 18 mois penche nettement à droite. C'est l'heure du côté gauche du "en même temps" annoncé par le alors candidat.

L'augmentation de 200 à 300€ du SMIC et d'au moins 10% des salaires et des pensions peut être l'une décidée par Emmanuel Macron et l'autre  négociée entre le patronat et les syndicats.

Pour permettre aux petites entreprises de le financer, Emmanuel Macron peut décider de rétablir l'Impôt de Solidarité sur la Fortune, ou de revoir la baisse annuelle de 40 milliards d'euros des cotisations sociales patronales qu'il a instituée, en ne l'attribuant plus notamment aux grandes entreprises, qui n'en ont nul besoin financièrement et qui en sont pourtant largement bénéficiaires

Peut aussi être décidée une baisse très significative de l'impôt sur le revenu pour les tranches les plus basses, ou une baisse ou annulation de la TVA sur les produits de première nécessité.

Le Président de la République peut agir par le levier salarial, ou fiscal, ou une combinaison des deux.

Il y a trois jours, l'économiste libéral Philippe Aghion, co-auteur du programme économique d'Emmanuel Macron, s'est prononcé pour le "rétablissement temporaire" d'une "forme d'ISF touchant les hauts patrimoines", ainsi que sur le glissement du déficit de l'Etat "jusqu'à 3,5%  du Produit Intérieur Brut", soit bien au-delà de la règle des 3% instituée par les traités européens.  

Le Président de la République a jusqu'à demain vendredi pour répondre aux revendications de hausse du pouvoir d'achat, ce qui permettra de couper l'herbe sous le pied des extrémistes violents et de, s'ils s'obstinaient à semer la violence samedi, les faire apparaître pour ce qu'ils sont : des extrémistes factieux.

Alain Juppé, en annonçant le 6 mars 2017 son renoncement définitif à la candidature à l'élection présidentielle, avait déclaré que "l'immaturité politique d'Emmanuel Macron ne ferait pas toujours illusion".

Monsieur le Président de la République, grandissez-vous.

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