VOUS AVEZ AIMÉ TRUMP ? VOUS ADORERIEZ LE PEN !

Dans mon article du 4 novembre dernier titré "Donald Trump est un voyou incendiaire d'extrême droite", j'écrivais :

"En fait, cet extrémiste de droite confirme qu'il est prêt à tout, y compris en termes d'affrontements violents et meurtriers, pour garder le pouvoir."

Et : "J'espère de tout coeur que le peuple américain évitera cela en faisant preuve de sang-froid, et que les forces de l'ordre de la République américaine mettront hors d'état de nuire les milices violentes et armées d'extrême droite."

Je n'imaginais pas à quel point les faits allaient malheureusement me donner partiellement raison.

L'invasion du Capitole du mercredi 6 janvier doit être qualifiée pour ce qu'elle est : une tentative d'insurrection armée, de putsch contre la démocratie américaine de la part de l'extrême droite néofasciste et raciste.

Des néonazis aux suprémacistes blancs en passant par les complotistes de QAnon, toutes ses composantes étaient là.

Bilan : cinq morts, dont un malheureux policier du Capitole tué par un émeutier.

L'instigateur de cet acte inouï, sans précédent dans l'Histoire des Etats-Unis, s'était éclipsé juste avant ; il s'appelle Donald Trump.

Il venait d'appeler la vingtaine de milliers de ses supporters présents à marcher sur le Capitole, après avoir multiplié lors de ce meeting les propos incendiaires contre les députés, les sénateurs, y compris ceux du parti républicain qui avaient refusé de suivre sa croisade folle du refus de reconnaître l'évidence de la victoire du parti démocrate à l'élection présidentielle, (confirmée, si besoin était, par 60 décisions de Justice à tous les niveaux juridictionnels américains, dont un grand nombre par des juges qu'il avait lui-même nommés), après avoir déclaré textuellement : "Jamais nous ne céderons !", et "Battez-vous !", au moment même où le Congrès certifiait l'élection de Joe Biden et de Kamala Harris.

Depuis plusieurs semaines, après que Donald Trump ait annoncé la tenue de ce meeting, ses partisans exprimaient très clairement sur les réseaux sociaux leur volonté d'en découdre à cette occasion.

Donald Trump savait donc très exactement ce qu'il faisait.

Voilà ce qui se passe quand l'extrême droite prend le pouvoir.

Donald Trump, depuis sa campagne électorale de 2016, n'a cessé de diviser les américains sur la base du racisme, d'humilier et d'insulter tous ceux qui s'opposaient à lui, de mentir factuellement (15 000 fois !), pour finir par "gérer" de façon épouvantable et inhumaine la crise sanitaire actuelle.

Sa fin est en fait conforme à sa présidence.

Voilà ce qui se passe quand l'extrême droite perd le pouvoir.

Comme l'a déclaré tout à fait à juste titre Joe Biden, si, par hypothèse, des manifestants pour l'égalité entre les blancs et les noirs avaient tenté d'envahir le Capitole, ils auraient subi un bain de sang.

D'ailleurs, quand ils ont manifesté pacifiquement il y a quelques mois au même endroit, celui-ci était ultra protégé par des centaines de policiers en armes spécialisés dans le maintien de l'ordre.

A ce sujet, pourquoi la police interne du Capitole, dont ce n'est pas du tout le rôle, a-t-elle été laissée seule pendant plusieurs heures face à une insurrection armée ?

Il me paraît évident que c'est Donald Trump qui l'a voulu. La meilleure preuve, c'est que la décision de déployer les forces de l'ordre compétentes a été prise par le vice-président Mike Pence.

S'agissant des décisions des réseaux sociaux Twitter et Facebook de supprimer et de suspendre les comptes de Donald Trump, elles sont selon moi de salubrité publique.

En effet, dans l'urgence évidente de mettre fin aux agissements médiatiques ultra-dangereux d'un président violeur de la Constitution qu'il a juré de défendre lors de son investiture, je ne vois pas d'autre solution.

Car il faut bien voir que le 1er amendement de la Constitution américaine qui sacralise une liberté d'expression absolue, y compris pour les néo-nazis et le Ku Klux Klan, ne donne aucune base juridique pour une décision judiciaire en la matière.

Et ces géants du numérique de droit privé ne font, au sens strict, qu'appliquer leurs Conditions Générales d'Utilisation.

Autre chose est le problème posé par le fait que ces très (trop) grandes entreprises privées aient sans base juridique le pouvoir de censurer Donald Trump ; mais c'est en l'occurrence l'affaire des américains de faire évoluer leur droit, sur le plan du 1er amendement de la Constitution (et du gigantisme économique des GAFAM).

Autre chose encore est la responsabilité immense des mêmes réseaux sociaux d'avoir laissé pendant plus de quatre ans Donald Trump déverser ses messages de haine. 

Mieux vaut tard que jamais.

J'en viens à la France.

Car il ne faut pas s'y tromper : cette tentative de putsch d'extrême droite comporte une dimension mondiale et interpelle toutes les démocraties.

Certes, comparaison n'est pas raison ; mais, sans évidemment la responsabilité première du président en exercice, les premières semaines du mouvement des Gilets Jaunes ont selon moi à voir avec les évènements américains.

Les premières manifestations violentes à Paris (notamment) ont été conduites par des militants d'extrême droite dont l'objectif était de rentrer au palais de l'Elysée.

De même, l'intrusion dans un ministère et le saccage de l'Arc de Triomphe ne peuvent pas ne pas en être rapprochés.

Durant ces premiers mois de ce mouvement, Marine Le Pen a soutenu sans la moindre ambiguïté les Gilets Jaunes.

Marine Le Pen qui a clairement soutenu Donald Trump tout le long de son mandat.

Marine Le Pen qui, contre l'évidence même, a attendu l'invasion du Capitole pour reconnaître la victoire de Joe Biden.

Marine Le Pen qui, contre toute évidence, déclare que Donald Trump ne pensait pas que l'insurrection armée allait se produire après les propos incendiaires qu'il a tenus lors du meeting la précédant.

Depuis, tous les chroniqueurs et invités fachos se succédant sur les chaînes d'informations ne cessent de minimiser la gravité de ces faits et de tenter de dédouaner Donald Trump de sa responsabilité écrasante.

Marine Le Pen qui, lors du congrès du Front National le 10 mars 2018, a reçu en grande pompe Steve Bannon, figure majeure de l'extrême droite américaine et stratège en chef de Donald Trump lors de sa campagne électorale de 2016.

Steve Bannon donc qui, s'adressant aux congressistes du FN, déclarait : "Laissez[-les] vous appeler racistes, xénophobes, islamophobes...Portez-le comme un badge d'honneur...".

Marine Le Pen qui, au début de l'année 2014, a déclaré presque mot à mot lors d'un meeting du Front National : En France, quand un pouvoir se met en place, il est toujours confronté à des contre-pouvoirs limitant ou empêchant la mise en oeuvre de ses projets ; cela doit cesser. Puis : Si j'arrive au pouvoir, je serai dure avec ceux qui ne jouent pas le jeu.

Soit l'exacte définition d'un système démocratique, suivie de sa condamnation.

Transposé aux Etats-Unis, du Donald Trump dans le texte.

Aux Etats-Unis, Donald Trump doit être confronté à la Justice de son pays.

En France, le futur projet de loi "confortant le respect des principes républicains" doit être d'une dureté identique envers les islamofascistes et l'extrême droite néofasciste et raciste.

 

 

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