ELECTIONS EUROPÉENNES : L'EXTRÊME DROITE EN ÉCHEC.

On allait voir ce qu'on allait voir.

Sur les estrades comme dans les média, les dirigeants emblématiques de l'extrême droite, Matteo Salvini et Marine Le Pen en tête, nous annonçaient un tsunami nationaliste et anti-Union Européenne, et la fin de cette dernière.

Or, les élections européennes du 26 mai dernier ont donné les résultats suivants pour l'extrême droite au sens large.

Elle obtient 173 sièges, contre 153 dans le parlement européen précédent, soit donc un gain de 20 sièges sur un total de 751 eurodéputés.

Elle enregistre donc une progression très limitée.

Par ailleurs, ces 173 eurodéputés siégeront dans des groupes parlementaires différents ; ce qui est la logique même pour des partis politiques nationalistes qui sont par définition incapables de s'entendre pour mener des politiques communes.

Il y a par contre 4 pays de l'Union Européenne dans lesquels ce courant politique obtient des résultats très élevés.

- La Hongrie, où le Fidesz, parti de droite anti-démocratique et anti-immigrés au pouvoir (et affilié au groupe parlementaire de droite au parlement européen) obtient 52% des voix, et où le parti d'extrême droite, le Jobbik, en obtient 6%. 

- La Pologne, où le parti d'extrême droite Droit et justice au pouvoir obtient 46% des suffrages.

- Le Royaume-Uni, où le parti d'extrême droite Brexit obtient 31% des voix.

- L'Italie, où la Ligue, parti d'extrême droite au pouvoir obtient 34% des suffrages, auxquels il faut ajouter les 6% obtenus par l'autre parti d'extrême droite, Frères d'Italie.

Simultanément, l'extrême droite s'est effondrée au Danemark, recule aux Pays-Bas et en Autriche, et obtient des résultats inférieurs à ses objectifs en Espagne et en Allemagne.

Venons-en à la France.

Le Front National recule de 1,5%, passant de 24,8% en 2014 à 23,3%.

En y ajoutant le parti Debout La France, allié du Front National au second tour de l'élection présidentielle, le parti d'extrême droite Les Patriotes et le parti de droite souverainiste pro-Frexit l'Union Populaire Républicaine, leur total passe de 29,09% à 28,64%. 

Cela dit, voir le Front National arriver en tête d'une élection est toujours une très mauvaise nouvelle.

Cependant, il se produit une consolidation de son score, non pas une progression.

Son résultat est à l'évidence en deçà de ses espérances, qui étaient de distancer bien plus nettement la liste soutenue par Emmanuel Macron.

Le FN pouvait l'espérer du fait du mouvement des gilets jaunes.

Certes, une très forte majorité relative des sympathisants de ce mouvement qui ont voté, autour de 40%, a accordé ses suffrages au Front National.

Sans nier la dimension de gauche du mouvement des gilets jaunes, apparue un peu à son début, et davantage au fur et à mesure du temps et de la diminution du nombre de gilets jaunes mobilisés, il reste que les prises de position électorale de la plupart de ses "figures médiatiques" parlent d'elles-mêmes.

Deux d'entre elles ont été candidates sur les listes d'extrême droite de Florian Philippot (Jean-François Barnaba) et de droite souverainiste alliée à l'extrême droite de Nicolas Dupont-Aignan (Benjamin Cauchy).

Eric Drouet, Maxime Nicolle et Jérôme Rodrigues ont régulièrement appelé à faire barrage à Emmanuel Macron, tout en exhortant leurs soutiens à ne ne pas voter pour les "petites" listes qui n'étaient pas en mesure de devancer la liste LREM.

En clair, ils ont appelé à voter pour le Front National.

Il reste que tout cela n'a pas suffi à combler les attentes de l'extrême droite française.

Je m'en félicite vivement.

Et, sans les mettre sur le même plan que l'extrême droite, je suis satisfait du très mauvais résultat obtenu par La France Insoumise.

Marquée par son pêché originel du non-désistement de Jean-Luc Mélenchon en faveur d'Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle, LFI a cumulé les erreurs d'analyse à partir de sa grille de lecture populiste et démagogique de la société française.

Elle a voulu voir dans le mouvement des gilets jaunes à son apogée ce qui n'y était que peu et n'a pas voulu voir ce qui y était beaucoup.

Elle a joué le rôle, bien connu dans l'Histoire, d'idiot utile de l'extrême droite.

De ce point de vue, bien fait pour elle.

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