POUR LE SALARIAT, LE MACRONISME N'EST PAS UN HUMANISME.

Je suis bien sûr content que le nombre d'embauches en CDI soit en progression en France.

Mais je veux insister sur les questions cruciales à mes yeux des conditions de la rémunération et de la réalisation du travail.

S'agissant des rémunérations, la ligne d'Emmanuel Macron est claire : il ne parle jamais de l'augmentation générale des salaires.

Les fonctionnaires en savent de fait quelque chose.

Les mesures prises pour répondre au mouvement des « gilets jaunes » sont emblématiques de sa politique : c'est par le biais d'une prestation sociale (la prime d'activité) conditionnée à la situation du foyer fiscal qu'une éventuelle augmentation du pouvoir d'achat a été possible.

Ce qui déconnecte de fait cette partie de l'argent perçu du travail fourni par le salarié.

Pour ce qui est des entreprises, le gouvernement ne voit que par le système de l'intéressement, dépendant par définition des résultats de l'entreprise.

Or, les résultats d'une entreprise sont loin de ne dépendre que du travail réalisé par les salariés ; ils sont liés aux choix d'investissements des patrons, à l'environnement financier et économique, au pouvoir d'achat des consommateurs.

Certes, dans un contexte économique uniquement libéral, néo-libéral ou ultra-libéral, en Europe et dans le monde, il n'est pas simple d'appliquer une politique nationale d'augmentation des salaires ; mais, au Portugal, pays membre de l'Union Européenne, le gouvernement socialiste soutenu par la gauche radicale a augmenté en 4 ans l'équivalent du SMIC de … 18,8%.

Je ne suis pas sûr du tout que la France n'ait pas les moyens de faire plus en matière d'augmentation du SMIC, ainsi que des petits et moyens salaires...

S'agissant des conditions de travail des salariés en France, il est vrai que des améliorations ont été apportées ces dernières décennies.

Je prendrai deux exemples : dans l'industrie, une meilleure protection sur le plan de la sécurité au travail ; dans le secteur tertiaire, une meilleure ergonomie des postes de travail.

Un important bémol : notamment dans l'industrie, les améliorations ne concernent pas l'ensemble des entreprises, et varient en fonction entre autres de la taille des entreprises.

Et surtout, ces améliorations sont bien davantage la conséquence des demandes, revendications et mobilisations des syndicats de salariés que de la bonne volonté des employeurs.

Ces progrès notés, il y a l'envers du décor, envers qui s'accentue : celui de la dégradation des conditions de travail sur le plan de l'intensité de l'activité professionnelle exigée par beaucoup d'employeurs, privés bien sûr, mais aussi publics.

Les exemples pullulent de salariés pressés comme des citrons, soumis à des objectifs quantitatifs et qualitatifs impossibles à réaliser, par exemple de la Poste aux entreprises privées de livraisons sous contrat avec elle, des EHPAD aux hôpitaux publics, des restaurants McDonald aux plateformes téléphoniques.

Ces conditions de travail intenables génèrent des démissions, des dépressions nerveuses, des burn-out.

Ce mal-être grandissant au travail est également la conséquence de la mise en concurrence exacerbée des salariés entre eux, conduisant à un individualisme délétère et au recul de la solidarité entre collègues.

Ainsi que de l'augmentation des salaires, Emmanuel Macron ne parle jamais des conditions de travail des salariés.

Mon sentiment, pour ne pas dire ma certitude, c'est qu'il n'en a que faire.

Ma conviction absolue, c'est qu'entre les dernières décennies du régime soviétique durant lesquelles de notoriété publique un grand nombre de salariés travaillaient trop peu, et un système libéral organisant une pression insupportable sur les salariés, un juste milieu est non seulement possible, mais absolument souhaitable.

Voilà, me semble-t-il, un beau sujet de mobilisation pour les syndicats, qui unitairement pourraient mener une grande campagne de sensibilisation et de mobilisations des salariés.

Cela aurait une autre gueule, passez-moi l'expression, que le mouvement des « gilets jaunes » qui a totalement épargné le patronat et remis en cause de façon poujadiste les élus politiques, les média et... les syndicats.

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