LE MACRONISME ORIGINEL EST UN MOUVEMENT DE FOND.

J'ai lu, avec un certain intérêt relatif, l'article de Laurent Mauduit publié le 13 juillet et intitulé " Le macronisme, la maladie sénile du socialisme."

J'y ai vu, quant à son titre, un référence au livre du dictateur communiste Lénine, " La maladie infantile du communisme "Le gauchisme" ".

Pas illogique, de la part d'un ex-militant de l'ancien groupuscule trotskyste Organisation Communiste Internationale, anti-stalinien et pro-léniniste.

Homme de gauche, je partage plusieurs arguments exposées dans cet article.

A l'évidence, le Parti Socialiste a évolué depuis 1983 de la social-démocratie vers le social-libéralisme, voire le libéralisme tout court.

A l'évidence, Emmanuel Macron, venu (au sens large) de la gauche, a symbolisé cette évolution libérale de cette partie de la gauche.

Toutefois, cette évolution du Parti Socialiste n'a pas été aussi linéaire que le prétend Laurent Mauduit.

Lionel Jospin, premier ministre socialiste de 1997 à 2002, a quand même mis en oeuvre la Couverture Maladie Universelle et le Réduction du Temps de Travail, deux mesures qui, même imparfaites, sont typiquement de gauche.

François Hollande, président de la République de 2012 à 2017, en instaurant la couverture mutualiste obligatoire dans toutes les entreprises, même si cela a été imparfait, a pris également une mesure typiquement de gauche.

Par ailleurs et surtout, Laurent Mauduit fait l'impasse sur une réalité politique, économique et financière qui s'est malheureusement imposée depuis le début des années 1980 : celle de la prédominance d'abord fortement relative, puis absolue du libéralisme économique aux plans mondial et européen.

Sauf à refuser d'accepter cette vérité d'évidence que pour compter et peser économiquement dans le cadre du fait objectif qu'est la mondialisation, l'échelon européen est le seul viable pour la France (et pour les autres pays de l'Union Européenne), j'aimerais bien que Laurent Mauduit explique et démontre comment mener une politique très à gauche (que j'appelle de mes voeux) à l'échelle de la seule France.

Par ailleurs, j'espère qu'il considère que le fait que les pays appartenant à l'Union Européenne soient en paix depuis 75 ans (au passage, une première historique) a tout à voir avec la construction et le développement de cette Union Européenne.

Je reviens à Emmanuel Macron et au nouveau gouvernement du premier ministre Jean Castex.

Laurent Mauduit les présente comme la sénilité suprême du socialisme devenu compatible avec le  sarkozysme.

Il est indéniable que non seulement Jean Castex, mais également deux autres hommes de droite, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin y occupent deux postes-clés.

Mais il est non moins indéniable qu'il y a équilibre entre ministres issus de la gauche et de la droite.

Et puis, même sous le gouvernement d'Edouard Philippe, décrivons les décisions récentes prises à partir de la crise sanitaire.

Généralisation du chômage partiel pour les salariés financé par l'Etat.

Chômage partiel de longue durée depuis le 1er juillet.

Soutien financier massif aux entreprises des secteurs d'activité les plus en difficulté.

Obtention, pas encore définitive, à l'initiative de la France, d'un financement européen de plans de relance versé, c'est une première historique, directement aux Etats, et non plus aux banques privées.

Ces mesures totalement inédites en France et en Europe ne sont en rien libérales et en tout keynésiennes.

Et, de fait, elles sont de gauche.

Ronald Reagan, président ultra-libéral des Etats-Unis de 1980 à 1988, disait : " L'Etat n'est pas la solution, Il est le problème."

C'est exactement le contraire qui est en train de se passer sous nos yeux.

Et je ne parle pas des résultats du "Ségur de la santé", qui, s'il laisse intact la question capitale des critères, libéraux ou de service public, de la gestion de l'hôpital public, a abouti à une augmentation des salaires de l'ordre de 200 € mensuels, ce qui ne s'est jamais produit en France depuis que je suis engagé politiquement, soit 44 ans.

Le contenu de cet accord a tout à voir avec la gauche.

Il faut avoir un réflexe pavlovien  particulièrement enraciné pour nier ces évidences, peut-être provisoires, mais bien réelles.

Et même au-delà de cela : Emmanuel Macron, s'il a été élu en 2017, pour moi le premier, d'abord parce que rempart contre l'extrême droite, a représenté aussi une aspiration profonde des Français à l'unité nationale des modérés de gauche et de droite.

Non pas en niant les appartenances à la gauche ou à la droite, mais en les transcendant et en les dépassant.

Aujourd'hui, les conséquences de la crise sanitaire (toujours en cours) sur les plans économique et social appellent une unité nationale équilibrée entre le patronat et le salariat, entre la gauche et la droite.

Sur l'échiquier politique, de La France Insoumise (dans sa version social-démocrate ancrée à gauche et pas dans celle d'extrême gauche populiste), du Parti Communiste Français, s'il assume sa mue social-démocrate, d'Europe Ecologie Les Verts et du Parti Socialiste jusqu'à LR maintenant le cordon sanitaire à l'égard du Front National, en passant par La République En Marche, le MOuvement DEMocrate, et la droite modérée hors LR, il y a matière à s'accorder au moins sur les mesures fondamentales déjà prises et à prendre. 

Ce qui ne signifie naturellement pas une dilution de chacune de ces formations politiques qui doivent garder leur identité propre.

Réunir le peuple et le pays.

Ecraser l'extrême droite, qui reste le danger majeur pour la France.

Cantonner l'extrême gauche à son indispensable fonction d'aiguillon social.

Telle est l'urgence.

Homme de gauche, je suis et resterai.

Mais il y a bien longtemps que je ne considère plus la gauche comme parée de toutes les vertus, et la droite parée de tous les vices.

Je conclurai cet article par une citation de Jean Gabin, qui avait interrompu sa carrière d'acteur pour s'engager dans les Forces Françaises Libres contre l'occupant nazi : " Je suis à la base un homme de gauche à qui les hommes de gauche ont fini par donner des idées de droite."

Je serais curieux de savoir ce que pense de cette phrase "l'ancien" extrémiste de gauche qu'est Laurent Mauduit. 

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