NI BLACK BLOCS, NI GÉNÉRATION IDENTITAIRE.

Pour le militant du PCF et syndicaliste CGT que je fus, pour le social-démocrate que je suis devenu, pour le bénévole du Secours Populaire Français que je suis depuis deux ans, certaines positions exprimées par les Black Blocs résonnent positivement à mes oreilles.

Je parle de celles relatives à la justice sociale et à l'accueil des immigrants.

Au contraire, leur méthode est détestable.

"Manifester" masqué signe déjà une certaine lâcheté.

Ces masques renvoient, pour moi, à leur substrat idéologique, nébuleux mélange d'anarchisme violent et de communisme radical, dont l'inanité saute aux yeux au regard d'une réflexion minimale sur la nature humaine.

Leur mode d'action, c'est d'occuper la rue, de casser des symboles du capitalisme, tout en s'affrontant avec la police.

Ils se sont livrés à ces actes à plusieurs reprises, à Paris et dans plusieurs villes de province, dans le cadre de manifestations des "gilets jaunes".

Or, outre le fait que ces violences sont inacceptables, elles sont totalement contre-productives quant aux positions affichées

Ces crétins dangereux devraient étudier l'Histoire : à chaque fois, les révolutions violentes ont débouché sur des régimes autoritaires ou dictatoriaux, d'extrême gauche ou d'extrême droite, et sur des politiques au service du capital, soit privé avec l'extrême droite, soit sous la forme d'un capitalisme d'Etat, comme en URSS.

 Les Black Blocs doivent être réprimés, dans le respect de l'Etat de droit et dans le cadre de la doctrine française du maintien de l'ordre républicain, soit d'éviter au maximum des blessures graves, sans parler des morts.

Une des difficultés pour ce faire est que les black blocs ne sont pas une organisation avec statuts et structure classique : c'est un mode de manifestation.  Ou plus précisément un mode d'émeute.

Ceux qui, comme le Rassemblement National, appellent à sa dissolution disent donc n'importe quoi.

S'agissant de l'autre extrémité de l'échiquier politique, l'extrême droite, l'organisation groupusculaire Génération Identitaire fait parler d'elle depuis plusieurs années.

Ce sont eux qui ont illégalement occupé le toit d'une mosquée en construction à Poitiers en 2012.

Ce qui a valu à quatre de ses membres d'être reconnus pleinement coupables de provocation à la discrimination nationale, raciale, religieuse par paroles, écrits, images ou moyens de communication au public par voie électronique et de dégradations de biens d’autrui, commises en réunion, et d'être condamnés pour cela. 

Ce sont eux qui attaquaient très violemment la police à la fin des manifestations contre le mariage pour tous en 2013.

Ce sont eux qui se sont illégalement institués en milices refoulant les pauvres immigrants à la frontière italienne en 2018.

Ce sont eux qui ont tout récemment illégalement occupé le toit de la CAF de Bobigny en y déployant une banderole xénophobe et raciste.

Suite à ce dernier acte, le gouvernement a déclaré examiner les possibilités d'interdire Génération Identitaire.

Il pourra s'appuyer sur le documentaire opéré en caméra cachée par un journaliste de la chaîne d'information Al Jazeera au sein du bar "La Citadelle" tenu à Lille par les militants de ce groupuscule et diffusé sur You Tube au mois de décembre dernier.

On y entend et voit, entre autres, des propos racistes et des saluts nazis, des appels à la "mort" des Arabes, l'évocation d’un attentat au marché de Wazemmes "où il y a tous les gnoules de Lille", l'agression physique très violente d'une femme arabe dans la rue dont par la suite l'auteur se vante en riant.

On y entend et voit également des membres de Génération Identitaire dire qu'ils sont des collaborateurs salariés du Front National, les liens existant entre le député RN Sébastien Chenu et le responsable du bar "La Citadelle" Aurélien Verhassel, et une eurodéputée RN, Christelle Lechevalier, déclarer ceci : "(Marine Le Pen) ne veut pas... qu'on la voie (avec les membres de Génération identitaire)...Marine, elle, personnellement, elle n'est pas contre. Mais, publiquement, il faut faire attention".

On comprend bien pourquoi le RN s'oppose à la dissolution de Génération Identitaire.

Pour conclure, dans le droit pénal français, le Code de la sécurité intérieure stipule, dans son article L 212-1, que peuvent être dissous les groupes "qui, soit provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence."

L'organisation Génération Identitaire doit être dissoute. Et vite.

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