Marine Le Pen a donc été très nettement battue lors du second tour de l'élection présidentielle, distancée de plus de 32% des voix par Emmanuel Macron.
Elle a néanmoins obtenu un peu plus de 10 millions et demi de suffrages, soit entre 1 français sur 4 et 1 français sur 5 inscrits sur les listes électorales.
Il n'est jamais simple de faire la part des votes d'adhésion et des votes de protestation au sein de l'électorat du Front National.
Mon sentiment est que si le vote d'adhésion a progressé depuis l'élection présidentielle de 2012, la proportion de votes de protestation reste élevée.
Les sondages d'intentions de votes, qu'il est de bon ton de vilipender, ont vu juste pratiquement au % près, pour le premier comme pour le second tour.
Les électeurs FN suivent bien sûr les résultats successifs de ces sondages.
Avant le premier tour, Le Pen est passée de 30% à 21%. Au second, de 41% à 33,9%.
Je pense donc qu'un nombre très significatif de l'électorat FN a voté tout en ayant intégré la défaite de sa candidate ; certains d'entre eux adhérant à son programme, d'autres utilisant ce bulletin de vote pour envoyer un message, soit très à droite, soit de protestation sociale.
Si l'on fait la comparaison du nombre de français inscrits sur les listes électorales ayant voté FN lors des élections présidentielles récentes, cela donne les résultats suivants : 13,41% en 2002, 10,44% en 2007, 13,95% en 2012 et 16,14% en 2017.
La progression de l'extrême-droite en 2017 est donc réelle, mais somme toute relativement modeste et largement contenue.
Elle est par contre plus nette au second tour, puisque Le Pen a recueilli le vote de 22,37% des onscrits.
Cela dit, le vote d'adhésion est par définition bien moins élevé au second tour qu'au premier.
Si l'on rapporte le résultat du FN aux deux tours avec les ambitions proclammées et martelées par la candidate et les dirigeants de l'extrême-droite, le résultat est tout à fait décevant pour eux.
Les premières tensions se manifestant au grand jour en sont une des indications : de Florian Philippot qui crée son association "Les Patriotes", à Marion Maréchal Le Pen qui fuit courageusement et provisoirement en envisageant de faire des affaires en Côte d'Ivoire avec son père adoptif (ancien dirigeant national du FN), où elle croisera beaucoup de djellabas portés par les anciens colonisés de la France "éternelle".
Si le Front National a obtenu le résultat électoral le plus élevé de son histoire, il n'aborde pas dans les meilleures conditions les élections législatives des 11 et18 juin prochains, même si il peut espérer des scores très importants dans certaines circonscriptions.
Il est à la portée de tous les démocrates, de tous les républicains de barrer la route de l'Assemblée Nationale à l'extrême-droite nationaliste, xénophobe et raciste.
En votant au premier tour pour le candidat de son choix.
En votant au deuxième tour pour le candidat le mieux placé pour battre le candidat FN.
Tant mieux si, dans les cas où le Front National peut l"emporter, se constitue un front républicain plus compact que lors du second tour de l'élection présidentielle par le retrait du, voire des candidats n'étant pas en situation de devancer le FN.
Si tel devait ne pas être le cas, les français ont montré dimanche 7 mai dernier qu'ils savaient faire barrage au pire, y compris quand certains des responsables politiques de notre pays avaient très gravement failli en la matière.