MÉDIAPART : LE CONTRE-POUVOIR ET LA PURETÉ.

Je n'ai pas de sympathie particulière pour François de Rugy.

Je le considère comme un politicien moitié écologiste, moitié carriériste. Ni plus, ni moins.

Les articles successifs de Médiapart le concernant m'inspirent plusieurs considérations.

Quand un élu ou un responsable politiques commet un abus de pouvoir illégal, il doit être sanctionné.

Quand un élu ou un responsable politiques commet un abus de pouvoir non illégal, la loi doit être améliorée selon le degré de gravité de cet abus de pouvoir.

Médiapart justifie ses révélations par le fait qu'elles sont d'intérêt public.

Sur le principe, oui.

Médiapart ajoute qu'après, l'opinion est libre.

Certes. Encore heureux...

C'est justement là que quelque chose ne va plus.

Car le fait avéré que Médiapart cible toutes les formations politiques ne l'exonère pas d'assumer la prise de position sur le fond qu'exprime sa ligne éditoriale sur ce point.

Médiapart avance l'idée que ses révélations sont utiles à la démocratie, car elles contribuent à la rendre plus exigeante.

C'est vrai.

Mais, de façon le plus souvent sous-jacente, quelque chose d'autre m'apparaît.

Cette autre chose se montre par une absence de hiérarchisation des importances diverses des révélations.

Clairement, comparée au scandale absolu que constitue la fraude fiscale de l'ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac, l'affaire de Rugy est une alouette rapportée à un cheval.

Or, cette absence de différenciation met selon moi en lumière une orientation de fond plus que préoccupante.

Cette position de fond, je l'analyse comme le parti pris de la pureté.

Ce parti pris rejoint le soutien quasi-total de Médiapart au mouvement des « gilets jaunes », certes dans sa dimension populaire de gauche, mais aussi dans sa dimension populacière et poujadiste d'extrême droite, exprimée notamment dans le rejet de principe de la démocratie représentative.

Et sur ce dernier point, pas d'ailleurs que d'extrême droite.

En effet, le Référendum d'Initiative Citoyenne révocatoire porté par La France Insoumise revient, sur le fond, au même.

Le 19 mai dernier, sur Médiapart, Edwy Plenel introduisait son article dithyrambique sur le mouvement des « gilets jaunes » par une citation de Pierre Mendès France : « La démocratie, c'est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c'est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l'adversaire ; c'est un code moral, »

Citer le social-démocrate convaincu partisan de la démocratie représentative et de l'économie de marché régulée qu'était Pierre Mendès France pour justifier son soutien à un mouvement largement poujadiste, il fallait oser.

Edwy Plenel l'a fait.

Cette citation de Pierre Mendès France par Edwy Plenel est rendue bien plus piquante encore par le tweet qu'il vient de publier ce 20 août : « Il y a 79 ans, le 20 août 1940, Léon Trotski était assassiné à Mexico sur ordre de Staline. Son testament : « La vie est belle. Que les générations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence et en jouissent pleinement » »

On a bien lu : « ...la nettoient de tout mal... »...

D'abord, un rappel historique : si Trotsky a bien été assassiné sur ordre de Staline, cela ne fait nullement de lui une référence progressiste .

La conception de la société de Staline et de Trotsky, et leurs actes politiques, étaient rigoureusement les mêmes, notamment dans leur dimension totalitaire et meurtrière, dans la lignée de Lénine.

Les seuls points les ayant opposés étaient des féroces rivalités de pouvoir, et la possibilité de développer le  socialisme , au sens marxiste du terme, dans un seul pays, à laquelle croyait Staline, et pas Trotsky.

Je reviens sur « … la nettoient de tout mal... ».

On sait ce qu'a donné dans l'Histoire « le nettoyage de tout mal de la vie ».

De Lénine, Trotsky et Staline à Pol Pot en passant par Mao Tsé-toung : des dizaines de millions de morts victimes de crimes contre l'humanité et de génocide.

Au fond, Edwy Plenel redevient ( ou est resté?) un extrémiste de gauche, n'ayant visiblement tiré aucun enseignement de l'Histoire.

Et pas d'enseignement anthropologique non plus.

En la matière, deux citations pour conclure.

« A quoi sert le pouvoir, si c'est pour ne pas en abuser, » Dino Risi, immense cinéaste italien.

« La corruption [le vice] me dégoûte. La vertu me donne le frisson. » Phrase prononcée par le personnage incarné par Alain Delon dans le grand film de Georges Lautner « Mort d'un pourri ».

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